‹ Belgique, Pays-Bas, LuxembourgChapitre 49 sur 104 · L'INDUSTRIE BELGE · texte numérisé non relu

L'INDUSTRIE BELGE

De longue date la vie industrielle foisonne sur le sol belge. Elle a eu plusieurs phases et a revêtu plusieurs formes. Au moyen âge, les villes fia- ! mandes et brabançonnes devinrent de grandes cités ouvrières dont les marchés s'étendaient à toute l'Europe. Cette concentration urbaine représente la pre- | mière forme de la civilisation industrielle : les ouvriers travaillent à l'intérieur ' des villes.

Mais, vers la fin du xv^ et le début du xvi^ siècle, on voit s'établir une nouvelle répartition de l'industrie, qui domine jusqu'au milieu du xix^; pour échapper aux cadres étroits de la vie corporative et aux conditions onéreuses de l'existence urbaine, les métiers se répandirent dans les campagnes; les travailleurs de l'industrie devinrent des ruraux; les marchands en gros, qui dirigeaient la production, pouvaient ainsi disposer d'une abondante main-d'œuvre à bon marché. Les métiers pullulèrent à tel point dans certaines régions qu'on peut dire du milieu villageois qu'il fut profondément industrialisé; toute la Flandre formait un immense atelier.

A la fin du xviii^ siècle, il y avait en Belgique deux groupes industriels : le groupe métallurgique de Wallonie et le groupe textile de Flandre et de Brabant; on peut y joindre le petit groupe lainier qui, ayant émigré de Liège vers le milieu du xvii^ siècle, s'était installé dans les campagnes de Verviers. Dans la Wallonie, hauts fourneaux et forges, martinets et fonderies se dispersaient le long des vallées, à proximité des forêts; des milliers de cloutiers travaillaient dans le Hainaut et autour de Liège, des armuriers autour de Liège, des couteliers autour de Namur. Dans le Brabant et dans les Flandres, les campagnes ' renfermaient des dizaines de milliers de dentelières ; plus de 300 000 personnes filaient et tissaient le lin. Le pays produisait alors presque toutes ses matières premières, le fer et le lin. Mais déjà ces industries vivaient dans une étroite dépendance vis-à-vis des marchés étrangers; sans l'exportation, tous ces petits [ ateliers fussent tombés dans la misère. Pour ses toiles, ses dentelles, ses fils, j ses draps, comme pour ses clous, ses fers en barres et ses couteaux, la Belgique j trouvait des clients en France, en Espagne, en Russie; les commerçants hollan- ! dais et britanniques lui servaient alors d'intermédiaires. Toute extension du marché favorisait la production industrielle : la Belgique trouva certains avantages économiques à son union momentanée avec la France durant la Révolution et l'Empire. j

Sur ces racines anciennes et vivaces, une industrie nouvelle vint se greffer, lorsque commença le règne du charbon. Le caractère de la production belge changea. Sa grande originalité ne consiste plus, comme autrefois, dans la manufacture des étoffes, mais plutôt dans la fabrication des produits lourds issus de matières minérales : coke et briquettes, poutrelles, rails et tôles, ciments, produits réfractaires, verrerie, zinc. Actuellement 160 000 ouvriers travaillent dans les mines de charbon, 7 000 dans les fabriques de coke et d'agglomérés, 36 000 dans la production du fer et de l'acier, 100 000 dans les constructions métalliques, 6 400 dans les mines de zinc, 26 000 dans la verrerie, 26 000 dans les industries céramiques, 38 000 dans les produits chimiques : au total, presque trois fois plus que dans les industries textiles (fig. 34). A la différence de la France, même dans l'industrie textile, la Belgique produit relativement peu d'articles de grande

LES ASPECTS ÉCONOMIQUES DE LA VIE BELGE

valeur; elle s'adonne surtout à la fabrication d'articles demi-ouvrés, fils de laine, fils de lin, fils de soie, qui sont les matières premières d'autres industries et qu'elle exporte. D'une manière générale, la Belgique produit plutôt en masse qu'en valeur. Une tonne de marchandise exportée représente une valeur quatre fois moindre en Belgique qu'en France.

Disséminée partout grâce aux moyens de communication, l'économie industrielle pénètre toute la structure du pays; elle ne se concentre pas seulement

FiG. 34. — Carte industrielle de la Belgique, d'après Michotte.

auprès de ses anciens foyers de l'Ouest et auprès des bassins houillers; elle circule, elle se fixe dans la moindre ville. Alors que de 1850 à 1900 la population belge s'accroissait de 50 p. 100, la population industrielle doublait. L'intérêt du pays entier se tourne vers l'industrie. Dans l'ensemble des portefeuilles belges, les titres industriels et commerciaux atteignent la proportion de 30 p. 100; en France, de 15 p. 100 seulement. La vitalité de l'industrie belge est telle que, malgré les terribles désastres de la Guerre, elle s'est vite relevée; dès la fin de 1920, la production mensuelle de fonte et d'acier avait atteint les deux tiers de celle de 1913, et l'exportation des produits fabriqués, les trois quarts. En 1925, les chiffres d'avant la guerre étaient dépassés. Cette rapidité de reconstitution révèle une rare adaptation au travail industriel et comme le retour à une habitude.

L'industrialisation de la Belgique lui crée dans le milieu international une place qui ressemble à celle de la Grande-Bretagne : elle ne peut vivre sans le marché universel. Non seulement elle dépend de l'étranger pour son pain

LA BELGIQUE

quotidien, mais elle ne trouve chez elle presque rien comme matières premières, sauf le charbon; elle achète au dehors lin, laine, coton, minerais de fer et de zinc, bois, caoutchouc. Matières brutes et produits demi-ouvrés représentent 55 p. 100 de ses importations totales. Si les produits alimentaires lui viennent de Roumanie, du Brésil, de l'Argentine, des Pays-Bas, des États-Unis, d'Espagne, d'Italie et de France, les matières textiles arrivent d'Australie, de Russie, de l'Inde, de l'Argentine, de Grande-Bretagne, et les matières minérales d'Espagne, de France, d'Australie, d'Italie, du Brésil, de l'Inde. Par tous ces transports, elle forme un maillon dans la chaîne du trafic universel.

En échange des vivres et des matières premières de l'étranger, la Belgique doit vendre les produits de son industrie. L'exportation est une condition vitale de son économie; tandis que la France exporte le septième de sa production industrielle, et la Grande-Bretagne, le quart, la Belgique en exporte le tiers; normalement, la verrerie vend à l'étranger les neuf dixièmes de sa fabrication, la métallurgie, plus des deux tiers, l'industrie textile, plus de la moitié. Sans la clientèle de l'étranger, la main-d'œuvre belge manquerait de travail; sans elle il n'y aurait pas de contre-partie pour solder les achats de nourriture et de matériaux bruts. La Belgique appartient à un type de civilisation éminemment européen : des masses d'hommes vivant sur une terre qui ne peut plus les nourrir, produisant pour le monde entier des articles où s'incorpore leur travail, et recevant, en retour, leur pain quotidien.

Page 1