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V. — LA VILLE D'ANVERS ET L'AGGLOMÉRATION ANVERSOISE

La ville d'Anvers a vécu et grandi autour de son port et par lui. Ses destinées reflètent les destinées commerciales de l'Escaut : modeste avant l'arrivée du trafic maritime, populeuse quand les marchands et les marins s'y pressent.

LA BELGIQUE

languissante quand l'estuaire est fermé, pleine de force depuis que le trafic d'outre-mer y revient. Topographiquement, Anvers semble avoir eu pour origine un petit château, fondé sur la rive droite de l'Escaut, au confluent du ruisseau du Schyn, au milieu de marais que le flux visitait. Là fut la crique où les bateaux s'échouaient à marée basse. L'Escaut fait ici un coude brusque : c'est dans la concavité de ce coude, auprès des grandes profondeurs qui s'opposent aux basfonds de la rive convexe, que se fixa le port. Le contraste entre les deux rives demeure un trait remarquable du site d'Anvers; alors que, à Londres, à Glasgow, à Bordeaux, la ville s'étend des deux côtés du fleuve, Anvers occupe exclusivement la rive droite; en face, de l'autre côté du large fleuve, au delà de Tète de Flandre, commencent immédiatement les polders et les campagnes bocagères du pays de Waes.

La ville s'est développée sur la rive de l'Escaut. On découvre dans son plan la trace de deux étapes de croissance. Il y a la vieille ville, limitée actuellement vers l'Est par une ligne demi-circulaire de larges avenues, laquelle a remplacé en 1859 les remparts construits de 1540 à 1543; c'était l'enceinte de la ville à l'époque de sa splendeur. En dehors de cette ceinture de boulevards vers l'Est, il y a la ville neuve, limitée par l'enceinte de 1859. Enfin il faut ajouter à cette masse urbaine toutes les agglomérations de la grande banlieue.

La ville neuve, création du xix^ siècle, n'emplissait pas au début tout l'espace compris entre les murailles; elle l'a recouvert peu à peu complètement en englobant les deux communes de Berchem et de Borgerhout qui avaient d'abord vécu indépendantes; c'est dans cette agglomération toute jeune que se trouvent les grands espaces libres (le Parc, le Jardin Zoologique, la Pépinière), les grands édifices modernes comme les hospices, les hôpitaux, les couvents, les écoles, la Gare centrale; le long des avenues et des chaussées, s'alignent les façades des hôtels somptueux construits avec ostentation par les bourgeois enrichis. La vieille ville, au contraire, contient, dans les quartiers voisins de l'Escaut, les magnifiques souvenirs de la vie municipale, qui dominent encore la vie intense du peuple, le mouvement de la circulation, le bruit du travail quotidien; c'est la Cathédrale, dont la construction dura du xiv^ au xvii^ siècle; c'est l'Hôtel de Ville, puis les anciennes maisons des corporations, les églises des quartiers, les musées, et, tout près des quais, le Steen, partie de l'ancien Château où siégea le Saint-Office espagnol; le Waterhuis avec les grandes pompes du xvi^ siècle, qui alimentaient en eau les brasseries de la ville ; la maison de Hesse, où l'on hébergeait au xvi^ siècle les rouliers hessois qui transportaient à Anvers les marchandises allemandes. Au delà des deux villes, vers le Nord, et toujours à l'intérieur de l'enceinte, c'est enfin tout le port intérieur avec ses bassins, ses réseaux de voies ferrées, ses ports et ses écluses, ses magasins, et toute la forêt des cheminées et des mâts parmi les empilements de marchandises.

Anvers vit par son port, et c'est en fonction du port que travaillent les usines; la vie industrielle a pour soutien la vie commerciale. Sans doute Hoboken, en amont d'Anvers, possède un grand peignage de laine; et il existe dans la ville 10000 ouvriers en diamant qui taillent et polissent, comme ceux d'Amsterdam, la pierre précieuse venue du Cap. Mais la plupart des usines ne sont que des annexes du port ou des auxiliaires de la vie urbaine : chantiers de constructions navales de Hoboken, dont le plus important appartient à la société Cockerill de Seraing; usine à désargenter les plombs d'œuvre qui débarquent dans le port,

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usine traitant les pyrites de cuivre' qui arrivent de l'étranger, ateliers de construction de machines et de chaudières, briqueteries et tuileries, savonneries, huileries, usines de torréfaction de café, raffineries de sucre, distilleries, minoteries, fabriques de biscuits, de conserves, de cigares. Anvers possède une variété d'usines qui exploitent le mouvement du port, le marché de main-d'œuvre d'une grande ville, les besoins de la consommation urbaine; mais on ne peut parler de centre industriel. Anvers est essentiellement une grande gare maritime, un entrepôt, un comptoir; on y travaille à embarquer, à débarquer, à transborder, à emballer, à déballer; on y vit beaucoup plus de commerce que de manufacture. C'est par la fonction commerciale que la ville a grandi, passant de 70 000 habitants en 1830 à 110 000 en 1860, 180 000 en 1880, 286 000 en 1900, 300 200 en 1926. Si l'on ajoute à cette population celle de Borgerhout et de Berchem, communes que seule l'administration sépare d'Anvers et qui vivent à l'intérieur des mêmes murailles, on obtient près de 400 000 âmes. Mais, hors de l'enceinte, la cité rayonne de tous côtés, vers Merxem (24 000 hab.), Deurne (23 100 hab.), Mortsel (10 700 hab.), Wilryck (13 800 hab.), Hoboken (27 800 hab.), de sorte que l'agglomération anversoise réunit plus de 480 000 habitants.

BIBLIOGRAPHIE

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