LE GROUPE DE CHARLEROI
Depuis Rœulx et Binche à l'Ouest jusqu'aux approches de Namur vers TEst, s'étend le vaste groupe industriel de Charleroi. Très dense déjà autour de la Louvière et de Morlanwelz, il s'épanouit en une masse énorme autour de Charleroi, dans la vallée de la Sambre; puis il s'amincit et s'allonge en bordure de la rivière en aval de Charleroi (fig. 22). Le développement industriel y a pour base la houille des bassins du Centre et de Charleroi, qui donnent ensemble la moitié de la production belge. Ils ne fournissent pas seulement des charbons industriels et des charbons domestiques, mais encore d'excellents charbons à coke. Les fours à coke de Haine-Saint-Pierre, de Haine-Saint-Paul, de Houdeng-Aimeries, de la Louvière, ainsi que ceux de Châtelet, de Couillet, de Marchienne-au-Pont, traitent assez de combustible pour en exporter vers la France et vers le Luxembourg. C'est sur cette richesse en combustible que repose la métallurgie du Hainaut.
Le travail du fer embrasse toute la série des opérations, depuis l'élaboration de la fonte jusqu'à la fabrication des articles finis : hauts fourneaux et aciéries de la Louvière, de Marchienne, de Couillet, de Châtelet; tréfileries de Dampremy, de ^Marchienne, de Fontaine-!' Évêque; construction de chaudières à Gilly, Jumet, Lodelinsart, Marcinelle, Châtelet et bien d'autres lieux; constructions métalliques et mécaniques, machines à vapeur, matériel de chemin de fer, matériel électrique, quincaillerie, fer-blanc. Quand on suit la vallée de la Sambre depuis Marchienne jusqu'à Châtelineau, on traverse le foyer du travail du fer, dans le plus impressionnant des paysages d'usines, tout noir, tout calciné et, durant la nuit, tout fulgurant de fumées rouges, de gerbes d'étincelles et de pluies de feu (Pl. XII, A).
Auprès de l'industrie métallurgique travaille l'industrie chimique, grosse consommatrice de houille. C'est à Couillet que fut fondée en 1865 la première usine Solway pour la fabrication de la soude; la puissante société en exploite une autre à Jemappes, puis d'autres à l'étranger, en France, en Espagne, en Italie. La préparation de la soude, qui consomme beaucoup d'ammoniaque, mène à la récupération des sous-produits des fours à coke, source d'ammoniaque : cette opération, inaugurée en 1882 à l'Ouest de Mons, occupe un millier de fours. Les
LA BELGIQUE
fabrications s'enchaînent et se commandent : coke, ammoniaque, soude, acide sulfurique, engrais.
Les industries s'appellent les unes les autres : il faut des bonbonnes, des tuyaux, des récipients pour les acides, des briques pour les fours à coke, les hauts fourneaux et les laminoirs, des cornues à gaz : de là, le développement remarquable des usines de produits réfractaires et, par analogie, des produits céramiques.
L'industrie du verre, l'une des gloires du pays de Charleroi, trouve sur place la houille, les produits chimiques, les produits réfractaires dont elle a besoin; les canaux lui apportent les sables de l'Entre-Sambre-et-Meuse et de la Campine, le calcaire du Hainaut et le plâtre de Paris; elle occupe ici cinquantesix établissements, verreries et glaceries, avec 30 000 ouvriers. Les verreries pour vitres, bouteilles, pannes et tubes disposent d'une main-d'œuvre hautement réputée, que les industriels américains de Pennsylvanie ont su attirer, quand, vers 1875, ils fondaient leurs verreries; grâce à l'excellence des produits et au soin des emballages, les usines belges expédiaient à l'étranger en 1912 près de 220 000 tonnes de verres à vitres. Les glaceries se trouvent presque toutes le long de la basse Sambre, à Aiseau, Auvelais, Moustier, Franière, Floreffe; la première date de 1836; elles travaillent surtout pour l'exportation et écoulent leur production vers la Grande-Bretagne, les États- Unis, les Pays-Bas, l'Australie.
Autour de ces usines se presse une grosse agglomération d'hommes. On peut y reconnaître trois masses principales de population. Il y a d'abord le groupement établi entre Mons et Charleroi sur le bassin du Centre; toutes les villes, même celles qui ont un passé, sont submergées par la marée ouvrière : Binche (11 000 hab.), Anderlues (11 400 hab.), Carnières, Haine-Saint-Pierre, Morlanwelz, Manage, Trazegnies, Forchies, Fontaine-l'Évêque, la Louvière (24 000 hab.), Houdeng-Goegnies, Houdeng-Aimeries, Haine-Saint-Paul, Strépy. Il y a le groupement moins compact de la basse Sambre, entrecoupé d'espaces champêtres et verdoyants : Farciennes (10 300 hab.), Tamines, Auvelais, Ham, Jemeppe, Moustier, Florelîe. Il y a surtout le groupement de Charleroi, qui emplit d'un océan de maisons toute la dépression et tous les versants doucement inclinés de la vallée de la Sambre; chaque ville, individualisée par l'administration, se confond avec ses voisines en une vaste cité qui vit de la même vie : Dampremy (13 400 hab.), Marchienne-au-Pont (22 900 hab.), Monceau-sur- Sambre (8 900 hab.), Mont-sur-Marchienne (10 800 hab.), Roux (10 600 hab.), Lodelinsart (11400 hab.), Jumet (30000 hab.), Gosselies (10000 hab.), Ransart (10 000 hab.), Gilly (25400 hab.), Montignies (25400 hab.), Châtelet (14 600 hab.), Châtehneau (17 300 hab.), Marcinelle (21 000 hab.), Couillet (12 400 hab.). Charleroi elle-même (27 400 hab.) est une ville récente fondée en 1666 en l'honneur de Charles II, roi d'Espagne; elle prit la place de l'ancien village de Charnoy ; jusqu'à l'époque industrielle, elle joua surtout un rôle militaire, auprès d'un passage de la Sambre. La ville basse avec la gare s'étend sur les bords du canal et de la rivière; de là, on monte vers la ville haute où s'élève l'hôtel de ville; avec ses magasins, ses boutiques et ses maisons bourgeoises, la cité n'offre ni charme, ni originalité; à ses portes commence le pays noir avec ses maisons ouvrières en briques, ses usines aux longs murs sombres, les tours des hauts fourneaux et les amas coniques de schistes houillers (fig. 22).
Géographie universelle. — Belgique cl Pays-Bas.