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II. — LES PLAINES DE BELGIQUE

Au Nord du grand sillon Meuse-Sambre-Haine, le sol belge s'incline doucement vers la zone basse où se rassemblent aux environs d'Anvers toutes les eaux du pays. Le sol belge nous apparaît comme la large paroi d'un bassin, limité au Sud par le massif primaire et les colHnes de l'Artois; la paroi occidentale se trouve en Angleterre, dans le Bassin de Londres.

LE RELIEF

La structure du bassin belge. — La surface du sol de ce bassin s'incline vers le Nord, mais beaucoup moins vite que les couches qui la composent : on voit les plus anciennes de ces couches affleurer sur les bords, puis disparaître vers le centre du bassin sous de plus récentes. Cet enfoncement des couches ne s'accomplit pas de la même manière sur tout le bord du bassin : entre l'Est et l'Ouest, entre la région brabançonne et la région flamande, il y a des différences de substratum qui créent des différences de relief.

Au Nord du sillon Sambre-Meuse, dans la région brabançonne, les terrains du massif ancien disparaissent sous des terrains plus récents, mais sans s'éloigner beaucoup de la surface. Les vallées de la Dendre, de la Senne et de la Dyle les ont rencontrés en s'approfondissant. Une masse puissante de roches anciennes se maintient donc sous la surface à des profondeurs relativement faibles : solide infrastructure, elle maintient le pays élevé. A Rhode Saint-Genèse (10 km. Sud de Bruxelles), le primaire se trouve encore à 75 mètres seulement de profondeur. Sur ce soubassement qui s'enfonce de plus en plus vers le Nord, reposent des masses énormes de sables qui occupent tout le Nord du pays. C'est de la superposition de ces deux éléments fondamentaux — un socle résistant qui affleure ou s'éloigne peu de la surface dans le Sud et d'épaisses assises de sables qui recouvrent tout dans le Nord — que procèdent les formes de relief de la Belgique moyenne.

Vers l'Ouest, dans la région flamande, les conditions structurales changent. L'affaissement des marges solides du bassin se fait vite, le long des failles de l'Artois. La craie de l'Artois et du Boulonnais plonge rapidement sous des épaisseurs de 100 à 200 mètres de sables et d'argiles tertiaires. Toutes ces couches récentes plongent plus vite que la surface ne s'incline; ainsi affleurent-elles successivement par leur tranche, les plus anciennes au Sud, les plus jeunes au Nord : sables du Landénien, argile des Flandres (Yprésien), puis les assises de plus en plus nettement sableuses du Panisélien, du Bruxeflien, enfin les argiles et les sables du Tongrien, du Rupélien et du Diestien. Toutes les roches dures sont enfouies à des centaines de mètres de profondeur : à Ostende, le puits artésien n'a pénétré dans le primaire qu'à plus de 300 mètres. Par opposition à la région brabançonne, qui est une région haute de l'architecture, cette région flamande est une région basse : le plancher solide, depuis longtemps affaissé, se trouve trop loin de la surface pour influencer son modelé. D'autre part, sur ces terrains meubles, les eaux courantes ont eu le travail facile. Ainsi, à côté des hautes plaines du Brabant, se sont développées les basses plaines de Flandre.

Les hautes plaines. — Une série de rivières traverse les hautes plaines : l'Escaut, la Dendre, la Senne, la Dyle, la Geete; elles se dirigent vers la grande gouttière du Rupel et de l'Escaut. Fortement encaissées lorsqu'elles atteignent les roches du soubassement ancien au voisinage de Lessines, de Hal, de Quenast, d Ottignies ou de Jodoigne, leurs vallées s'épanouissent à la traversée des sables dans le Nord du Brabant. Mais, dès que l'on quitte leurs paysages agrestes ou sauvages et que l'on gravit leurs versants, on rentre dans l'uniformité des hautes plaines.

Cette tranquillité du relief, reflet des formes aplanies du soubassement profond et de l'horizontalité des couches récentes, s'exagère encore sous l'influence

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du limon. Ce limon, masse meuble d'argile sableuse, épaisse de vingt mètres en Hesbaye, plus mince dans l'Ouest, recouvre presque partout le pays. Il forme le sol qu'on cultive et sur lequel on circule : boue visqueuse et compacte quand il a plu, bloc crevassé et durci quand il fait sec. A l'arrière-saison, au moment de l'arrachage des betteraves et des chicorées, on marche péniblement sur les chemins limoneux; les voitures s'enfoncent dans les ornières. Le limon s'étend sur toutes les parties planes, sur les espaces unis; il ne manque que sur les pentes inclinées d'où les eaux ruisselantes l'ont entraîné. Sous sa nappe presque continue à travers les hautes plaines du Hainaut et du Brabant, toutes les formes s'égalisent et s'émoussent; les molles ondulations se fondent avec les larges dépressions du relief. Entre les massifs boisés de Sambre-et-Meuse et les plaines mouillées de la Flandre, ces espaces libres et plans ouvrent de vastes horizons sans obstacles : c'est une zone historique de grande circulation, le chemin des armées, le champ de bataille des peuples.

