‹ Belgique, Pays-Bas, LuxembourgChapitre 34 sur 104 · LES VILLES · texte numérisé non relu

LES VILLES

La vie urbaine ne s'épanouit pas dans les plaines de la Belgique centrale aussi plantureusement que dans les plaines de Flandre ou que dans le sillon de Sambre-et-Meuse. Elle y apparaît plutôt comme un phénomène périphérique que comme un phénomène intérieur. Presque toutes les villes garnissent la lisière du pays : au Nord-Est, Maastricht (aux Pays-Bas), Tongres, Saint-Trond, Tirlemont, Louvain, Bruxelles ; au Nord-Ouest, Bruxelles, Hal, Enghien, Ath, Leuze,

FiG. 25. — Les gros villages de Hesbaye, d'après la carte de Belgique à 1 : 40 000.

Agglomérations rurales avec pâtures et vergers, séparées par des campagnes découvertes.

Tournai; au Sud, Mons, Namur, Huy et Liège. Les grands courants commerciaux, sources de la vie urbaine, l'ont plutôt frôlé que pénétré. Sans doute, on circule aisément sur ces larges croupes aux tranquilles horizons; à toutes les époques de guerre, elles ont vu défiler les armées; depuis Maastricht jusqu'à Tournai, elles sont semées de noms de batailles, quelques-uns même rappelant plusieurs rencontres : Neerwinden, Ramillies, Ligny, Waterloo, Senefïe, Fleurus, Fontenoy. Mais cette large étendue de plaines fut un chemin de soldats plutôt que de marchands; l'Escaut et la Meuse ne la touchent qu'à ses extrémités; les grandes voies d'eau lui sont extérieures. Aussi est-ce essentiellement à des routes transversales reliant ces grandes voies que le pays doit ses villes. Aux deux extrémités de la chaussée romaine, unissant les pays du Rhin au Pas de Calais, il y a

LA BELGIQUE

une ville ancienne : Tournai (Turnacum) et Tongres (Aduatuca Tungrorum). D'autre part, tout le long de la route de terre qui menait des pays du Rhin vers Bruges au xii^ et au xiii^ siècle et vers Anvers au xiv*^ et au xv^ siècle, le passage des marchands a fait naître des villes à Maastricht, Saint-Trond, Tirlemont, Louvain et Bruxelles. Enfin, depuis Bruxelles jusqu'à Tournai, au contact du pays wallon et du pays flamand, on suit une chaîne de petites villes : Hal, Enghien, Ath, Leuze, à laquelle répond, en territoire germanique, une chaîne parallèle de villes pareilles, Courtrai, Renaix, Grammont et Ninove. Ainsi les villes de la périphérie ont une valeur générale. Mais les villes de l'intérieur n'ont qu'une valeur locale.

Ces villes de l'intérieur se répartissent à peu près uniformément sur la plaine, disposées pour desservir chacune le rayon rural dont elle occupe le centre; dans l'Est, en Hesbaye, elles conservent un cachet plus agricole; dans l'Ouest, comme elles vivent dans un milieu industrialisé, elles tendent à former, à côté de leur marché rural, un centre de fabriques. Dans l'Est, elles ne sont que de petits bourgs qui n'atteignent jamais 5 000 habitants : Landen, Waremme, Perwez, , Jodoigne, et même Gembloux, malgré ses distilleries, ses sucreries et son école d'agriculture. Dans l'Ouest, elles ont plus d'apparence, plus d'animation, plus de ressources : Peruwelz (7 900 hab.) avec ses usines de laine, ses fabriques de bonneterie, ses constructions métalliques; Soignies (10700 hab.) avec ses carrières et ses fours à chaux; Braine-le-Comte (9 700 hab.) avec ses constructions métalliques; Braine-l'AUeud (10 300 hab.) avec ses filatures et ses tissages de laine; Senefîe avec ses ateliers de chemin de fer. Seule Nivelles (12 900 hab.) fait figure de bonne cité provinciale; issue d'un couvent du xii^ siècle, elle conserve de son passé une allure charmante et paisible, de vieux quartiers aux ruelles étroites, aux murailles fleuries; mais la vie moderne y pénètre avec des usines, des papeteries et des minoteries.

Depuis Tournai jusqu'à Bruxelles, une série de villes s'aligne en face du front flamand; elle suit la grande ligne de communications qui depuis plusieurs siècles mène de Lille, capitale de la Flandre française, à Bruxelles, capitale du Brabant. Tournai (36 200 hab.), sur l'Escaut, était déjà à l'époque romaine une importante cité sur la chaussée qui, par Bavay et Tongres, assurait les communications militaires des colonies rhénanes avec les points de passage vers la Grande-Bretagne. La rivière a toujours été un agent de sa fortune, mais surtout à l'époque moderne; grâce à lui, elle se trouve sur le grand courant de charbon qui du Borinage gagne les Flandres; elle put ainsi rajeunir ses vieilles industries et en créer d'autres, filatures de laine, bonneterie, filatures de lin, fabriques de ciment, de chaux, d'engrais, ateliers de constructions métalliques. Avec Chercq et Antoing, l'agglomération de Tournai réunit sur les bords de l'Escaut près de 50 000 habitants. La vie moderne pénètre dans la ville, le long de ses quais bordés d'arbres ; mais elle respecte les aspects et les monuments du vieux Tournai, la cathédrale romane, le dédale des rues silencieuses qui l'entourent, l'antique pont aux trois arches ogivales et aux deux tours sur l'Escaut, le beffroi du xii^ et du xiv^ siècle. Au Nord de Tournai, on gagne Bruxelles en traversant plusieurs villes d'origine ancienne, mais toutes gagnées par l'industrie : Leuze (5 700 hab.) avec ses filatures de laine et de coton et ses fabriques de bonneterie; Ath (10 600 hab.), vieille place forte sur la Dendre, qui groupe auprès de la rivière des brasseries, des scieries, des fabriques de meubles, de pianos, des ateliers de con-

