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L ETAT ET LA NATION

lands, Niederlânde. Dès le xiii'^ siècle, on le trouve dans les textes latins mentionné sous le nom de Partes aduallenses, et dans les textes français, sous le nom de Pays des Avallois.

Ces traits communs, dont d'autres circonstances humaines auraient pu faireles éléments d'une unité politique stable, tendent à s'elîacer sous les influences particularistes. Le Nord et le Sud, séparés l'un de l'autre, trouvent chacun chez eux des causes d'isolement à exploiter : le Nord, plus froid, plus océanique, plus insulaire; le Sud, plus abrité, plus ensoleillé, plus continental; le Nord plus jeune et le Sud plus vieux par la civilisation; le Nord très germanisé, le Sud très romanisé. Dès les débuts de leur histoire, par la fondation de l'évéché d'Utrecht, les Pays-Bas du Nord reçoivent une métropole religieuse toute germanique; au contraire, les Pays-Bas du Sud, même dans leurs parties thioises, relèvent des diocèses de Liège, de Cambrai et de Noyon, qui puisent plus directement dans la tradition gallo-romaine les sources de leur vie matérielle et spirituelle. Enfin, entre le Nord et le Sud, les intérêts sont en conflit. Tout le montre : de chaque côté du Rhin, un groupe de villes concurrentes, au Nord, Amsterdam, Leyde, Utrecht; au Sud, Bruges, Gand, Anvers, Bruxelles, Louvain; — de part et d'autre, l'existence d'un grand estuaire qui ouvre la route de l'Europe centrale, la constante rivalité des bouches du Rhin et des bouches de l'Escaut, les perpétuelles disputes pour la possession de la Zélande qui domine le passage de l'Escaut; puis, lorsque la victoire et la force appartiennent aux provinces du Nord, la Flandre zélandaise détachée des provinces du Sud, afin d'assurer la fermeture de l'Escaut au profit des provinces du Nord; et enfin, jusqu'au terme du xviii^ siècle, les efïorts du Nord, couronnés de succès, pour ruiner le commerce du Sud. Ainsi put s'accomplir la dissociation définitive entre le Nord et le Sud, entre les pays néerlandais et les pays belges.

//. — LA FORMATION TERRITORIALE

L'existence des Pays-Bas, comme État indépendant, date de 1578. C'est l'année où les sept provinces protestantes du Nord des Pays-Bas brisèrent par la force le lien qui les attachait à la monarchie espagnole et s'unirent en une république fédérale. Ces sept provinces étaient la Hollande, la Zélande, Utrecht, la Gueldre, l'Over-Ijsel, la Frise et Groningue. En 1648, par les traités de Westphalie, le droit européen enregistrait officiellement l'existence de ce nouvel État. A sa naissance, il portait un nom qui le désignait avec précision : Provinces-Unies des Pays-Bas. Mais l'usage a fait prévaloir un terme moins rigoureusement exact.. Le terme adopté de Pays-Bas (N ederland) conviendrait non seulement au groupe des provinces émancipées, mais encore à tous les bas pays des bouches du Rhin, de la Meuse et de l'Escaut. On emploie parfois encore le nom de Hollande, comme on le fit surtout au xvii^ siècle, alors que la province de Hollande dominait l'État entief par sa population, sa richesse èt son influence; mais ce terme restreint ne doit plus s'appliquer à l'ensemble de l'État. De nos jours, les habitants appellent communément et officiellement leur pays Pays-Bas; c'est donc ainsi qu'il est légitime de le désigner.

L'union des sept provinces ne correspondait pas à un assemblage artificiel; l'histoire l'avait depuis longtemps préparée : c'était l'ancien domaine des comtes de Hollande, augmenté du domaine sécularisé des évêques d'Utrecht. Dans le

LES PAYS-BAS

nouvel État qui se constitua en 1578, il n'y avait d'étranger à cet agrégat historique qu'une bande de territoire le long de la Meuse, du Rhin et de l'Escaut, enlevée au Brabant, à la Gueldre et à la Flandre. En fait, sans limites naturelles vers le Sud, il s'arrêtait à peu près aux limites mêmes de la foi protestante. Au contraire, vers l'Allemagne, il rencontrait une frontière naturelle : c'était cette large zone de tourbières qui depuis des siècles avait préparé, à l'extrémité occidentale de la plaine allemande, l'isolement géographique du peuple néerlandais.

L'État néerlandais ne resta pas confiné dans ces limites originelles. Il chercha et il réussit à empiéter vers le Sud, au delà du Rhin, sur les provinces demeurées espagnoles, comme s'il voulait dominer les autres embouchures fluviales. Des guerres victorieuses contre l'Espagne lui permirent d'annexer en 1629 le Brabant septentrional; ces territoires, incorporés à l'État néerlandais sous le nom de Pays de Généralité, n'étaient pas représentés dans les États Généraux des Provinces- Unies; mais leur annexion introduisait une population en majorité catholique dans un État qui était demeuré jusqu'alors purement protestant. Une autre acquisition, faite sur l'Espagne et confirmée par le traité de Munster de 1648, recula encore plus loin vers le Sud la frontière néerlandaise : c'était la Flandre zélandaise, grâce à laquelle les Pays-Bas, s'établissant sur la rive méridionale de l'Escaut, coupaient Anvers de ses communications maritimes pour le plus grand profit d'Amsterdam (fig. 39).

C'est toujours dans la même direction, par des empiétements sur les anciennes provinces espagnoles, que les Pays-Bas accomplirent au xix^ siècle leurs derniers agrandissements territoriaux. A la fin des guerres de Napoléon, préoccupée d'ériger un système défensif contre la France, la Grande-Bretagne fit créer en 1815 le royaume des Pays-Bas, lequel réunissait à la fois les Provinces- Unies et les Pays-Bas catholiques; on y ajouta même l'évêché de Liège, désormais sécularisé; c'était une reconstitution de l'unité politique de tous les Pays- Bas. Mais en 1830, quand les différences d'intérêts, de religion, de langue, de civilisation rendirent nécessaire une nouvelle séparation, le groupement du Nord, le royaume des Pays-Bas, s'augmenta d'une nouvelle province : le Limbourg. On avait constitué cette province en 1815 avec des parties de l'ancien duché de Limbourg et des morceaux des duchés de Gueldre, de Brabant, de Juliers, de Clèves et de l'évêché de Liège; on l'avait incorporé au royaume uni des Pays- Bas. Le traité de 1839 entre les deux royaumes, qui régla le partage, laissa au royaume des Pays-Bas cette longue province du Limbourg qui, le long de la Meuse en amont de Venlo, étend son territoire jusqu'à Maastricht.

Depuis sa naissance jusqu'en 1839, l'État néerlandais n'a donc pas cessé d'agrandir son territoire. Plus étendu en 1648 qu'en 1609, en 1715 qu'en 1648, en 1814 qu'en 1715, en 1839 qu'en 1814, il couvre maintenant une superficie de 32 600 kilomètres carrés (34 185 avec les eaux); seule en Europe la Belgique a un i territoire plus petit. L'étendue des Pays-Bas représente la moitié de l'Écosse, ou j un peu moins que nos cinq départements bretons, ou un peu plus que la Sicile. j

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