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A. LA VALLÉE DE LA MEUSE, A DINANT

Les plateaux du Condroz; l'encaissement de la vallée; le site de la forteresse.

l'Iinl. Ar'iiin.iiiliiiui' Militaire iielge. lî. i.A \ Ai i,i;i: iji iiovoux, au sud de huy.

Petiti' vallée i rjil ii ^1 l ii l Ir, eji liiricc'c dans les plateaux du Condroz.

<.. ! .. I. II. l'i. I

Phot. A. Deman^eon.

A. — • VALLÉE DU IIUISSEAU AUX TIIEMBLES, PIlÈS DE BOIGY-POM\ Haute vallée marécageuse dans l'Ardenne.

Phot. A. Deiii:ingeon.

li. — LE l'LAÏEAU AUDENNAIS, PRES DE GEMBES. Formes tranquilles et horizons réguliers

G. U., t. Il, Pi . 11.

FiG. 1. — Le relief de la Belgique et des Pays-Bas.

Altitudes : 1, Au-dessous du niveau de la mer; 2, De 0 à 20 mètres; 3, De 20 à 100 mètres; 4, De 100 i 300 mètres; 5, De 300 à 500 mètres; 6, Au-dessus de 500 mètres. — Échelle, 1 : 2 400 000.

BELGIQUE ET PAYS-BAS

Les formes heurtées et sauvages n'apparaissent qu'au voisinage des grandes vallées, dès que les rivières du plateau, pour gagner les points bas, doivent s'encaisser afin de racheter une forte chute sur une courte distance. Elles commencent leurs cours sur de calmes surfaces; pour atteindre la Meuse ou la Moselle, il leur faut scier gorges et entailles ; la Sure, la Wiltz et la Clerf dans le Grand- Duché, rOurthe et la Vesdre au Sud de Liège s'échappent du massif ardennais par de très belles vallées, creusées dans le roc (Pl. XIII, B).

Les éléments de variété du paysage, en dehors des vallées profondes, proviennent essentiellement des inégalités de résistance des roches. Or, à la surface de ces plateaux qui résultent de l'aplanissement d'une chaîne plissée, les différentes roches affleurent en longues bandes qui retracent l'orientation des anciens plis. C'est à cet arrangement des matériaux du sol, reflet de l'architecture profonde, que beaucoup de traits du relief doivent leur origine. La dépression de la Famenne s'allonge sur une zone de schistes tendres entre les schistes et quartzites durs de l' Ardenne et les calcaires et psammites résistants du Condroz : elle impose même sa direction à des tronçons de la Lesse et de l'Ourthe. Sur les plateaux de l'Entre-Sambre-et-Meuse et du Condroz, on ne peut pas ne pas remarquer le curieux parallélisme des lignes du paysage, des vallées, des collines et des bois : cette disposition résulte de la disposition même de l'ancienne architecture en une série de plis pressés, formés, les uns, par des psammites durs, les autres, par des calcaires très solubles; l'érosion ayant travaillé sur cette surface hétérogène, les psammites se dressent en crêtes longitudinales, toutes boisées, appelées tiges dans le pays; les calcaires se creusent en dépressions parallèles (fig. 2 et 3).

Le réseau hydrographique du massif belge s'écoule du Sud vers le Nord, selon une pente très anciennement établie : les plateaux s'inclinent dans cette direction depuis les altitudes de 500 à 600 mètres, qu'ils atteignent dans le Sud, jusqu'aux altitudes de 200 à 300 mètres, qu'ils conservent le long de la grande dépression de Sambre-et-Meuse. Tel est le sens de l'écoulement de l'Eau d'Heure, de la haute Lesse, du Hoyoux, de l'Ourthe, et aussi de la Meuse depuis Charleville jusqu'à Namur. Toutes ces rivières coupent à angle droit les plis de l'architecture primaire. Taillées dans l'épaisseur du massif, leurs vallées cheminent au fond d'un couloir étroit, entre des parois escarpées où l'on voit parfois se dresser à nu les bancs de roches redressés jusqu'à la verticale (Pl. XIII, A).

