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III. — LA NATIONALITÉ NÉERLANDAISE

A ce petit État, groupement de territoires, correspond une nation, groupement d'hommes ayant conscience de ce qu'ils ont de commun matériellement et ^ moralement. Par l'effet même des siècles vécus en commun, les bases de cette |

l'état et la nation.

nationalité sont devenues plus complexes qu'à l'origine. A l'origine, la loi religieuse apparaît comme l'âme du sentiment national. Mais elle ne suffît plus seule à l'inspirer et à la soutenir, puisque l'État, d'abord protestant, annexa ensuite des populations catholiques. En 1922, on comptait 3 770 250 protestants

FiG. 39. — Formation territoriale des Pays-Bas.

1, Territoir'^ Hps Provinces-Unies au début du xvii' siècle; 2, Territoires conquis au xvii° siècle; 3, Territoires ayant appartenu au duché de CIcves et réunis à la fin du xviii' siècle: 4, Territoires dé/initivement regroupés et réunis en 1S39.

et 2 444 600 catholiques, soit 54,96 p. 100 de protestants et 35,60 p. 100 de catholiques. Les derniers recensements montrent que la proportion des catholiques tend à s'accroître. La limite entre provinces protestantes et provinces catholiques suit approximativement l'Escaut occidental, le Waal et l'Oude Ijsel. Au Nord de cette limite, on trouve 90 p. 100 de protestants dans la Frise et Groningue,

Of.OGRAPHiE UNIVERSELLE. — Belgique et Pays-Bas. 21

LES PAYS-BAS

92 dans la Drente; au Sud, 87,5 p. 100 de catholiques dans leBrabant, 98 dans le Limbourg. Tandis que les deux provinces du Sud forment un bloc catholique compact, les régions protestantes contiennent parfois d'assez gros noyaux de catholiques; il y a 36 p. 100 de catholiques dans la Gueldre (surtout en Betuwe et dans le Maas en Waal), 34 p. 100 dans la province d'Utrecht et environ 25 p. 100 dans les Hollandes et l'Over-Ijsel. La Flandre zélandaise contient une moitié de catholiques.

La religion ne constitue donc plus le ciment de la nationalité néerlandaise. L'unité nationale procède plutôt de l'unité morale qui, à l'intérieur des mêmes frontières, se fonda peu à peu par l'emploi de la même langue. Au début du moyen âge on pouvait distinguer, parmi les groupes bas-allemands qui peuplaient le territoire actuel des Pays-Bas, trois dialectes : le frison, le saxon et le franc. Le frison se parlait alors depuis le Sleswig jusqu'à l'Escaut; son domaine se contracta progressivement et se retrancha à l'Est du Zuiderzee; autour de Leeuwarden, le suffixe frison um (ham des Anglais et heim des Allemands) se rencontre dans le nom de seize localités sur vingt-quatre; il vit encore dans plusieurs cantons de la Frise. Le saxon occupait un petit territoire dans l'Est de la Gueldre, bientôt submergé par le franc. Le franc était la langue des envahisseurs germains qui occupèrent le Brabant, le Limbourg, la Gueldre et la Flandre; c'est de son évolution que sortit le néerlandais; il chassa le frison de Zélande, de Hollande et d'Utrecht; il triompha dans ces provinces riches, vivantes et populeuses; il s'y affina et y prit des qualités littéraires, et de là, à partir du xvi^ siècle, se répandit dans tout le pays néerlandais; l'unification de la langue progressa en même temps que l'influence hollandaise dans la politique et la civilisation néerlandaise. Enseignée dans les églises et dans les écoles avec les souvenirs de la patrie commune, la langue hollandaise est devenue la langue néerlandaise, symbole de l'unité nationale. On la voit même déborder au delà des frontières du pays; plus avancée et mieux organisée, les Flamands de Belgique l'ont adoptée comme langue littéraire. D'autres groupes d'hommes la parlent dans l'Afrique du Sud, dans l'Allemagne rhénane et même en Amérique; elle compte ainsi dans le monde plus de 12 millions d'adhérents.

Cette vivace et puissante nationalité néerlandaise, issue à la fois de l'unité politique et de l'unité de civilisation, ne se révèle pourtant pas par la centralisation et par l'uniformité. Au sein de l'unité néerlandaise, jamais n'ont péri les germes d'autonomie ni les originalités provinciales. Peu de pays ont conservé plus longtemps les cadres de la vie locale, provinciale et surtout urbaine. Si la formation de la nationalité s'accomplit tardivement après la formation de l'État, c'est que longtemps il n'y eut de force collective que dans les villes; les villes étaient rivales entre elles, comme encore maintenant Amsterdam et Rotterdam, Groningue et Leeuwarden; la bourgeoisie d'Amsterdam se considérait comme la tête du corps politique, comme la propriétaire des colonies. Avant de fonder l'union, il fallut accorder les particularismes. Jusqu'à la fin du xviii^ siècle, les Pays-Bas restèrent une république fédérale où chaque ville conservait sa dose de souveraineté; chacune avait ses députés dans les États provinciaux; chaque province avait les siens dans les États généraux. Dans les États provinciaux, les députés votaient en se conformant aux instructions de leur ville, en vertu d'une sorte de mandat impératif; ils ne pouvaient modifier ces instructions qu'après de longs échanges de messages; au vote, il fallait l'unanimité. A partir

l'état et la nation.

de la fin du xviii^ siècle, puis sous rinfluence des idées françaises, la centralisation posa des limites au fédéralisme; après 1815, la royauté néerlandaise agit dans le même sens. Mais il s'en faut que la liberté des provinces et des villes soit éteinte. Encore maintenant, dans chaque province, l'administration appartient effectivement aux États provinciaux et à leur commission exécutive permanente, le collège des députés des États; le gouvernement central y est représenté par le Commissaire de la Reine; ce Commissaire a voix délibérative dans le collège des députés, mais voix consultative seulement dans les États provinciaux qu'il préside. Dans les communes, le pouvoir réel est aux mains du bourgmestre et des échevins. Fonctionnaires provinciaux et fonctionnaires communaux sont nommés par les autorités locales. Sur les questions d'enseignement, l'État n'exerce qu'un contrôle : écoles et gymnases sont des institutions communales. Dans les questions d'intérêt matériel, les communes conservent une grande liberté de gestion et même d'entreprise; la ville de Rotterdam fut l'ouvrier de sa propre grandeur : c'est elle qui prit l'initiative et la responsabilité des travaux gigantesques de son port. Le collège du bourgmestre et des échevins apparaît aux Pays-Bas comme l'âme de la vie municipale : il a hérité cette autorité d'une longue histoire où la vie urbaine représentait la manif-estation essentielle de la vie nationale.

Cette indépendance de l'esprit local se révèle encore par l'attachement aux vieilles mœurs, par la survivance de costumes originaux en Frise et en Zélande. Mais elle ne masque jamais, du moins aux yeux des étrangers, les manifestations profondes du tempérament national : la simplicité des mœurs, la vie de famille tournée vers le dedans et fermée aux empiétements de la vie de société, le goût du silence, la réserve à se livrer, un besoin de vie intérieure qui porte aux spéculations religieuses, la froideur pour les idées générales, le sens des réalités et la notion des intérêts positifs.

RENSEIGNEMENTS STATISTIQUES

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