LE PAYS INDUSTRIEL
DE l'eSCAUT a la VESDRE.
cutent toujours à domicile. Fusils de guerre, fusils de chasse, pistolets, revolvers, carabines de Liège s'exportent dans le monde entier; la fabrique liégeoise dépassait de beaucoup en 1913 la fabrique de Birmingham et de Saint-Étienne; mais la guerre de 1914 lui porta un coup terrible, dont on put craindre un moment qu'il serait mortel; le chômage était presque complet à la fin de 1921, mais la situation se relève peu à peu.
Une industrie essentiellement belge, l'industrie du zinc, est de création liégeoise, et toujours une spécialité liégeoise. Depuis longtemps on exploite le minerai de zinc dans la vallée de la Meuse entre Huy et Chokier, et surtout à Moresnet, au Sud-Ouest d'Aix-la-Chapelle. De bonne heure, dés le moyen âge, les articles de laiton, alliage de cuivre et de zinc, ou dinanderies, se fabriquaient à Dinant; mais ce ne fut qu'au début du xix^ siècle qu'on sut traiter le métal pur. Le grand gisement de calamine de la Vieille Montagne (Altenberg, près de Moresnet) ayant été concédé en 1806 par Napoléon I^r à des industriels belges, la petite usine de Saint-Léonard à Liège réussit à obtenir du zinc assez pur et malléable : ce fut le noyau de la célèbre Société de la Vieille Montagne, fondée en 1837, qui représente aujourd'hui la plus puissante organisation du monde pour la fabrication et le commerce du zinc; pratiquement, c'est elle qui, ayant créé un nouveau métal, lui donna son importance universelle. D'application en application, le zinc trouva des débouchés de plus en plus vastes : laiton à cartouches, galvanisation des tubes de chaudières, tuyaux, bassins, réservoirs, emballages, toitures, doublage des navires; il fallut chercher du minerai en Suède, en Prusse, en Angleterre, en Italie, en France, en Algérie et Tunisie, en Australie; la Belgique traite maintenant cent fois plus de minerai de zinc qu'elle n'en extrait; elle domine toute la production européenne de zinc par ses usines du groupe liégeois (Valentin-Cocq, Hollogne, Angleur, Flône, Tilfï), par celles de Campine (Baelen-Wetzel) et par celles que ses capitaux font vivre en France et en Allemagne. Sa production de zinc brut a passé de 3 600 tonnes en 1840 à 60 000 en 1900, 108 000 en 1912, auxquelles il faut ajouter 80 000 tonnes de zinc laminé; après la Grande Guerre, elle se releva vite et atteignit 113 000 tonnes en 1922. Ces quantités énormes de métal dépassent de loin les besoins de la Belgique; pareille production ne peut se soutenir sans l'exportation. Aussi, par cette industrie qui lui est presque personnelle, le groupe liégeois contribue à former l'un des traits originaux de l'économie belge, qui ne peut vivre sans exporter.
Auprès de la houille, auprès des industries fondamentales, d'autres industries sont venues prendre racine, comme des plantes adventices dans une serre chaude : ainsi l'industrie du verre sous sa forme la plus délicate, la cristallerie. Les cristalleries du Val-Saint-Lambert, fondées en 1825 et occupant de 4 000 à 5 000 ouvriers, fabriquent toutes les qualités de verre, depuis le verre commun destiné à la gobeletterie bon marché et aux lampes, jusqu'au verre blanc pour l'éclairage et les articles de table, jusqu'au cristal pour les articles de luxe, verres mousselines et verres taillés, industrie d'exportation travaillant surtout pour le marché étranger. Ajoutons-y un grand nombre d'usines, presque toutes situées à Liège, venant puiser aux mêmes sources de capital et de main-d'œuvre : usines de plomb, usines de caoutchouc, savonneries, tanneries, huileries, fabriques de pianos, fabriques de balances, papeteries, usines électriques, ateliers de bonneterie et de confection, et enfin des tissages de laine, qui annoncent le voisinage de Verviers.
LA BELGIQUE
Quoique cette vie industrielle se presse aux portes de Liège et qu'elle pénètre même dans certains quartiers, la ville conserve une allure aristocratique et bourgeoise, héritée du passé, avec les hôtels privés, les monuments, les palais, les églises, et renforcée par le présent avec les parcs, les boulevards, les quais, les ponts, les musées et les théâtres. Le site urbain, entre ses hautes collines, est de toute beauté; du Champs des Oiseaux au Sud, de la Chartreuse à l'Est et surtout de la Citadelle au Nord, on découvre toute la cité; elle s'allonge auprès du fleuve majestueux, et elle s'épanouit sur les hauteurs. Le cœur du vieux Liège se trouve sur la rive gauche, autour de la place Verte, de la place Saint- Lambert, de la place du Marché, et non loin du quai de la Batte; là s'élève le Palais de Justice, qui fut la résidence des princes-évêques; là se déroulèrent les grands événements de l'histoire municipale; là se pressent les petites rues toutes remplies, les jours de marché, par la cohue des petites gens et des voitures.
On éprouve dans cette ville wallonne une impression d'animation particulière qu'on ne retrouve pas au même degré dans les villes de Flandre. On n'y aime point la vie recluse; on flâne volontiers, l'été, sur les boulevards et les quais; on saisit au passage, dans la foule, de joyeuses reparties qu'un savoureux accent de terroir assaisonne. Dans cette ville, bastion avancé de la famille romane en face des Germains, on respire une atmosphère presque française, fortement teintée d'un esprit de fier particularisme; il y a toute une littérature populaire de chansons fines et naïves, de cramignons charmants. Il y a surtout la grande Université wallonne, fondée en 1817, doublement liégeoise de caractère, d'abord parce que, avec son École des Mines et des Arts et Manufactures et son Institut électro-technique, elle collabore pratiquement au travail de la ruche industrielle qui l'entoure, ensuite parce que, avec ses professeurs, dont plusieurs eurent une réputation européenne, elle perpétue sur cette lisière du germanisme le souffle de l'esprit de la terre romane.
Plus de 168 000 habitants vivent dans la ville de Liège, mais on ne saurait l'isoler de la banlieue qui la prolonge vers l'aval et vers l'amont de la Meuse : c'est là surtout que s'étend le domaine de la grande industrie, vers l'aval à Bressoux (13 900 hab.), à Herstal (23 400 hab.), à Jupille (7 200 hab.), vers l'amont à Grivegnée (13 000 hab.), à Chênée (9 800 hab.), à Angleur (10 900 hab.), à Ougrée (18 200 hab.), à Seraing (41 400 hab.), à Tilleur (6 700 hab.), à Jemeppe (12 900 hab.); sur les versants qui montent vers la Hesbaye et vers le pays de Hervé, toute une cohorte de gros bourgs étendent au loin les limites de l'agglomération liégeoise, dont on peut évaluer la population totale à près de 500 000 habitants.