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CHAPITRE X

LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG

LA FORMATION TERRITORIALE

Pressé entre ses trois grands voisins, la France, la Belgique et l'Allemagne, le Grand-Duché de Luxembourg nous apparaît comme un témoin de l'histoire sur la frontière de deux civihsations ; il appartient à la « marche» où, durant des siècles, l'influence française et l'influence germanique s'opposèrent front à front. Échappé à l'absorption, il constitue aujourd'hui un État indépendant, plus petit que la province de Liège et moitié moins grand que le département français des Ardennes.

L'histoire nous montre le Luxembourg disputé entre ses puissants voisins à cause de sa situation géographique : au Sud des âpres et froids plateaux de l'Ardenne, il ouvre un passage entre les pays de la Moselle et les pays de la Meuse. Sur ce passage lui-même, la nature offrait un site de défense redoutable : le plateau rocheux, limité de trois côtés par les profonds ravins de l'Alzette et de la Pétrusse; c'est cette forteresse naturelle de Luxembourg, gardienne d'une grande route, qui fut l'origine du groupement territorial auquel elle a donné son nom.

Dès l'époque romaine, la région où devait naître le Luxembourg était un centre de colonisation; deux voies romaines s'y rencontraient : l'une de Reims à Trêves par Arlon, l'autre de Metz à Trêves par Thionville et Dalheim; là, sur les bords de la Moselle, fut fondée Trêves, Augusta Trevironim; la vallée abritait des domaines cultivés ; on a retrouvé à Nerarig-, en face de Remich, les restes d'une belle villa. Au iii^ siècle, les Romains avaient déjà construit sur le rocher de l'Alzette un fort qui occupait l'emplacement même de Luxembourg.

Pendant tout le moyen âge, le pays s'oriente vers l'influence allemande; en 887, il passe avec la Lorraine sous la domination germanique; en 925 il devient un fief impérial délégué à des ducs impériaux. A la fin du x^ siècle, l'un d'eux, ayant construit un château fort au confluent de l'Alzette et de la Pétrusse, fonde la seigneurie de Luxembourg, qu'on érige en comté au xii^ siècle. A partir de 1288, les destinées du comté se confondent) avec les destinées de l'Empire germa-

LA FORMATION TERRITORIALE

nique. Plusieurs comtes s'élèvent même à la suprême dignité impérl^ale, et l'un d'eux transforme en 1354 le comté en un duché indépendant. ^^^o^

Mais, cette puissante maison de Luxembourg s'étant éteinte, le pays passe en 1443 aux mains de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Alors se dessine une orientation nouvelle. Le Luxembourg glisse sur le théâtre de la politique occidentale; incorporé aux États bourguignons, comme -l'ensemble des Pays-Bas, il entre dans le domaine disputé où la France cherche à gagner du terrain et à pousser ses frontières. Sous Charles-Quint, les Français s'emparent deux fois du duché. Sous Louis XIV, au traité des Pyrénées, ils y mordent et en détachent Montmédy et Thionville. En 1684, ils l'absorbent tout entier : Vauban fortifie Luxembourg, qu'il considère comme une porte de la Lorraine sur la route de Paris. Mais en 1697 la France doit rendre cette conquête à l'Espagne. Pendant la Révolution, les Français réoccupent Luxembourg et annexent en 1795 le duché, qui devient le département des Forêts.

Le Luxembourg demeure français pendant près de vingt ans jusqu'en 1814.

Après 1814, la balance oscille de nouveau, et l'influence germanique reprend pied. Les Alliés, voulant ouvrir les frontières de la France, lui enlèvent Luxembourg. On retranche du duché toute la partie orientale pour la donner à la Prusse, qui veut assurer ses communications entre Aix-la-Chapelle et Trêves. On érige en grand-duché ce qui reste du Luxembourg, et, malgré l'éloignement de la Hollande, on le remet en toute propriété à la dynastie d'Orange-Nassau, souveraine des Pays-Bas. L'intention hostile à la France se marque par l'incorporation du nouvel État dans la Confédération germanique : à ce titre, Luxembourg, devenue forteresse fédérale, reçoit une garnison, prussienne pour les trois quarts. Mais cet arrangement lui-même devient caduc par le fait de la révolution qui sépare la Belgique des Pays-Bas. Impatient du contrôle prussien, le Grand-Duché se rallie à la cause belge. Du traité de Londres (1839) qui règle les rapports de la Belgique et des Pays-Bas, il sort mutilé encore; tout son quartier wallon passe à la Belgique; il y forme la province de Luxembourg, entièrement détachée de la Confédération germanique. Restent trois districts : Luxembourg, Diekirch et Grevenmacher, qui forment le Grand-Duché actuel et qui gardent alors leur

Géographie universelle. — Belgique et Pays-Bas.

LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG

statut de 1815 : propriété personnelle du roi des Pays-Bas et dépendance de la Confédération germanique (fig. 36).

Un dernier changement devait s'accomplir dans la situation politique du Grand-Duché. La Confédération germanique s'étant dissoute en 1866 à la suite de la victoire de la Prusse sur l'Autriche, l'Europe intervint pour régler le sort du petit État; la France aurait voulu l'annexer, mais la Prusse s'y opposait. Par la convention de Londres de 1867, la France abandonna ses espérances; la Prusse évacua Luxembourg; on ordonna le démantèlement de la forteresse; on déclara le Grand-Duché État neutre et indépendant. A la mort de Guillaume III, roi des Pays-Bas, dernier représentant delà maison d'Orange-Nassau (1890), l'union personnelle entre le Luxembourg et les Pays-Bas fut dissoute ; depuis cette époque, il possède une dynastie séparée. Le Luxembourg forme donc un État libre, possédant en propre sa constitution et son administration; mais c'est un État minuscule. Sa faiblesse le rend incapable de résister à la force; sa neutralité ne le protégea pas en 1914 contre l'invasion des troupes allemandes. Mais son existence politique repose sur le désir de ses habitants de rester luxembourgeois, et ce droit des peuples doit être la garantie de leur indépendance.

Tel qu'il est, le Grand-Duché de Luxembourg représente à peine le quart de ce qu'il fut au temps de Charles-Quint. Il y a un Luxembourg français (Thionville, Montmédy, Damvillers, Carignan), un Luxembourg prussien (Butsingen, Bitburg, Dudersdorf), un Luxembourg belge (Arlon, Bastogne, Neufchàteau, Virton, Marche). Le Luxembourg luxembourgeois mesure 95 kilomètres du Nord au Sud, 65 kilomètres de l'Ouest à l'Est; il couvre 2 587 kilomètres carrés, territoire onze fois moins grand que la Belgique et deux cent treize fois que la France.

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