Dans ses lignes générales, l'écoulement se dirige vers la zone d'affaissement des Pays-Bas; presque toutes les vallées s'orientent vers le Nord. A cette loi générale, il existe une infraction remarquable : la Meuse à Namur arrête brusquement sa course vers le Nord et se détourne vers l'Est. Comment expliquer cette déviation subite? Il faut l'attribuer à l'influence du sillon Sambre-et- Meuse. Jusqu'à l'époque de son détournement, la Meuse, selon toute vraisemblance, continuait sa route au delà de Namur vers le Nord, comme toutes les rivières descendues du massif ardennais. Le sillon Sambre-et-Meuse coïncide depuis Charleroi jusqu'à Liège avec une zone basse de l'ancienne architecture. Vers le milieu du Tertiaire, cette dépression, remise en mouvement, s'enfonça davantage et reprit son rôle de gouttière hydrographique; établie en travers du cours de la Meuse, elle le tronçonna en deux et détourna la rivière vers l'Est, vers Liège, La Meuse et la Sambre s'établirent d'autant plus facilement dans cette dépression qu'elles y trouvaient les terrains tendres du Houiller où leur vallée s'ouvrit largement. Du haut de la citadelle de Namur, on voit la vallée

LE RELIEF

de la Sambre, avec ses champs, ses vergers et ses prairies, s'épanouir entre des versants adoucis; la rivière chemine sans hâte, s'attardant en longs méandres indécis; sa pente, qui atteignait 0 m. 57 par kilomètre entre la frontière fran-

FiG. 2. — AUure rayée de la carte géologique de la Haute-Belgique (EiUre-Sambre-et-Meuse et Condroz), d'après la carte géologique de Belgique à 1 : 160 000.

1, Silurien et Dévonien inférieur; 2, Dévonien moyen et Frasnien; 3, Famennien (Dévonien supérieur); 4, Calcaire carbonifère; 5, Houillor. • — Échelle, 1 : 500 000.

çaise et Landelies, tombe à 0 m. 40 de Landelies à Namur. La Meuse ellemême, ayant quitté les défilés grandioses du massif ancien, s'engage, de Namur à Liège, dans un large couloir, ouvert et lumineux comme une plaine.

Vers l'Ouest, dans le prolongement du sillon Sambre-Meuse, une autre

FiG. 3. — Coupe schématique à travers le massif primaire de Belgique, d'après Leriche.

1, Silurien et Cambrien; 2, Dévonien inférieur; 3. Dévonien moyen; 4, Dévonien supérieur; 5, Calcaire carbonifère;

6, Houillor; 7, Secondaire et Tertiaire.

dépression, orientée comme lui, retient l'attention : c'est la plaine basse où, languissante, la Haine s'écoule vers l'Escaut. Cette vallée de la Haine occupe aussi une zone basse dti massif ancien, laquelle, jusqu'à une époque récente, fut marquée par une tendance à s'affaisser; tout ce fond de bateau, formé de roches anciennes, est plein de couches crétacées et tertiaires; dans ces matériaux tendres, la rivière a déblayé la plaine marécageuse que domine la colline sableuse de Mons. L'évolution du relief est ici bien plus poussée que le long de la Sambre;

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la notion de vallée disparaît; des hauteurs boisées qui l'encadrent, on a plutôt l'impression d'une cuvette; sur le fond plat, parmi les alluvions et la tourbe, les eaux s'avancent péniblement le long des canaux et des fossés.

La Meuse. — - Au milieu des plateaux réguliers et tranquilles, seules les vallées donnent la sensation du relief. Aussi la vallée de la Meuse, ouverte en plein massif, contient les plus beaux paysages de la Haute-Belgique. Son histoire est longue. Elle a coulé jadis à la surface même des plateaux qui la dominent maintenant : aux environs de Namur et de Liège, on recueille ses cailloux roulés presque jusqu'à ces hauts niveaux. Puis la rivière descendit graduellement, creusant, élargissant et modelant sa vallée, dessinant et accentuant ses méandres avec plus d'aisance qu'en France où la dureté des schistes et des quartzites conserve dans les formes de la vallée plus d'imprévu et de sauvage. Ces méandres ont évolué si rapidement, qu'en aval de Dinant, à Anhée, à Annevoie, à Profondeville, on compte plusieurs boucles recoupées, de sorte que le cours de la rivière, de sinueux qu'il était, devient presque rectiligne (fig. 4; Pl. I et III).