HAINAUT ET BRABANT. LA HESBAYE. BRUXELLES

struction, des tissages de lin; Lessines (10 800 hab.) avec ses carrières; Enghieii avec des ateliers de construction métallique et des tissages de toile; mais déjà, lorsqu'on atteint Hal, on pénètre dans l'agglomération bruxelloise.

De Maastricht ou de Liège à Bruxelles, une autre rangée de villes, placée le long de l'ancienne grande route commerciale du Brabant, marque les limites des plaines limoneuses du côté des bas pays de sable, Tongres (11 400 hab.), station romaine sur la chaussée de Cologne à Bavay, èvêché dès le iv^ siècle, vit surtout maintenant de son marché de bétail. A Saint-Trond (16 250 hab.), les monuments, le befïroi, l'église gothique évoquent aussi une belle fortune dans le passé; actuellement c'est la vie agricole qui détermine l'activité de la ville et entretient ses brasseries, ses distilleries, ses sucreries, ses tanneries. Dans son enceinte vaste qui embrasse des jardins et des champs, Tirlemont (20 300 hab.) n'a pas retrouvé sa splendeur d'autrefois, alors qu'elle trafiquait sur la route de Cologne et de Liège à Bruxelles et à Anvers.

De par sa position, Louvain pouvait devenir l'une des grandes villes de Belgique. Elle se trouve à la limite des plaines basses et des collines brabançonnes; avec leurs buttes de sables et grès rougeàtres, que couronnent des bois, ces collines font un cadre presque imposant à la large vallée de la Dyle; le fond plat sillonné de fossés pleins d'eau et planté de peupliers et de saules apporte jusqu'à l'aval de Louvain l'horizon des Pays-Bas. La rivière, petite, mais déjà profonde et navigable, ouvrait un chemin vers l'Escaut; par elle les bateaux pouvaient remonter à l'intérieur jusqu'à cette route de Cologne à Anvers, dont Louvain fut une étape. Au xiii^ siècle 3000 métiers tissaient le drap; on raconte que, une demi-heure avant la sortie des ateliers, il fallait sonner la grosse cloche pour avertir les passants de se garer de la foule; il y avait à Louvain des tanneries, des fabriques d'armes; un fort trafic se dirigeait par la route de terre vers les villes du Rhin. Mais l'étoile de Louvain pâlit, comme celle des villes de Flandre, lorsque les draps anglais apparurent sur le marché continental; des crises économiques et des révoltes de tisserands décidèrent au xiv^ siècle le déclin de Louvain comme cité manufacturière. Alors commence sa fortune comme cité universitaire; c'est en 1425 que la cour de Brabant, fondant une Université, l'établit dans l'ancienne Halle aux draps. Dès lors la ville vivra surtout de cette Lhiiversité, l'une des plus célèbres d'Europe pour la théologie et la médecine et qui de 1517 à 1521 fut illustrée par l'enseignement d'Érasme; au temps de Juste Lipse, elle comptait cinquante-deux collèges et plus de 6 000 étudiants. Moins fréquentée au xvii^ et au xviii^ siècle, supprimée en 1797, restaurée en 1816, elle est devenue depuis 1836 la grande université catholique libre qui forme une bonne partie du personnel politique administratif, judiciaire et industriel de la Belgique. Au mois d'août 1914, au cours du sac de la ville par les Allemands, un incendie détruisit sa bibliothèque contenant neuf cent vingt manuscrits et 230 000 volumes. Tout est maintenant tranquille dans cette ville ecclésiastique consacrée à l'étude; on y goûte la paix des maisons religieuses. Parfois une fête d'étudiants fait crépiter la joie dans le cortège des toques noires pour les Wallons et des bérets rouges pour les Flamands; parfois aussi l'animation règne sur les places, les jours de marché; les paysans en galoches circulent entre les rangs pressés des vaches et des cochons. Mais le calme se rétablit bientôt. Cependant le mouvement industriel vient battre aux portes de la ville. Un canal ouvert en 1793 part de Louvain, atteint le Rupel au bout de 30 kilomètres et joint ainsi la ville à

GÉOOEAPIIIE CMVKRSLLLE. — Belgique et Pays-Baj. 12

LA BELGIQUE

l'Escaut; le long des quais du port, beaucoup de marchandises venant d'Anvers se déchargent. Non loin du canal et à proximité du chemin de fer dans la banlieue Nord, tout un groupe industriel se développe : brasseries, minoteries, scieries, fonderie, ateliers de chemin de fer, usine d'engrais chimiques, chantiers de construction métallique Dyle et Bacalan et, vers l'aval, énormes amidonneries de riz de Wygmael. Si l'on ajoute aux 41 000 habitants de Louvain les habitants de sa banlieue, 9 200 pour Héverlé, 11 200 pour Kessel-Loo, 4000 pour Wilsele, on obtient une agglomération de plus de 65 000 habitants à une vingtaine de kilomètres de l'agglomération bruxelloise (Pl. XXIV).

Page 1