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CHAPITRE V

LE PAYS INDUSTRIEL. — DE L'ESCAUT A LA VESDRE PAR LA SAMBRE ET LA MEUSE

Depuis Mons jusqu'à Verviers, sur un trajet de plus de 175 kilomètres, à condition de ne pas trop s'éloigner des vallées de la Haine, de la Sambre, de la Meuse et de la Vesdre, on ne quitte guère l'atmosphère de la grande industrie. Le paysage naturel n'apparaît qu'à travers les œuvres de l'homme : chevalements des fosses à charbon, cônes hirsutes des terris, alignements d'usines, hautes cheminées de brique exhalant leur fumée noire, chemins charbonneux, routes pavées, voies ferrées entrecroisant leur réseau serré, rivières barrées, canalisées et éclusées, voies d'eau contiguës aux voies de fer, interminables agglomérations de petites maisons, villages devenus des bourgs monotones et tous pareils, multitudes d'hommes pressés à raison de 320 par kilomètre carré, une population totale de près de deux millions d'habitants, plus du quart de la population belge. Peu de pays au monde donnent le même spectacle du travail intense; pour retrouver pareille accumulation de mines et d'usines, il faut aller dans les districts les plus animés du Lancashire, de la Westphalie et de la Pennsylvanie. Si l'on projette cette zone de travail et de peuplement sur une carte physique, on perçoit la raison profonde de sa continuité dans le bassin houiller qui traverse la Belgique depuis la région de Valenciennes jusqu'à la région d'Aix-la-Chapelle (fig. 34). L'impression d'unité, qui provient de l'uniformité de la vie industrielle, permet de confondre tout l'ensemble sous la même appellation de pays industriel, mais rien n'est plus varié que les paysages naturels, depuis le pays de la Haine à l'Ouest jusqu'au pays de Hervé à l'Est, en passant par la vallée de la Sambre et la vallée de la Meuse : le pays de la Haine ou bassin de Mons, cuvette au fond plat où les eaux s'écoulent lentement sur le sol tourbeux, entre des lignes de saules et de peupliers; la vallée de la Sambre, d'abord étroit sillon entre les parois de schistes et de grès près de Thuin, puis large dépression où la rivière dessine de longs méandres indécis à travers les prairies; la vallée de la Meuse, couloir aéré et lumineux entre des murs escarpés de roches calcaires (Pl. XIV); le plateau de Hervé, montueux et verdoyant, bocage touffu de haies et d'arbres, tout entier en pâtures et en vergers (Pl. XIII, C).

Chaque groupe industriel a évolué dans un cadre naturel d'aspect original : Liège le long de vallées encaissées, Charleroi dans la large dépression de la Sambre au^ii versants adoucis, Mons au milieu des horizons monotones de sa plaine maré-

LA BELGIQUE

cageuse. Mais des conditions communes les unissent; ils vivent tous sur la traînée souterraine de charbon qu'ils exploitent et sur la ligne d'eau, rivières et canaux, qui, d'un bout à l'autre, fait circuler la vie à travers cette grande région industrielle.

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