A chaque pas, la vallée porte l'empreinte des structures qu'elle traverse. Rien n'égale la beauté des sites créés par le calcaire carbonifère : tantôt, comme à Waulsort, la roche coralligène se dresse en falaises massives; tantôt, lorsque des fentes parcourent du haut en bas ses assises puissantes, le calcaire se dresse en piliers hardis et en lames aiguës, comme à Anseremme et à Dinant; le rocher Bayard, monolithe énorme qui garde l'entrée de Dinant, est un roc de calcaire consolidé par des rognons siUceux; tantôt, chargée de dolomie, la roche se débite en aiguilles, en crêtes déchiquetées, en promontoires ruiniformes (Pl. IV, A). Quand la vallée traverse les schistes dévoniens, les versants s'adoucissent, et, sur leurs pentes ménagées, s'étendent des bois et des prés. Mais, que l'allure du plissement amène des psammites dans les flancs de la vallée, les versants reprennent de la hardiesse : des piliers et des tours se découpent dans l'épaisseur de ces grès durs.

Rivière puissante, large de 80 mètres à Dinant et de 140 mètres à Liège, la Meuse a creusé son lit très bas. Quoique traversant de hauts plateaux, elle coule à 87 mètres d'altitude à Dinant, à 74 mètres à Namur, à 55 mètres à Liège. Sa pente faiblit : de 44 centimètres par kilomètre entre Monthermé et Hastière, elle descend à 39 entre Hastière et Liège. Ce sont là, pour le profil et pour le lit, des conditions de plaine. Par contre, le régime des eaux se ressent des conditions du relief des hauts plateaux. Jusqu'à Mézières, les crues conservent les caractères de modération propres à l'hydrologie des calcaires lorrains. Avec la Semois, la première rivière ardennaise, le régime torrentiel se révèle par de brusques montées et par de dangereuses inondations : jusqu'à la Sambre, les incartades de la Meuse traduisent l'influence de cette petite rivière, longue de 180 kilomètres. Les autres affluents de la Meuse présentent les mêmes caractères torrentiels. Le Hoyoux dévale une pente de 9 m. 50 par kilomètre; en 1893, ses eaux montèrent de 2 mètres en une heure; le soir de cette crue, elles rentraient dans leur lit. La pente kilométrique est de 4 m. 20 sur la Lesse, 3 m. 10 sur l'Amblève, 3 m. 50 sur la Vesdre, 2 m. 80 sur l'Ourthe. Toutes ces rivières, qui drainent des bassins élevés, très arrosés, en sol imperméable, donnent à la Meuse, à Liège, des allures presque montagnardes. La marche saisonnière du climat règle la courbe générale des débits : montée d'octobre à février, baisse de mars à septembre avec des crues d'orage en août. Mais tous ces mouvements

l'Iiol, A. Ilciiiaiiyriin.

A. — LA VALLliK DIÎ LA MEUSE, EMUE HASTlÈfiE ET DIXAXT. Lames de loclips dures, faisant saillie dans les versants.

PhOt. A. 11. IM in.. ,.11

li. LA VALLÉE DU RHI\.

A l'ouest n'AIiXHEM, EXTItE HEELSU.M ET l)()()in\ EHTH. A gauolii', le vei-sant boisé de la Veliiwe dominant la vallée.

G. U., l. II. Pl. IV.

FiG. 4. — La vallée de la Meuse en aval de Dinant, d'après la carte de Belgique à 1 : 40 OûO.

Kort <;ncaissem'-nt dans le massif primaire. Vallée étroite, pnrfois dominée par des escarpements. Nombreux vallons secs dans les roches calcaires. L'évolution de la vallée est cependant assez avancée : des îles, de petites plaines alluviales et trois méandres recoupés (Anhée, Annevoye, Piofondeville).

GÉocisAiiiiE UNIVERSELLE. — U<)gi(iue et Pays-Bas. 2

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d'eau sont brusques, brutaux et capricieux; la portée des crues de l'Ourthe atteint 3 à4 mètres; si par malheur elles coïncident avec celles de la Meuse, elles provoquent sur toute la vallée, en aval de Liège, des inondations désastreuses. A Liège même, on a dû régulariser l'écoulement des eaux : on a remplacé par un lit unique les nombreux bras de l'Ourthe qui sillonnaient le quartier d'Outre-Meuse,

L'hydrologie calcaire. — Les terrains primaires de Belgique contiennent des assises calcaires, remarquables par le développement des phénomènes karstiques. Cavités, grottes, rivières souterraines constituent à la fois l'intérêt géographique et l'attrait pittoresque de ces régions. Ces phénomènes s'observent particulièrement dans les calcaires du Givétien (Dévonien) et du Viséen (Carbonifère). Comme ces terrains se disposent en longues bandes, orientées Ouest- Est, c'est sur des zones de même direction que se groupent tous les faits propres à l'influence des calcaires; ainsi s'alignent, au pied du massif ardennais, les sites célèbres de Couvin, de Han, de Rochefort et de Remouchamps (fig. 2).