Les plaines basses. — A l'Ouest du Hainaut et du Brabant, commencent de grandes plaines très basses qui se poursuivent jusqu'aux rivages de la mer du Nord. Argiles et sables, sables et argiles, presque tout est tendre, presque rien ne résiste dans le sol flamand. Tout s'aplanit, tout se nivelle. Formes en creux et formes en relief se confondent en une même surface ondulée. Le sillon des vallées s'y grave légèrement; l'œil discerne à peine des versants. En largeur, ces vallées occupent d'énormes espaces; en aval de Courtrai, celle de la Lys atteint 11 kilomètres, sur lesquels l'altitude ne dépasse pas 20 mètres. Sur presque tout le bassin de l'Yser, sur le Nord de la Flandre, sur la plaine du Bas-Escaut et du Rupel depuis Gand jusqu'à Diest, c'est la même uniformité des bas niveaux; depuis Vilvorde jusqu'aux approches de Turnhout, sur une distance de 50 kilomètres, aucun point ne s'élève au-dessus de 20 mètres. D'un bassin à l'autre, on passe par des seuils insensibles. Partout on a devant soi l'image d'une vraie plaine; du haut des monts de sable qui la dominent çà et là, on embrasse un horizon immense où tout l'espace semble s'étaler sur un même plan.

Parfois la platitude rappelle la surface horizontale de l'eau : tel est le sol de la Plaine maritime, submergée par la mer durant l'époque historique, au début du v^ siècle après Jésus-Christ; à peine exondée, elle s'élève de quelques mètres au-dessus du niveau moyen de la mer; mais, sans la protection de ses dunes et de ses digues, elle serait recouverte par les fortes marées.

Seules, au-dessus de la plaine flamande, quelques collines sableuses accidentent l'horizon régulier. La langue populaire les décore du nom de « monts », mais elles ne dépassent guère 150 mètres. « Par leur contraste avec l'égalité de l'immense surface unie, dit Houzeau, elles font la même impression que les taupinières de La Fontaine. » Elles se succèdent, de l'Ouest à l'Est, en un curieux alignement qui commence en territoire français avec le mont Cassel, se continue avec le mont des Cats (158 m.) et le mont Kemmel, puis avec les monts de Renaix, et se termine au delà de la Dendre avec les collines de Moerbeke, de Wol- | lezeele et de Castre. L'orientation de ces groupes de collines, conforme à l'orientation des affleurements des différentes couches du bassin flamand, fait penser j à une ligne de côte, semblable à celles qui forment les traits fondamentaux du | relief du Bassin de Paris et du Bassin de Londres. Même dans ce modelé presque j effacé, on perçoit encore l'influence de la structure.

LE RELIEF

Évolution du réseau hydrographique. — Dans toute cette partie de la Belgique, la direction Sud-Ouest-Nord-Est des vallées est déterminée par la pente générale des terrains tertiaires, qui conduit les eaux vers la zone d'affaissement des bouches de l'Escaut et du Rhin. On observe cette orientation sur beaucoup de rivières et de tronçons de rivières : l'Aa supérieur, l'Yser, la Lys, la haute Deule, l'Escaut de Cambrai à Condé et d'Espierres à Gand, la Dendre, la Senne, la Dyle et la Geete. Mais cette simplicité du dessin originel n'est plus intacte; les vicissitudes de l'évolution du réseau ont obligé des rivières à se détourner localement de leur chemin et à suivre des coudes à angle droit, tels que ceux qu'on observe sur l'Escaut, la Deule et l'Aa. Bien plus, à une époque assez récente de l'histoire du sol, l'écoulement général vers le Nord-Est fut entièrement arrêté par la formation d'un grand creux où s'établirent

FiG. 8. — L'évolution du réseau hydrographique de la Basse-Belgique.

