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VI. — LE GROUPE DE VERVIERS

La vallée pittoresque de la Vesdre qu'on remonte de Liège à Verviers fait passer du pays du fer au pays de la laine; le développement de l'industrie lainière en cette région accidentée s'explique, à l'origine, par les rivières qui donnaient leur force aux moulins et leur eau pure aux lavoirs de laine. C'est à ces avantages beaucoup plus qu'à l'abondance de la matière première que Verviers doit d'avoir dès le xv^ siècle distancé Liège dans la manufacture des draps; celle-ci quitta la vieille cité pour se répandre dans les campagnes de la haute Vesdre; vers la fin du xviii^ siècle, elle y occupait plus de 30 000 personnes; tisserands et fileurs

LE PAYS INDUSTRIEL. DE l'eSCAUT A LA VESDRE.

se dispersaient dans cinquante-huit villages et huit cent cinquante hameaux autour de Verviers et d'Eupen. La révolution industrielle pénétra le milieu verviétois dès le début du xix^ siècle. Le hasard fit qu'un employé de la maison Simonis de Verviers, venu à Hambourg en 1798 pour acheter des laines espagnoles, y rencontra un ouvrier mécanicien britannique, William Cockerill (le père de Jean Cockerill, fondateur des usines de Seraing), expert dans les machines nouvelles; engagé par la maison Simonis, il se rendit à Verviers; il y

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ÉUblissements 5'occupant du travail de la laine : 1, Plus de 100; 2, De 50 à 100; 3, De 8 à 15; 4, De 1 à S.

construisit le premier moulin à filer mécaniquement la laine qu'ait connu le continent. Un peu plus tard, son gendre, mécanicien de Nottingham, venait établir le premier atelier de construction de machines à filer. La technique nouvelle eut bientôt conquis la région de Verviers et d'Aix-la-Chapelle. L'esprit d'entreprise est l'un des traits originaux de la fabrique verviétoise : on la vit la première adopter successivement toutes les inventions modernes, machines à peigner, métiers à filer automatiques, machines à laver la laine, machines à échardonner, procédés de récupération des graisses, commande électrique dans les filatures et les tissages. La région de Verviers concentre plus de la moitié de la production lainière de Belgique; elle y emploie près de 30 000 ouvriers. Depuis longtemps, la laine indigène ne suffit plus à la consommation industrielle; de 1866 à 1910 le troupeau belge a diminué des quatre cinquièmes. Aussi Verviers travaille surtout des laines argentines et australiennes; elles proviennent, pour

une faible part, des ventes aux enchères de Londres; presque toujours elles arrivent directement des pays d'origine où les négociants de Verviers les font acheter; elles débarquent à Anvers, et le chemin de fer les amène à Verviers.

La grande originalité de Verviers consiste dans le travail de préparation des laines, lavage et carbonisation, accompli avec perfection grâce à l'excellente qualité des eaux. On a construit en 1878 le barrage de la Gileppe, haut de 45 mètres et long de 235 mètres, qui retient les eaux descendues de la forêt de Hertogenwald ; le réservoir de 80 hectares ainsi formé emmagasine l'eau pure et sans calcaire, que des conduites mènent aux centres lainiers de Verviers, Hodimont, Dison et Ensival. Le lavage delà laine s'effectue avec tant de soin que les établissements de Verviers travaillent aussi pour les filatures des pays étrangers. Cette opération en fait naître d'autres : des usines extraient la potasse des eaux de suint, d'autres récupèrent la graisse issue de la laine après lavage. On traite ainsi annuellement à Verviers plus de 40 millions de kilogrammes de laine brute.