Sur les sols fissurés que donne le calcaire, les eaux disparaissent dans les profondeurs par des trous auxquels le langage populaire applique différents noms : chantoir, aigiiigeois, adugeoir, douve, bétoire, agole, agolina. En certains lieux, ces trous criblent littéralement la surface : on en compte une cinquantaine près de Lustin au fond du pittoresque ravin de Tailfer. Moins profonds que dans le Karst ou les Causses, ils ne dépassent guère 50 à 60 mètres. Nulle part ils ne pullulent comme aux environs de Remouchamps. Le long d'une vallée sèche (le vallon des Chantoirs) on voit une quinzaine de ruisseaux s'arrêter brusquement de couler et s'enfouir par des centaines de trous : Van den Broek y a reconnu et catalogué plus de 200 de ces chantoirs et aiguigeois. Dans une seule petite dépression près de Deigné, il en signale une soixantaine. « Le chantoir de Grandchamps, dit-il, s'ouvre en plein champ, profond de 25 mètres, entre des parois couvertes d'arbres, de fougères : vrai nid de verdure au milieu des plaines cultivées. Un minuscule ruisselet s'y précipite par trois cascatelles après avoir bondi et rebondi sur le rocher calcaire, couronné de broussailles, paré de mousses. La chanson des cascatelles justifie le nom de chantoir donné à ces descentes de ruisseaux qui exhalent leur douce plainte avant leur emprisonnement sous terre. »

Sur ce sol troué, les rivières se perdent par les fissures du fond de leur lit. Elles se dérobent, pour surgir de nouveau plus bas. Deux affluents de la Lesse, la Lomme et la Wamme, disparaissent et reparaissent plusieurs fois. La Lesse traverse en souterrain le massif de Han (fig. 5) ; plus bas, à Furfooz, elle alimente un bras souterrain qui circule en siphon sous le lit superficiel. A plusieurs reprises, l'Ourthe au voisinage de Bohon, ainsi que ses affluents la Magrée et le Pouhon s'évanouissent dans le sol. Beaucoup de fontaines, à Dinant, à Celles, à Esneux, ne sont que les résurgences de rivières souterraines. Dans la vallée du Bocq, à 3 kilomètres d'Yvoir, on voit sortir de terre la curieuse fontaine intermittente de Crupet, qui paraît régie par un système compliqué de siphons et de réservoirs inégaux.

L'intense circulation souterraine de l'eau réagit puissamment à la surface du sol. Sur tout son passage, cette eau dissout d'énormes masses de roche. On a calculé que la Lesse, en traversant la grotte de Han, enlève plus de 5 000 kilogrammes de matière en une journée, ce qui représente, au bout d'un an, un total de près de 1900 tonnes.

LE RELIEF. 11

Cette destruction souterraine amène une descente progressive des chenaux et, par suite, un soutirage des eaux superficielles. Entre Belvaux et Han, on observe une vallée sèche ou chavée qui décrit un cercle de plus d'un kilomètre de diamètre; on n'}' voit d'eau qu'après de longues pluies. C'est une ancienne boucle de la rivière, asséchée par le drainage souterrain de la grotte voisine. Ces abandons de méandres

FiG. 5. — Les environs de Han et la perte de la Lesse, d'après Van den Broek et la carte de Belgique à 1 : 40 000 (feuille Saint-Hubert, n" 59).

On voit, à l'Est de Han, le grand méandre abandonné par la Lesse. La rivière a laissé cet ancien tracé, soutirée par le réseau de circulation souterraine. — En bas, à gauche, le plan de la grotte de Han.

par capture souterraine sont fréquents en terrain calcaire : on en constate d'autres, sur la Lesse à Furfooz et sur l'Ourthe entre Durbuy et Barvaux (fig. 5).

Le long des chenaux souterrains sans cesse agrandis, des cavités et des grottes se sont formées. Elles abondent en curiosités naturelles qui les ont rendues célèbres. Dans la vallée de la Lomme, la grotte de Rochefort se compose de deux grandes salles auxquelles on accède par quatre grandes cheminées qui sont des aiguigeois. A Remouchamps sur l'Amblève, on trouve une double série de cavernes superposées; une troisième paraît en voie de formation au-dessous; ces grottes.

