‹ Belgique, Pays-Bas, LuxembourgChapitre 43 sur 104 · LE TRAFIC D'ANVERS · texte numérisé non relu

LE TRAFIC D'ANVERS

On peut mesurer par quelques chiffres la rapidité et l'ampleur de la croissance du port d'Anvers. De 1850 à 1913, le nombre des navires entrés a quintuplé, et leur tonnage est devenu cinquante-neuf fois plus grand. De 1870 à 1910, les transports de marchandises effectués à Anvers ont grandi quatorze

LA BELGIQUE

fois. Si l'on compare Anvers avec les autres ports d'Europe à l'égard du tonnage des navires entrés, on constate qu'il occupait le dixième rang en 1860, le quatrième en 1890, le deuxième en 1910 (si l'on ne comprend pas le cabotage, et si l'on ne considère que le trafic international). La Grande Guerre parut compromettre ses destinées; mais on avait tort de craindre une faillite; car le nombre des navires de mer entrés, qui était de 7 134 avec 14 139 615 tonneaux en 1913, s'élevait de nouveau à 10 143 avec 19 922 138 tonneaux en 1925. Considéré par rapport au trafic maritime de la Belgique entière, le trafic d'Anvers condense et domine la vie nationale. Malgré le développement maritime de ports plus jeunes, comme Gand, Bruges, Ostende et Bruxelles, Anvers possède, de très loin, l'hégémonie. Plus des quatre cinquièmes du trafic maritime de la Belgique se concentrent sur ses quais et ses bassins.

La réunion de certains traits individuels composent à Anvers une véritable personnalité. En premier lieu, Anvers est essentiellement un transporteur de marchandises. Les voyageurs et les émigrants y retiennent beaucoup moins l'attention qu'à Hambourg et à Liverpool; cependant on ne saurait négliger le transit des émigrants, puisqu'il en est parti 40 000 en 1900, 81 500 en 1910, 114 500 en 1913, 12 922 en 1924. En second lieu, en tant que place de commerce, Anvers effectue presque toutes ses transactions sur des marchandises. Le marché à terme y joue un rôle beaucoup moins grand qu'à Londres, par exemple : peu de cargaisons achetées par des négociants d'Anvers arrivent à destination sans passer par Anvers; les opérations commerciales de la place sont donc inséparables du trafic du port et s'accompagnent presque toujours d'un transport. En troisième lieu, le transit constitue un élément fondamental du trafic. Tout ce qui entre à Anvers n'est pas destiné à la Belgique; tout ce qui en sort ne provient pas de Belgique. Dans le trafic du port, le transit représente à lui seul plus de la moitié à l'exportation, et plus du tiers à l'importation; et, sur l'ensemble du transit, près des trois quarts ont l'Allemagne comme pays de provenance ou de destination. En quatrième lieu, le trafic offre un remarquable équilibre entre les entrées et les sorties; le trafic à la sortie représente 80 p. 100 du trafic à l'entrée; cette abondance du fret de sortie constitue l'un des avantages particuliers du port belge, comparé à Hambourg et à Rotterdam et surtout aux ports français; en 1921, le poids des marchandises au débarquement s'élevait à 6 043 500 tonnes; à l'embarquement, à 5 635 000. Enfin Anvers n'a pas seulement pour lui les capacités de transport de son grand estuaire et les capacités de consommation et de production de son arrière-pays; il dispose encore d'immenses capitaux, fruit d'un passé de labeur et d'économie. Il les applique au développement des relations commerciales qui soutiennent son trafic maritime; il est un grand marché de capitaux belges pour placements étrangers; grâce à ses entreprises financières dans l'Amérique du Sud par exemple, il attire le commerce des grains et des peaux de ces pays.

Anvers dessert l'une des régions du monde les plus populeuses et les plus industrialisées; de là, ses importations de denrées alimentaires et de matières brutes : grains des pays de la mer Noire et des pays de la Plata, qui constituent le tiers du tonnage; denrées coloniales, café, cacao, thé, sucre, épices, riz; minerais, charbon, pétrole, bois du Nord, nitrates; laines d'Australie, coton des États-Unis, peaux d'Argentine, caoutchouc. On calcule qu'un tiers de ces marchandises importées est réexpédié vers la France et surtout vers l'Allemagne :

ANVERS

avantage inappréciable qui épargne à la Belgique un tiers de ses frais généraux; mais avantage fort disputé, car Rotterdam lutte contre Anvers pour le transit des minerais et des grains. Quant aux exportations d'Anvers par mer, elles se composent essentiellement de produits manufacturés. La variété et l'intensité du travail industriel de l'arrière-pays assurent aux navires un tonnage abondant et régulièrement disponible, c'est-à-dire non saisonnier : cette importance du fret de sortie marque l'originalité d'Anvers parmi les grands ports des pays manufacturiers. Ces marchandises, qui affluent à Anvers pour l'exportation et qui lui arrivent surtout par chemin de fer, viennent, pour la moitié, de pays étrangers, l'Allemagne rhénane, la France avec sa région du Nord et l'AIsace- Lorraine : autre avantage précieux pour la Belgique, puisque ces transports en transit paient de grosses sommes aux chemins de fer belges et qu'ils multiplient, pour les marchandises belges elles-mêmes, les facilités d'exportation.

Page 1