‹ Belgique, Pays-Bas, LuxembourgChapitre 52 sur 104 · V. — LA POPULATION DE LA BELGIQUE · texte numérisé non relu

V. — LA POPULATION DE LA BELGIQUE

La Belgique est un petit pays (30 441 kilomètres carrés) avec beaucoup d'hommes (7 811 876 habitants en 1926). Depuis longtemps on la connaît comme une terre où la plante humaine croît et multiplie. Sans remonter trop loin dans le passé, nous savons que la population s'accrut énormément durant la seconde moitié du xviii« siècle; la Flandre seule monta de 800 000 habitants en 1784 à 1 000 000 en 1801; elle connut alors une hausse étonnante des fermages, puis une crise terrible de paupérisme. Moins rapide au xix^ siècle, ce mouvement de progression n'a pas cessé; tous les recensements révèlent une plus-value.

Depuis un siècle, la population belge a doublé; c'est un accroissement pareil à celui de l'Allemagne, mais inférieur à celui du Royaume-Uni, qui a triplé. Cet accroissement provient de l'excédent des naissances sur les décès, qui est d'environ 1 p. 100 par an. Mais cet excédent tend à dépendre chaque jour davantage delà diminution de la mortalité beaucoup plus que de l'augmentation de la natalité. De 1830 à 1925, le taux des décès a baissé de 25,3 p. 1 000 à 13; le taux des naissances, de 32,3 p. 1 000 à 19,7. La natalité baisse en Belgique; elle semble refléter cet état de civilisation où la vulgarisation du bien-être limite la fécondité des mariages. Cette diminution des naissances porte beaucoup plus sur les provinces wallonnes que sur les provinces flamandes, le maximum de natalité (30,5 p. 1000) se trouvant en Limbourg, et le minimum (17 p. 100), dans le Hainaut.

L'existence de cette nombreuse population sur un territoire exigu se traduit par d'énormes densités au kilomètre carré. La densité pour toute la Belgique a passé de 128 en 1830 à 257 en 1926; elle dépasse le Royaume-Uni (144), l'Italie (124), l'Allemagne (123), la France (74); mais elle n'est que de peu supérieure à l'Angleterre seule (239). On n'en peut mesurer le caractère qu'en distinguant les inégalités régionales : elle reste modeste dans les pays de sable et de hautes terres, Luxembourg (52), Namur (96), Limbourg (125); mais elle s'élève à des proportions étonnantes dans la Flandre orientale (272), Liège (300), le Hainaut (327), Anvers (367), la Flandre orientale (375), le Brabant (475). Cette multiplicité des hommes frappe beaucoup les étrangers qui voyagent en Belgique; elle apparaît dans le pullulement des petites maisons des campagnes et l'extraordinaire mouvement de la circulation (fig. 35).

LA BELGIQUE

La grande originalité du peuplement de la Belgique reste encore la densité de la population rurale. L'aisance de la circulation permet à des multitudes d'ouvriers industriels d'habiter la campagne. Le bon marché des abonnements et la multiplicité des services jettent tous les jours dans les trains une armée de travailleurs qui laissent chaque matin leur village, et y reviennent le soir; leurs innombrables maisons de briques, semées le long des chemins ou rassemblées en villages, donnent aux campagnes l'aspect de fourmilières. Les campagnes ravitaillent les villes, les usines et les chantiers en main-d'œuvre; près de 500 000 ouvriers sont ainsi en migration constante. Il faut ajouter à ces ouvriers industriels les ouvriers agricoles qui partent pour la saison dans les pays de grande culture de Belgique et de France, ainsi que ceux qui passent la frontière pour aller travailler dans la région de Lille et de Maubeuge. Beaucoup de Belges s'établissent définitivement en France : en 1921 on en comptait 415 000, qui vivaient surtout dans les départements situés au Nord de la Seine; il en est qui s'installent comme fermiers et même comme propriétaires fonciers dans les campagnes françaises désertées.

