IV. — LES RELATIONS CONTINENTALES D'ANVERS
Pour ses communications intérieures, Anvers dispose de trois groupes de moyens de transport : le Rhin, qui le relie aux régions industrielles de l'Allemagne occidentale et à l' Alsace-Lorraine; 2° les rivières et les canaux qui l'unissent avec la Belgique et la France par l'Escaut et la Meuse; 3° les chemins de fer, qui offrent dans cette partie de l'Europe une densité de réseau extraordinaire.
Les communications d'Anvers avec l'Allemagne occidentale et la France orientale par navigation intérieure ne s'effectuent pas directement vers l'Est à travers le territoire belge; c'est par un détour, à travers les eaux intérieures de la Zélande et de la Hollande, en territoire néerlandais, que le port d'Anvers communique avec le Rhin. Les transports par bateaux d'intérieur entre Anvers et le Rhin suivent l'estuaire de l'Escaut jusqu'à Hansweert, sur la côte méridionale de Zuid Beveland. De Hansweert à Wemeldingen, ils traversent l'île de Zuid Beveland par le canal maritime à grande section ouvert en 1867, où ils trouvent un mouillage de 6 à 8 mètres avec des écluses larges de 15 mètres environ. De Wemeldingen, ils gagnent le Waal par les chenaux de l'archipel zélandais : Escaut oriental, Keeten, Krammer, Volkerak, Hollandsch Diep. Cette jonction avec le Rhin, en partie artificielle, n'a pas toujours été le chemin d'Anvers vers le Rhin; avant 1867, on suivait l'Escaut oriental, dans lequel on pénétrait par le Sloe, chenal séparant Zuid Beveland de la côte brabançonne; mais, pour construire le chemin de fer de Bergen op Zoom à Flessingue, la Hollande dut établir le barrage de Woensdrecht, qui ferma complètement le Sloe; et c'est afin de maintenir, conformément aux traités, la communication entre l'Escaut et le Rhin par les eaux intérieures, qu'elle construisit le canal de Zuid Beveland, lequel impose un trajet plus long. Mais le Rhin, même long à atteindre, constitue pour Anvers une merveilleuse voie de pénétration continentale; par lui.
ANVERS
le port reçoit les charbons et les fers allemands, et il expédie vers rAllemagne ou l'Alsace des minerais et des grains. Comme Amsterdam et comme Rotterdam, Anvers est un débouché du Rhin sur la mer du Nord; son trafic en provenance ou à destination du Rhin s'élève à 6 ou 8 millions de tonnes, le tiers du trafic rhénan de Rotterdam.
Anvers dispose d'un important réseau de voies d'eau pour communiquer avec son arrière-pays. Mais ces rivières et ces canaux l'unissent surtout au pays belge; ils ne se relient pas avec le réseau allemand; ils possèdent de nombreuses soudures avec le réseau français par la Meuse, la Sambre, l'Escaut, la Scarpe, la Deule et la Lys. Cependant les échanges d'Anvers avec la France par voie d'eau ne représentent guère que le quarantième de ses échanges avec la Belgique. D'Anvers, les bateaux d'intérieur partent avec des grains, des minerais, du charbon, du bois, des engrais; ils y reviennent avec des matériaux de construction, du fer et de l'acier, des phosphates, du sucre. Ces transports s'effectuent par un réseau de canaux et de rivières, qui rayonne autour d'Anvers : canal de l'Escaut à la Meuse, canal de Louvain, canal du Rupel, canal de Bruxelles à Charleroi, canal de la Dendre, Escaut, Lys. Cette disposition en étoile donne l'impression d'un système ordonné; mais, en réalité, elle ne procède pas d'un plan d'ensemble; œuvre d'un long passé, elle ne suffit plus aux besoins : ainsi les relations d'Anvers avec Liège ne disposent que d'une voie d'eau longue, hétérogène, d'un mouillage insuffisant et encombrée d'écluses (canal de jonction de l'Escaut à la Meuse, d'Anvers à Bocholt; canal de Bois-le-Duc à Maastricht; canal de Maastricht à Liège). Avec l'Allemagne, Anvers ne possède pas de communication directe par voie navigable : c'est ce qui a donné naissance au projet de canal à grande section, reliant Anvers au Rhin, qui permettrait la circulation des bateaux du Rhin et réduirait de 346 kilomètres à 183 kilomètres la distance d'Anvers au cœur de la région industrielle de Westphalie.
Privé du contact immédiat avec la Prusse par voie navigable, Anvers a accompli cette liaison par un puissant réseau ferré. Dès 1843 le chemin de fer unissait Anvers à Cologne; de nos jours, c'est par fer que s'établissent les relations les plus denses et les plus intenses entre l'Escaut et l'arrière-pays rhénan; et ce sont les voies ferrées qui acheminent vers Anvers la plus grosse partie des marchandises qui partent par les lignes régulières. Le transit par voie ferrée s'achemine sur Anvers par quatre grandes lignes : la ligne du Luxembourg, venant de Lorraine par Arlon et Namur; la ligne de la Vesdre venant d'Aix-la- Chapelle par Verviers et Liège, la ligne venant de Cologne et d'Aix par Tongres et Louvain, la ligne venant de Gladbach par Roermond et Hamont. Ce sont là les puissantes racines, sujettes d'ailleurs à des détournements de trafic par les tarifs de réseaux concurrents, qui font affluer à Anvers les sources étrangères de son activité; car, sur la totalité de son trafic, 75 p. 100 de ses importations seulement sont destinées à la Belgique; 50 p. 100 seulement de ses exportations proviennent de la Belgique.