V. — LA VALLÉE DE LA MEUSE, DE NAMUR A LIÈGE
Dans la vallée de la Meuse, depuis Namur jusqu'à Liège, la vie industrielle ne disparaît pas : elle se clairsème et s'espace. Les couches profondes et stériles de la cuvette houillère se rapprochent de la surface; l'exploitation du charbon cesse entièrement, sauf auprès d'Andenne. L'industrie se localise sur les points où la vie urbaine, plus ancienne qu'elle, l'attire, à Namur et à Huy. Elle se développe aussi en certains autres points, auprès de la route d'eau si commode qui l'unit à Liège et à Charleroi et lui apporte le charbon.
Au confluent de la Meuse et de la Sambre, sur un plateau qui domine les vallées de plus de 100 mètres, s'élevait une forteresse, dès l'époque mérovingienne; c'est à cette position guerrière que Namur doit son origine et maints épisodes de son histoire. La ville se développa au pied de la montagne fortifiée, sur les rives de la Sambre, car Namur est beaucoup plus la ville de la Sambre que la ville de la Meuse; six ponts y traversent la Sambre; un seul, avec le viaduc du chemin de fer, franchit la Meuse et mène aux jardins maraîchers et aux usines du faubourg de Jambes. C'est surtout le passé récent, l'époque des maîtres de forges du xvii^ et du xviii^ siècle, qui marque dans l'architecture de la ville, avec l'église Saint-Loup, la cathédrale et l'hôtel de ville. De nos jours, Namur a les caractères d'un centre d'affaires provincial, habité par des bourgeois, des fonctionnaires, des commerçants et des artisans. Cependant la présence d'une population urbaine, la convergence des voies ferrées et le passage des bateaux de rivière ont fixé à Namur et dans ses faubourgs certaines formes de travail industriel : ateliers de construction de chaudières, usines à briquettes, tanneries, savonneries, ateliers de confection, usines de lin. Si l'on ajoute aux 32 000 habitants de Namur les 7 400 de Jambes et les 6 800 de Saint-Servais, on obtient 45 000 âmes pour l'agglomération namuroise (Pl. XII, B).
Au confluent du Hoyoux dans la Meuse, au débouché de l'ancienne route du Condroz, s'est bâtie la ville forte de Huy, dont le château commandait dès la fin du siècle la voie fluviale. Avec sa haute citadelle aux murs blancs, sa collégiale gothique aux tours magnifiques, et ses maisons de riches bourgeois, Huy a fort grand air. Sa fortune date de loin. Des gisements de cuivre et d'étain y ont fait naître, comme à Dînant, le travail de la fine métallurgie; comme les minerais locaux ne suffisaient plus, les marchands hutois allaient par la Meuse et le Rhin en chercher aux mines allemandes de Goslar. A partir du xvi^ siècle et du xvii^ siècle, le travail du fer l'emporta; il emplit du bruit de ses forges et de ses marteaux toute la vallée sauvage du Hoyoux; encore aujourd'hui, depuis Modave jusqu'à Huy, cet étroit ravin rappelle les paysages industriels de l'Ardenne française : usine de terres réfractaires à Modave, tôlerie et fonderies à Régissa et à Marchin, chaudronneries, papeteries, raffineries de sel dans les faubourgs méridionaux de Huy. La ville compte 14 400 habitants et, avec ses dépendances industrielles, plus de 20 000 (Pl. I, B).
Namur et Huy représentent entre Charleroi et Liège les grandes étapes urbaines de la voie Sambre-et-Meuse. Mais, dans cette large vallée, superbe entre ses rochers calcaires (Pl. XIII, A), opulente de champs et de vergers, sillonnée par le va-et-vient de la batellerie, beaucoup de bourgs se succèdent, dont aucun n'ignore la vie industrielle : Andenne (7 500 hab.) avec des charbonnages, une fonderie de fer, une fabrique de porcelaine, un atelier de construction méca-
LE PAYS INDUSTRIEL. DE l'eSCAUT A LA VESDRE.
iiique; Ben Ahin avec des fours à chaux et des usines de céramique; Anipsin avec une usine de zinc, Amay (6 200 hab.) avec une fabrique de produits réfractaires; Hermelle et Engis avec des usines de zinc. Mais, peu à peu, l'horizon s'assombrit vers l'Est; les versants et les fonds de vallées se couvrent de maisons; on pénètre dans l'agglomération liégeoise,