Les ouvriers qui habitent la campagne belge y travaillent aussi pour la plupart. On évalue à plus de 500 000 le nombre des petites exploitations inférieures à un hectare insuffisantes à faire vivre leur occupant s'il n'a pas un salaire comme appoint. Territorialement, elles couvrent au total un faible espace; mais socialement elles jouent par leur multiplicité un grand rôle : elles constituent une masse laborieuse où, malgré l'attraction de l'industrie, se recrutent et se renouvellent les éléments de la classe agricole.

Socialement la Belgique est un pays de petits cultivateurs : les exploitations de 1 à 5 hectares composent les deux tiers du nombre total, et celles de 5 à 15, le quart. L'extrême subdivision de la terre distingue les provinces du Nord et de l'Ouest; la moyenne des exploitations agricoles ne dépasse guère 3 ha, 5 dans la Flandre occidentale, 2 ha. 5 dans la Flandre orientale. Pour rencontrer un régime dominant de grandes exploitations, il faut aller en certaines régions comme les polders, la Hesbaye, le Condroz, le Hainaut limoneux. En Belgique, les exploitations de 15 à 50 hectares ne forment que 7 p. 100 du nombre total; celles de plus de 50 hectares, 1 p. 100; à elles toutes, elles couvrent les deux cinquièmes de l'étendue agricole. Quant aux fermes de plus de 150 hectares, elles sont peu nombreuses en Belgique, beaucoup moins par exemple que dans l'Est de l'Allemagne et le Nord de la France (Pl. XVII, B, XIX et XX).

A la différence de la France, où domine le faire-valoir direct, la terre cultivée en Belgique n'appartient que pour une faible proportion à ceux qui la cultivent. Depuis longtemps les capitaux issus de l'industrie et du commerce s'emparent du sol; le rayonnement des fortunes urbaines pénètre toutes les campagnes. Le paysan propriétaire n'est pas, comme en France, l'élément caractéristique de la société rurale; il ne joue un grand rôle que dans le Sud du pays wallon; sur 100 hectares de sol cultivé, la culture directe en détient 60 dans le Bas-Luxembourg et 76 dans l'Ardenne. Mais, d'une manière générale, 70 p. 100 du sol belge est cultivé par des fermiers : proportion bien dépassée en Grande-Bretagne, mais inférieure à celle des Pays-Bas (49) et de l'Allemagne (12). Le faire-valoir indirect, c'est-â-dire l'exploitation du sol par des fermiers locataires, s'étend à 53 p. 100 des terres dans la Campine, 67 dans le Condroz, 70 à 75 dans les plaines limoneuses, 83 sur le sable des Flandres, 85 dans les polders. Ces

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conditions agraires reflètent les conditions sociales d'un pays tout imprégné de vie urbaine.

La sève urbaine a monté très tôt de cette terre que traversaient, dès le haut moyen âge, les grands courants de la circulation européenne. Pirenne fait remarquer que les documents les plus anciens donnent aux premières villes de Belgique deux noms caractéristiques : « ils les appellent portas (ports), c'est-à-dire débarcadères, ou emporta, c'est-à-dire entrepôts ». Elles naissent de relations commer-

FiG. 35. — Carte de la densité des habitations en Belgique, d'après M.-A. Lefêvre.

1, De 0 à 10 maisons par kilomètre carré; 2, De 11 à 25; 3, De 11 à 50; 4, De 2S à 50; 5, De 51 à 250; 6, Plus de 100. Cette carte équivaut à peu près à une carte de la densité de la population. On voit les fortes densités de la région industrielle, de l'agglomération bruxelloise et de la région flamande.

ciales, les unes sur un estuaire à marée, comme Bruges, Nieuport et Anvers, les autres au confluent de deux rivières, comme Gand, Liège et Namur, d'autres sur des rivières navigables, comme Malines, d'autres, comme Louvain et Bruxelles, sur la grande route de Cologne à la Flandre. A la différence des villes italiennes et de beaucoup de villes françaises qui existaient déjà à l'époque romaine, presque toutes les villes belges datent du moyen âge. Si Tongres et Tournai, comme Cambrai, étaient des centres romains, toutes les autres, les grandes, appartiennent au moyen âge : Gand, Ypres, Bruxelles, Louvain, Malines, Liège; elles sont les fruits merveilleux d'une civilisation matérielle formée en un grand carrefour de routes. Guichardin écrivait au xvi® siècle que toute la Flandre n'était qu'une ville continue; en 1526, la proportion de la population urbaine dans le Brabant

