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IV. - LES ÉCHANGES ET LES RELATIONS DE LA BELGIQUE

Malgré la petitesse de son territoire, la Belgique se range parmi les grandes nations commerciales. Son commerce extérieur représentait en 1831 une somme de 45 francs par habitant, de 520 francs en 1910; elle se plaçait ainsi non loin de la Grande-Bretagne (555 f r.), mais bien avant l'Allemagne (240), la France (230), la Russie (40). Cette comparaison, établie en livres sterling pour l'année 1923, place la Belgique (£ 26 par habitant) après le Royaume-Uni (38), la Suisse (38), les Pays-Bas (39), mais avant la France (15) et l'Italie (6). Au point de vue absolu, elle fait un total de commerce extérieur qui dépasse en valeur celui de pays plus grands et plus peuplés, comme l'Espagne, la Pologne, le Brésil, la Roumanie.

On peut dire que par leur orientation les échanges de la Belgique sont universels, puisqu'elle a des rapports commerciaux avec plus de quatre-vingt-dix pays. Parmi ses clients et ses fournisseurs, on peut distinguer deux groupes : d'une part les pays à structure économique simple et d'autre part les pays d'un haut degré d'organisation économique. Les premiers vendent des matières premières et des vivres, et achètent des objets manufacturés; le Brésil envoie son café, la Roumanie et l'Argentine, leurs céréales; le Chili achète du matériel de chemin de fer et de tramways; le Brésil et l'Inde, des produits métallurgiques; mais ces relations n'ont pas, sauf avec l'Argentine, une grande extension; même au Congo, sa colonie, la Belgique ne fait qu'un peu plus de la moitié du commerce extérieur.

C'est avec les pays plus évolués économiquement, avec les États-Unis et surtout avec ses voisins, que la Belgique entretient ses relations les plus solides : 21 p. 100 de son commerce extérieur avec la France, 5,8 p. 100 avec l'Allemagne d'après-guerre, 17,6 p. 100 avec la Grande-Bretagne, 11,5 avec les Pays-Bas, soit plus de la moitié avec ses voisins immédiats (10 p. 100 avec les États-Unis). Des Pays-Bas, pays agricole et colonial, la Belgique reçoit du bétail, du beurre et du fromage, des grains, des œufs, des épices, du cacao, du tabac; elle leur envoie des produits manufacturés tels que fils et tissus, machines et matériel roulant. La Belgique représente le cinquième du commerce d'exportation de la France, qui lui vend des vins, des articles façonnés en acier, des tissus de laine et de soie, des objets de luxe, des articles de mode, des fruits, du lin, du minerai de fer et même de la houille. La France achète à la Belgique de la houille, des machines, des articles de fer, de zinc et de plomb, de la verrerie, des machines, des tissus, des fils. Ainsi se révèle la structure économique de la Belgique, évoluée et compliquée, orientée cependant vers certains groupes particuliers de fabrication, d'autant plus incapable de

Géographie universelle. — Belgique et Pays-Bas.

LA BELGIQUE

se soutenir seule et sans relations étrangères qu'elle souffre de la petitesse de son marché intérieur.

Toute la fortune belge n'a pas la Belgique seule pour domicile. Énergie que l'exiguïté du tèrritoire national ne peut pas contenir, elle s'expatrie; elle fonde à l'étranger des entreprises, elle en soutient d'autres qui sont pour elle de nouvelles sources de revenus. On trouve les capitaux belges surtout dans les entreprises de transport : tramways en Italie, en Espagne, en France; chemins de fer en Argentine, au Brésil, en Chine; puis dans les mines en Espagne, en France, en Algérie, en Roumanie, en Russie, en Chine; dans les entreprises d'éclairage électrique, de distribution d'eau en Europe et en Amérique du Sud; dans les sociétés immobilières s'occupant de l'exploitation des pays neufs et des terres coloniales en Argentine, en Égypte, au Canada, à Java, au Congo. Ces placements à l'étranger profitent largement à l'économie nationale; ils recrutent des commandes pour l'industrie, les entreprises belges ayant tendance à faire appel au matériel belge; ils amènent en Belgique, comme paiement d'intérêts, des marchandises dont l'entrepôt et le marché se fixent à Anvers; ils contribuent à rétablir la balance commerciale du pays, déficitaire puisque les importations dépassent les exportations d'environ 35 p. 100. Ces opérations belges à l'étranger présentent souvent un caractère international; on voit les capitaux belges s'associer aux néerlandais à Java, aux anglais et aux français en Chine et au Canada, aux français en Amérique du Sud et au Congo. On évaluait en 1923 à plus du tiers de la fortune industrielle de la Belgique ces capitaux exportés (plus de 3 700 millions de francs, valeur au cours), plus de la moitié absorbée par des entreprises de transport. Géographiquement, ils se répartissent entre l'Europe (43 p. 100), l'Amérique latine (28 p. 100), l'Extrême-Orient (8 p. 100) et l'Afrique.

Le Congo belge. — En Afrique, c'est surtout au Congo que se placent les capitaux belges. Malgré l'existence de nombreuses entreprises étrangères, c'est aux intérêts belges que la mise en valeur de la colonie tend à donner la prépondérance. La Belgique devint, un peu malgré elle, une puissance coloniale; elle le dut à la volonté opiniâtre et clairvoyante de son souverain Léopold II, auquel les Puissances européennes attribuèrent en 1885 la souveraineté personnelle de r«État indépendant du Congo »; il réussit en 1907 à faire accepter par son Parlement l'annexion de cette grande colonie africaine à la Belgique. En 1919, elle s'agrandissait des territoires du Rouanda et de l'Ouroundi (54 000 km^) enlevés à l'Allemagne par la Société des Nations. Le Congo a gagné sa cause devant l'opinion belge; il progresse par l'effort belge, et la Belgique elle-même tire profit de ses progrès.

Sur cet énorme territoire de plus de 2 350 000 kilomètres carrés, peuplé d'environ 7 730 000 indigènes, le nombre des Européens passait de 2 760 en 1907 à 12 795 en 1925 (dont 7 770 Belges). Appuyée sur un réseau homogène de voies fluviales et de voies ferrées se relayant les unes les autres, toute l'économie du pays subit une évolution profonde et irrésistible. Longtemps confinée jusque vers 1910 dans les produits de cueillette (caoutchouc de forêt et ivoire), elle abandonne peu à peu ces modes rudimentaires d'exploitation pour les mines et les plantations. En 1922, le cuivre du Katanga représentait presque la moitié de la valeur des exportations, et l'on y voyait figurer aussi, à côté des diamants

LES ASPECTS ÉCONOMIQUES DE LA VIE BELGE

et du radium, le café, le cacao, le coton et même le caoutchouc de plantation.

Aux importations on constate le recul de l'alcool et des armes à feu devant les I tissus, le sel et l'outillage. Dans ce commerce extérieur, la Belgique se fait une

place prépondérante : 56 p. 100 des importations et 47 p. 100 des exportations I (en valeur). Cette jeune colonie d'une petite nation européenne apparaît comme I la plus puissante et la mieux outillée des colonies tropicales d'Afrique, comme

la création de l'esprit d'entreprise qui fait la force d'Anvers et qui pénètre toute I la vie économique de la Belgique.

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