C. LA DISPOSITION DES MAISONS RURALES LE LONG d'uN CANAL
PRÈS DE HOOGEZAND (gRONINGUe).
G. U., t. II, Pl. XXVIII.
FRISE. GRONINGUE. DRENTE.
d'intelligence claire, se rangent parmi les meilleurs cultivateurs du royaume; les partis politiques aux idées hardies trouvent leurs meilleurs soutiens chez les Frisons.
/. — LES PAYSAGES
Trois aspects naturels voisinent dans le paysage sans se confondre : les landes, les tourbières et les plaines d'argile (fig. 40). Les landes s'étendent sur les sables du Groningue méridional et de la Frise orientale et sur une grande partie
Fig. 40. — Carte d'ensemble du Nord des'Pays-Bas.
1, Canaux; 2, Digues; 3, Courbe hypsométriqiie de 0 mèlre; 4, Tourbières mises en v.ileur.
de la Drente; ce sont de vastes surfaces de bruyères, d'ajoncs et de genêts, que parsèment de rares bouquets de petits chênes et de pins, solitudes que brûle le soleil ou que balaient les vents glacés, inhospitalières; çà et là surgissent de gros blocs de granit, nus, apportés par les glaciers; çà et là, parfois aussi des monticules herbeux, tombeaux d'hommes préhistoriques, et, le long des hauteurs caillouteuses du Hondsrug, de nombreux dolmens que le peuple appelle des hunebedden, lits de géants. Dans les bruyères sans fm, le silence règne, troublé seulement par les abeilles qui bourdonnent sur les fleurs de la lande, par les petits
LES PAYS-BAS
moutons qui vaguent à travers les pierres ou par les bêtes sauvages, les bécasses, i les coqs de bruyère, les perdrix, les lièvres qui s'enfuient au passage du voyageur. Dans cette immensité, on ne rencontre de groupements humains que par petites , clairières, par oasis disséminées; de petites gens travaillent à la bêche ou labou- | rent avec un cheval les maigres champs de sable où pousseront les pommes de | terre; de Hoogeveen jusqu'au Nord d'Assen, tel est l'aspect de la lande.
Après le retrait des glaces, les mauvaises conditions de l'écoulement des j eaux ont amené la formation de la tourbe, aussi bien dans les cuvettes et les vallées (laageveen) que sur les terrasses de cailloux et de sables (hoogeveen). On ne ' quitte pas les tourbières, soit dans le Sud, de Meppel à Hoogeveen et à Koevorden, soit dans l'Ouest, de Meppel à Steenwijk, à Heerenveen et à Sneek. La plaine s'étale, basse et plate, presque sans arbres, si ce n'est parfois un groupe de bouleaux nains, avec des flaques d'eau dormante, des fossés rectilignes aux eaux sombres, des terres noires couleur de bitume, des bosses sableuses coiffées de pins rabougris.
Entre ces croupes de sable, presque toutes orientées du Sud-Ouest au Nord- Est, s'allongent des chaînes de lacs : ce sont les meeren de la Frise méridionale et du Gaasterland, vastes étangs qu'on n'a pas desséchés comme ceux de Hollande, parce qu'ils reposent sur un fond de sable stérile et non de riche argile; coins charmants et d'une grâce sauvage, où les voiles blanches des yachts circulent en été dans le dédale des cent lacs et où l'hiver réunit autour de Sneek et d'Akkrum des milliers de patineurs. La tourbe joue un rôle dans l'économie du pays; depuis des siècles, on l'extrait pour le combustible des foyers familiaux; si quelque vie a pénétré du xvi® au xviii^ siècle à travers ces régions inondées, c'est parce que l'exploitation de la tourbe a creusé les canaux qui furent les premiers chemins. On l'extrait encore, et des milliers de bras s'y occupent. Dans l'épaisseur de la tourbe, on distingue deux couches : la couche supérieure, la plus récente, la moins compacte, la plus meuble (bonk), dont on fait de la litière ou de l'emballage; la couche inférieure, la plus ancienne et la meilleure, qu'on garde pour brûler. Tantôt, selon le mode antique, l'ouvrier enlève les mottes de tourbe à l'aide d'une bêche et les étale sur le gazon pour les sécher; tantôt, selon une pratique plus moderne, on emploie une drague mécanique, et l'on fait sécher les briquettes par compression et dessiccation à l'air chaud. Les tourbières exploitées sont nombreuses dans la Frise et le Groningue; mais, avec ses 12 200 hectares exploités, c'est la Drente qui est le grand pays tourbier; elle fournit les deux tiers de ce que produisent les Pays-Bas; le long des canaux, sur des miniers de petits bateaux, la tourbe circule partout (Pl. XXVII, B).
On a comparé ce pays à un vieux manteau frison fait de laine grossière et frangé de soie. La frange de soie précieuse, c'est la lisière des argiles fertiles conquises sur la mer. En cette conquête se résume toute leur histoire. On retrouve encore intactes les premières fortifications dressées contre la mer : ce sont les tertres ou terpen, disséminés à travers le pays d'argile, qui portèrent les premiers villages et fournirent des points d'appui aux premières digues (fig. 41). On éleva dans la Frise et le Groningue plus de sept cents de ces monticules artificiels, dont la moitié seule subsiste encore; les autres ont été nivelés, et leur terre emportée pour amender les champs. Une fois le pays protégé contre les hautes marées par son réseau de terpen et de digues, il resta trois grandes baies ouvertes aux incursions de la mer, le Middelzee, le Lauwerszee et le Dollart, et ce fut à leurs dépens
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que, du xii^ siècle jusqu'à nos jours, les riverains n'ont pas cessé de gagner des terres. Le Dollart, élargi au xv^ siècle par une désastreuse inondation, forme encore un long bras de mer où l'Ems vient se jeter. Mais le Lauwerszee, qui s'avançait encore au xvii^ siècle jusqu'à Buitenpost, Kollum et Dokkum, recule progressivement devant les digues. Quant au Middelzee, dont nous voyons encore les vieilles digues intérieures jusqu'à Sneek et à Bolsward, il n'existe plus. Ainsi toute la frange littorale, sauf l'ancienne île caillouteuse du Gaasterland, est une conquête de l'endiguement; elle forme un assemblage de polders protégés par des remparts gazonnés contre les assauts de la mer, artificiellement drainés par un réseau de canaux que ferment des écluses et répartis entre plusieurs grandes waterschappen (Westerkwartier, Hunzingoo, Fivelingoo, Duurswold, Reiderland, Oldambt, etc.) qui organisent et surveillent l'écoulement des eaux (Pl. XXVII, A).