1, Anciennes directions d'écoulement; 2, Lignes de coîlines, vestiges probables d'anciennes lignes de côtes.

le Demer, la Dyle et le Rupel ; cette rivière transversale, recueillant les eaux de l'Escaut et de la Lys, les menait à la mer vers le Nord-Ouest jusqu'aux grands estuaires de la Zélande. L'Escaut d'Anvers, orienté Nord-Sud, n'existait pas encore. Il eut pour origine un bras de mer, l'Escaut oriental d'aujourd'hui, qui prenait naissance dans la zone basse de Zélande : de ce chenal suivi par de puissantes marées, les eaux s'avancèrent jusqu'au Rupel et à l'Escaut, qui furent détournés vers le Nord. Pendant longtemps, l'Escaut conserva cette issue; passant devant le site de Bergen op Zoom et par le chenal de Tolen, il allait porter ses eaux jusqu'aux bouches de la Meuse. C'est plus tard, durant le moyen âge, que le bras de mer, appelé l'Escaut occidental, prit la prépondérance et qu'il devint la bouche principale du grand fleuve flamand (fig. 8).

On a l'impression d'un réseau fluvial en perpétuel déplacement. Sur ces terrains meubles et plats, où le sillon des rivières s'enfonce à peine et s'élargit sans cesse, une action faible suflit à déranger les reliefs. La masse des eaux fluviales reprend inlassablement le modelé incertain, détruit les rives, coupe les méandres, transporte les bancs. Toutes ces modifications, relatées par une multitude de documents historiques, s'accomphssent toujours sous nos yeux, tant

GÉoCRAPilie UNIVERSELLE. — Belgique et Pays-Bas. 3

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que des travaux d'art n'ont pas fixé les rapports de l'eau et de la terre. Sur le large fond plat de sa vallée à pente insensible, la Lys décrit des boucles instables que le courant déforme et déplace sans cesse : c'est en se développant et en s'accentuant au Sud de Deynze qu'une de ces boucles a détourné le cours de deux petites rivières, la Mandel et la Caele. Le long de l'Escaut, de Wetteren à Termonde, on reconnaît, sur des bas-fonds circulaires, coupés de fossés et de fon- É drières, semés d'étangs aux eaux dormantes, le tracé de plusieurs grands ■ méandres abandonnés (fig. 9). I Toutes ces vallées larges, plates et basses présentent, dans leur cours infé- I rieur, le trait original d'être visitées par les marées. Chacune d'elles devient un 1 bras de mer, deux fois par jour gonflé par le flux. Peu de pays subissent par plus | d'artères la pénétration de la mer. L'estuaire de l'Escaut forme la porte d'entrée : j de là, le flot se propage dans toutes les ramifications du réseau. Sur le Rupel, la ' marée atteint une amplitude de 3 m. 50 à Rumpst et fait varier la largeur du i courant de 100 à 230 mètres. Par le Rupel, elle remonte la Néthe sur toute sa longueur de 15 kilomètres; elle pousse jusqu'à Boeckt sur la Grande Nèthe et jusqu'à Emblehem sur la Petite. Les fortes marées se font sentir sur la Dyle jusqu'en amont de Muysen (à 13 km. de son embouchure), sur la Senne jusqu'au pont de Hombeek (à 9 km. du confluent). Sur l'Escaut, le phénomène prend une ampleur remarquable. En étiage fluvial la marée remonte jusqu'à l'écluse de la Pêcherie, à Gand, à 92 kilomètres d'Anvers; en hautes eaux fluviales, elle s'arrête à Wetteren. Sur la Durme, elle s'avance jusqu'à Moorbeke, à 59 kilomètres d'Anvers. Elle mesure une amplitude de 4 m. 50 à Anvers, 2 m. 77 à Termonde, 1 m. 55 à la sortie de Gand. Elle fait varier la largeur de l'Escaut de 175 mètres à 250 mètres à Mariakerke (aval de Termonde), de 325 mètres à 550 mètres à Hemixem (amont d'Anvers). La marée s'empare littéralement du fleuve; elle ' emplit son lit, elle change complètement sa nature. A Termonde, elle apporte j dix fois plus d'eau que le fleuve; plus bas en aval d'Anvers, cent fois plus. Chenal d'eau profonde, ce fleuve offre aux navires devant Anvers un tirant d'eau qui varie de 5 m. 40 à 9 m. 50. Toutes les conditions naturelles qui peuvent résulter de l'évolution du relief se réunissent en ce point pour avantager Anvers : une longue pénétration de la marée à l'intérieur des terres et, en arrière de l'estuaire, une plaine basse, aboutissement d'un cycle d'intense déblaiement qui a fait converger vers la même issue toutes les artères du réseau hj^drographique.

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