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qui s'ouvrent à 15 mètres au-dessus du niveau de la rivière, ont servi d'asile aux hommes préhistoriques : on y a découvert plusieurs milliers de silex taillés de la fm de l'âge du Renne. On peut visiter d'autres grottes à Tilff, à Éprave, à Jemelle, à Dinant, à Rosée et en bien d'autres endroits. Mais la plus belle et la plus grande, comparable aux plus célèbres d'Europe, se trouve à Han, sur la Lesse. Devant le village de Han, la Lesse s'engoufîre sous terre par le Trou de Belvaux, voûte mystérieuse que personne encore n'a pu explorer (fig. 5). C'est plus haut, par une ancienne perte, le Trou du Salpêtre, qu'on pénètre dans la grotte. On traverse les salles splendides, ouvrage de l'eau, toutes hérissées de pointes et de flèches, décorées de concrétions bizarres, de colonnes et de guirlandes en pierre. Puis on retrouve la rivière dont les eaux se sont rassemblées dans l'ombre, et on la descend en bateau jusqu'à l'issue éblouissante en pleine lumière. On évalue à 5 kilomètres la longueur des galeries jusqu'ici explorées à Han. Mais la Lesse n'a pas encore terminé sa carrière pittoresque; elle rencontre, au Sud de Dinant, près de Falmignoul et de Furfooz, une autre bande de calcaire; de Chaleux à Anseremme, elle frôle le pied d'un superbe escarpement tout creusé de cavernes et de grottes; presque toutes ces excavations, qui débouchent de 20 à 45 mètres au-dessus de la rivière actuelle, représentent les sorties d'autant de rivières souterraines qui venaient se déverser au niveau plus élevé que la Lesse occupait jadis (Pl. VIII, C).

Ces régions calcaires, riches en beautés naturelles, jouent, comme châteaux d'eau, un rôle économique. Elles recèlent d'énormes réserves d'eau qu'on recherche pour l'alimentation des villes. Dans le Carbonifère, certaines roches dolomitiques et certaines variétés de calcaires donnent, une fois dissoutes, les éléments d'un gravier filtrant qui épure les eaux. C'est ainsi que dans la vallée duBocq, en amont de Spontin, des galeries recueillent une eau excellente destinée à Bruxelles. Dans la vallée du Hoyoux, on a capté en 1905 les sources de Modave pour Bruxelles. De grands projets visent la captation des eaux du Condroz. L'eau pure des hautes terres remplace, en partie déjà, dans les cités flamandes l'eau saumâtre des dunes.

Les côtes luxembourgeoises. — Sur le versant méridional du massif ardennais, des terrains triasiques et jurassiques s'appuient, en couches faiblement inclinées vers le Sud. Ils appartiennent à une zone affaissée qui vers l'Ouest se rattache au Bassin de Paris et vers l'Est s'avance en pointe dans le massif primaire. On a donné quelquefois à cette avancée orientale des terrains de Lorraine le nom de Golfe du Luxembourg; cette expression résulte de l'aspect actuel de la carte géologique : les bords du « golfe », hachés de failles, limitent d'une manière nette les dépôts triasiques; mais il s'agit d'un compartiment effondré où ces dépôts se sont conservés.

Ici, comme en France, au Nord du Morvan et à l'Ouest des Vosges, le contact du massif ancien et des couches du bassin a réalisé les meilleures conditions pour le développement d'une topographie de « côtes ». De l'alternance des couches dures et des couches tendres résulte l'alternance de corniches et de dépressions. Comme les couches s'inclinent vers le Sud, c'est vers le Nord que se tourne l'abrupt des corniches. Cette alternance se produisant sur de courtes distances, les corniches ou côtes luxembourgeoises se rapprochent les unes des autres sur un petit espace (fig. 6).