LA BELGIQUE

était de 35 p. 100, chiffre extraordinaire pour l'époque. La force et la fortune du pays se concentrent dans les villes. Tout ce qui est œuvre princière nous apparaît presque modeste auprès de tout ce qui est œuvre communale. Que sont les vieux châteaux des comtes et des ducs auprès des monuments magnifiques élevés par les villes? D'un bout à l'autre des Pays-Bas, presque chaque cité mit son orgueil dans les deux édifices somptueux, hôtel de ville et cathédrale, qui évoquent encore à nos yeux la gloire de son passé; nous les admirons toujours, non seulement dans les capitales comme Bruxelles, Louvain et Bruges, mais encore dans les cités secondaires, comme Audenarde, Ypres, Tournai.

Un vent desséchant souffla sur cette fleur urbaine à partir du xvii^ siècle : c'est l'époque où les métiers, abandonnant le séjour confiné des villes, se répandent dans les campagnes. Les gros bourgs, les gros villages pullulent, mais les villes déclinent; Anvers tombe de 100 000 habitants au milieu du xvi^ siècle à 57 000 en 1645. A la fin du xviii^ siècle, la vie urbaine refleurit à peine; on ne compte que 80 000 habitants à Bruxelles, 56 000 à Gand, 62 000 à Anvers, 18 000 à Louvain, 10 000 à Verviers. Mais, avec la révolution industrielle, toutes les villes entrent en fermentation; elles débordent au delà de leurs limites; les plus grandes s'épanouissent en agglomérations qui envahissent leur banlieue rurale. De 1850 à 1910, la population des quatre grandes villes, Bruxelles, Anvers, Gand et Liège, triple. Leurs faubourgs deviennent des villes : Schaerbeek, 1 800 habitants en 1830, 109 640 en 1926; Hoboken, 2 630 en 1856, 27 800 en 1926. En 1926, la population communale s'élève à 300 300 habitants à Anvers, 214 000 à Bruxelles, 168 600 à Liège, 164 000 à Gand. De 1830 à nos jours, Charleroi et Châtelet quintuplent. Dans toute la Belgique, on compte 103 villes de plus de 10 000 habitants; les deux tiers de la population belge vivent dans les villes; cette proportion n'atteint pas celle de Grande-Bretagne (les trois quarts), parce qu'un grand nombre d'ouvriers belges habitent la campagne; mais la civilisation urbaine, avec tout ce qu'elle comporte de services en commun et de relations anastomosées, pénètre tout le pays; en 1922, plus de 6 millions d'habitants étaient desservis par les réseaux de distribution d'électricité. L'esprit urbain se répand dans toute la vie sociale. Non seulement il s'exprime par la puissance des corporations et des associations, par la grandeur des manifestations collectives, mais encore par certaines formes de l'organisation politique; les communes belges demeurent des personnes morales, fortes et vivaces, auxquelles l'État ne dispute pas leurs droits, comme en France; l'autonomie communale s'exerce dans de grandes entreprises : transports en commun, distributions d'eau, services du gaz et de l'électricité, où l'initiative municipale garde toute sa prépondérance. La liberté municipale reste en Belgique l'un des traits originaux de la vie nationale (Pl. XVIII et XXIV).

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En Belgique, le zéro adopté par l'Institut Cartographique Militaire est le niveau moyen des basses

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mers aux vives eaux ordinaires à Ostende; il se trouve ainsi h 2 m. 13 au-dessous du niveau moyen de la mer et à 0 m. 1665 au-dessus du zéro des nivellements de l'Administration des Ponts et Chaussées.

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