Les filatures de laine peignée de Verviers ne filent pas seulement les rubans de peignés que leur fournissent les peignages locaux; elles en importent beaucoup de Roubaix; par contre, elles exportent à l'étranger la moitié de leur fabrication. Les filatures de laine cardée, la grande spécialité de Verviers et de sa région, occupent près de 10 000 ouvriers; elles travaillent surtout pour le marché étranger, particulièrement pour Bradford. Le tissage, talonné par la concurrence allemande, française et anglaise, représente pour Verviers moins de travail et moins de bénéfices que la filature; il produit cependant une grande variété d'étoffes : draps, tissus unis, nouveautés, cheviots, mérinos, cachemires, popelines, flanelles, feutres, satin de Chine; sur les trois mille métiers qu'il occupe, plus de mille appartiennent à de petits façonniers; on rencontre encore des métiers à domicile.

Dans ces districts lainiers, la vie industrielle n'accapare pas le paysage, comme dans les pays de la houille et du fer. L'océan des maisons ouvrières n'envahit pas la campagne. La terre ne disparaît pas sous une croûte de charbon et ne se voile pas de fumée. Le long des vallées encaissées et sur les pentes montueuses, il y a toujours, parmi les constructions industrielles, des échappées de verdure, des bois et des herbages; les usines se rangent dans un cadre agreste et forestier (Pl. XIII, B). Elles se répartissent entre de gros bourgs qui s'égrènent le long des vallées, Nessonvaux, Cornesse, Pepinster, Baelen; autour d'Eupen, elles se disséminent dans les villages (Kettenis, Eynatten, Raeren, Herbesthal, Hergenrath). Il n'y a de grande ville que Verviers (42 000 hab.); avec ses satellites immédiats, comme Dison (10 700 hab.), Hodimont (3 600 hab.), Ensival (6 500 hab.), Andrimont (5 900 hab.), elle compose une agglomération de près de 80 000 âmes. Verviers monte sur la rive gauche de la vallée de la Vesdre; ses maisons claires et propres s'étagent le long des pentes dans un air calme. Elle avance ses faubourgs et ses quartiers de villas vers Lambermont jusque dans les herbages du pays de Hervé et vers Heuzy jusque dans les solitudes boisées qui annoncent l'Ardenne (fig. 24).

Ainsi se déroule, à travers le territoire belge, le pays industriel. En tant que région humaine, il n'a pas échappé à l'intense migration qui, durant le xix^ siècle, a poussé les hommes vers les villes tentaculaires. De 1811 à 1921, Liège a passé de 48 000 à 168 000 habitants, Seraing,de 2 000 à 41 300,Herstal, de 5 300 à 23 400, Angleur, de 950 à 10 900. Mais ce mouvement n'a pas eu la

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même ampleur qu'en Westphalie et en Angleterre. 11 n'y a vraiment qu'une grande cité, Liège. Mons, Charleroi, Verviers ne sont que des villes moyennes. Tout le reste de la population industrielle se distribue entre une cinquantaine de petites villes.

Cette limitation de l'afilux vers les villes tient à une cause éminemment belge : la modération de l'exode rural. Les campagnes qui entourent la région industrielle demeurent encore le séjour d'une partie de la population ouvrière. Les ouvriers tiennent profondément à leur coin de terre, à leur jardin, à leur petite étable, à leur foyer champêtre; ils y reviennent chaque soir. Ce lien entre la terre et le peuple des usines ne se maintient si étroit que grâce au réseau de voies de communication très serré et peu coûteux dont dispose la Belgique; les chemins de fer et surtout les chemins de fer vicinaux sont les merveilleux desservants de cette main-d'œuvre rurale; les ouvriers des plateaux de "Hervé descendent vers les usines de Verviers et les charbonnages de Liège; les gens de Gembloux et de Fosses s'en vont aux houillères et aux glaceries de la Sambre; les travailleurs de Flandre se dirigent vers Mons et Charleroi. Ce réservoir d'ouvriers campagnards n'est sans doute pas inépuisable, car plusieurs charbonnages du pays de Charleroi et du Borinage ont déjà fait appel à des ouvriers polonais et italiens. Mais cette abondance et cette stabilité de la main-d'œuvre rurale constituent l'une des originalités et l'une des supériorités de l'industrie belge.

BIBLIOGRAPHIE

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