LE RELIEF

Dans l'épaisseur des formations triasiques et jurassiques, deux assises se prêtent particulièrement à la formation de ce type de relief : les grès du Lias et les calcaires jurassiques. Les grès du Lias (Sinémurien) donnent une côte remarquable, presque soudée au massif ardennais en territoire français; elle pénètre en Belgique à Muno, traverse le Luxembourg belge par Florenville, Tintigny, Chantemelle, Guirsch au Nord d'Arlon; elle entre dans le Grand-Duché qu'elle parcourt du Sud-Ouest au Nord-Est, pousse ses bastions boisés au delà de la vallée de la Sure (Sauer) jusqu'aux environs de Bitburg en Prusse rhénane, puis, revenant vers le Sud par Echternach, atteint la Moselle près de Sierck. Dans le paysage elle forme, vue du Nord, une crête boisée, de tracé irrégulier avec des rentrants profonds et des promontoires allongés; parfois elle se morcelle en buttes qui jalonnent son front comme autant d'avant-postes. Les rivières, la Sure, la Prum, l'Enz, la fragmentent en de petits plateaux forestiers, appelés

FiG. 6. — Coupe Xord-Sud à travers le Luxembourg b;lge, d'après Leriche.

1, Terrains primaires du massif ardennais; 2, Marnes et grès du Trias; 3, Sables et marnes du Lias (Rhétien et Hettangien); 4, Orès calcaires de Florenville (Sinémurien dans le Lias), formant une côte; 5, Marnes, sables et grès (Charmouthien dans le Lias); 6, Schistes (Charmouthien dans le Lias); 7, Grès calcaires et ferrugineux (Charmoulhien), formant une cote; 8, Schistes et marnes (Toarcien dans le Lias); 9, Calcaires avec minerais de fer (Bajocien dans le Jurassique),.

formant une côte.

Hardt en territoire germanique. Le long de l'Alzette, depuis Mersch jusqu'à Luxembourg, elle dessine un rentrant fort prononcé : avec sa corniche couronnée d'arbres et ses talus plantés de vergers qui s'élèvent au-dessus des champs de la large vallée, elle rappelle le cadre agreste et frais de nos vallées du Valois et du Soissonnais (fig. 7).

Cette longue côte est séparée, vers le Nord, des hauteurs de l'Ardenne par une dépression ouverte sur les couches tendres du Trias et du Lias. La Semois, affluent de la ]\Ieuse, s'y écoule vers l'Ouest; F Attert, affluent de la Moselle par la Sure, vers l'Est. Le long de ces rivières s'étend un pays bocager où les prairies et les champs se mêlent aux bois et aux marais.

Ayant gravi la côte vers le Sud, on arrive sur de grands plateaux, doucement inclinés vers le Sud selon la pente même des couches. Leur surface n'a rien d'uniforme, parce que le plongement des couches fait affleurer une série d'assises diverses; chacune d'elles donne localement le ton au paysage, mais aucune n'est assez homogène, continue et résistante pour déterminer un trait dominant du relief; aussi règne-t-il, sur ces plateaux luxembourgeois, une certaine monotonie,, une certaine sévérité d'horizons; partout le regard s'arrête à la ligne sombre des bois qui garnissent les hauteurs. Le paysage ne s'accidente que dans la partie orientale, car la Moselle exerce sur ses affluents un appel beaucoup plus vigoureux que la Meuse. Tandis que les vallées tributaires de la Meuse ne commencent à s'encaisser que fort loin vers l'Ouest, que tout le haut bassin de la Semois.

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forme une large plaine tranquille sans entailles vives ni ravins, les affluents de la Moselle s'encaissent profondément : de là, des sites hardiment sculptés, comme celui que l'Alzette a préparé pour la ville de Luxembourg; de là, les reliefs accidentés et les gorges sauvages de l'Est du Grand-Duché (fig. 38 et Pl. XXV, B).

Pour trouver une seconde ligne de côtes, il faut parvenir dans le Sud du Luxembourg, aux affleurements de calcaire jurassique (Bajocien et Bathonien). Alors se dressent, en une masse importante, les hauts plateaux de Lorraine. Leur côte commence en France près de Montmédy; elle touche à peine, près de Virton, au territoire belge; elle porte Longwy, en France; elle domine Difïerdange, Esch, Dudelange; puis, tournant brusquement vers le Sud, elle rentre

Fig. 7. — Le pays des Côtes luxembourgeoises.

en France; de Thionville à Metz et au delà, elle barre l'horizon vers l'Ouest; ce sont les Côtes de Moselle, Dans ses flancs, on exploite les gisements de fer qui alimentent les hauts fourneaux lorrains, belges et luxembourgeois.

Ainsi, sur ses approches méridionales, le massif ardennais regarde vers un pays de côtes. C'est ce pays, abrité contre les rigueurs du Nord, plus bas, plus chaud et plus fertile, qui porte en Luxembourg l'appellation de Bon Pays ou de Gutland, par opposition aux rudes plateaux de l'Ardenne et de l'Eifel.

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