I. — LES PAYSAGES
L'élément caractéristique de ces plaines uniformes se trouve dans la nappe de limon qui s'étend indifféremment sur l'argile, le sable et la craie du sous-sol; elle amortit les inégalités du relief; elle contribue à la régularité des horizons. Terre arable par excellence, la culture en a extirpé les arbres ; elle ouvre de vastes champs à la charrue. Quand le soubassement plus dur ne laisse pas les vallées s'enfoncer et mordre, la couverture de limon presque intacte conserve une remarquable continuité ; il en résulte des terroirs plus plats et plus uniformes encore, que le langage populaire ne manque pas de désigner par un mot particulier : ainsi la Hesbaye, vieux vocable agricole, se définit comme la bonne terre propice aux moissons; elle apparaît dans le paysage à l'Est de Perwez, de Jodoigne et de
\illag-es groupés; champs morcelés; uniformité du plateau; vallons à peine enfoncés dans le plateau.
l'iiul. Ai'riinMiiti.iue militaire belge.
It. LES CAliltiKIlKS l)K LESSINES.
Pays éventré par l'exploitation de la pierre.
«. U., l. il, P(. W
l'hot. A. Demangeon.
A. PAYSAGE BItABANÇON, A OTTIONIES.
Large vallée ouverte dans le sable. Bois de pins. Maisons éparses.
G. U., t. II, Pl. XVI.
HAINAUT ET BRADANT. LA HESBAYE. BRUXELLES.
Tirlemont; sur ses molles ondulations découvertes, la récolte ne laisse plus à l'automne qu'une steppe sèche et jaune, semblable aux guérets de la Picardie et de l'Artois; de gros villages se cachent derrière les seuls arbres de la plaine.
Ces horizons découverts s'arrêtent vers le Nord à une large lisière boisée qui les limitent vis-à-vis des paysages de Flandre et de Campine. De Renaix à Grammont, à Bruxelles, à Louvain et à Diest, une sorte de marche forestière ceinture la plaine limoneuse; elle suit une zone d'affleurements sableux, depuis les sables yprésiens et paniséliens des collines de Renaix et de leurs avantpostes jusqu'aux sables bruxelliens du Brabant septentrional et aux sables tongriens et diestiens des approches de la Campine. Au Sud de Bruxelles, sur la rive droite de la Senne, il y a sur les pentes sableuses tout un pays bocager d'une grâce un peu sauvage; on chemine à l'ombre des taillis de hêtres entre des talus escarpés; des pineraies grimpent parmi les éboulis du sable jaune; au-dessus des landes de bruyères et des touffes d'airelles surgissent çà et là des buissons de petits chênes et des bouquets de bouleaux (Pl. XVI, A). Plus dense et plus majestueuse, la forêt de Soignes s'étendait jadis sur les plateaux qui séparent les vallées de la Senne et de la Dyle; elle avait encore près de 10 000 hectares au début du xix^ siècle; elle ne dépasse guère maintenant 3 900 hectares; elle doit sa beauté à ses futaies de hêtres, colonnades superbes à l'ombre épaisse, retraites silencieuses que trouble chaque jour davantage la cohue des citadins. Vers le Sud, depuis Hoeylaert jusqu'au delà d'Ottignies, on retrouve les vestiges de l'ancienne extension des bois : des bouquets d'arbres dispersés dans les clairières, des pentes couvertes de pins, des tranchées dans le sable parmi les ajoncs et les genêts, des fonds de vallées humides oii l'on surprend l'eau d'un étang qui brille derrière un rideau de bouleaux.
Au delà de Bruxelles, vers l'Est, malgré l'intensité des cultures, les aspects boisés se continuent du côté de Louvain et d'Héverlé. Jadis tout le pays entre Louvain et Diest était couvert d'arbres : c'est le Hageland ou pays des bois, presque entièrement conquis par la culture des essarts, ainsi qu'en témoignent les nombreux suffixes en rode; mais, à la fin du xviii^ siècle, on n'y circulait pas sans peine à travers les fourrés; de nos jours, jamais on ne quitte longtemps l'horizon des bois; à côté de grandes landes tristes, semées de fondrières, il subsiste encore des taillis d'arbres feuillus et des plantations de pins, qui annoncent déjà la Campine.