IV. — L'ARCHIPEL FRISON
Au large des provinces de Frise et de Groningue, comme un gigantesque brise-lames qui protège leurs côtes basses contre la mer du Nord, s'étend un long archipel formé de six îles : Texel, Vlieland, Terschelling (province de Nord- Hollande), Ameland, Scliiermonnikoog (Frise), Rottum (Groningue). A l'origine, il formait un seul cordon littoral que traversaient trois grands estuaires, le Vlie, le Lauwers et l'Ems; sous l'action des vagues, de nouvelles brèches s'ouvrirent, augmentant le nombre des îles. En arrière de cette rangée insulaire, une mer plate, la mer des Wadden, étale ses eaux peu profondes; à marée basse, de vastes bancs de sable découvrent, dont l'un, le Griend, était encore au xvii^ siècle une île verdoyante : on les appelle wadden devant la Frise, waargdronden devant la Hollande. Les courants de marée les déplacent sans cesse, rendant les chenaux instables et obstruant par de nouveaux dépôts les passes qui unissent ces eaux intérieures à la mer du Nord. Tandis que les autres îles de la rangée ne sont que des fragments de dune, Texel, la plus grande (183 km^), repose sur une masse plus solide d'alluvions quaternaires, cailloux et sables, et de matériaux glaciaires; sur sa surface rase, sans buissons et sans arbres, divisée par de longs murs en de vastes enclos, tout n'est que pâture; l'île fait vivre des troupeaux de moutons renommés pour leur viande et leur lait; hiver comme été, ils passent nuit et jour en plein air, abrités par les murs des clôtures contre la violence des vents de mer; chaque année de nombreux agneaux, vendus sur le marché de Burg, partent en Hollande pour l'engraissement. C'est à Oudeschild qu'on débarque dans l'île; jadis au moment de la grande navigation du Zuiderzee, c'était un poste de pilotes habiles qui se louaient pour guider les navires à travers les passes; il n'y a plus maintenant que des pêcheurs. Toute la partie septentrionale de Texel, Eijerland, forma longtemps une île indépendante; on l'unit à Texel en 1629 par une digue, puis, l'alluvion marine aidant, on acheva la jonction en 1835 par l'endiguement d'un petit polder. Vlieland (51 km^) n'est qu'une pauvre langue de sable, attaquée par la mer, sur laquelle vivent quelques centaines de pêcheurs avec leurs troupeaux de chèvres. A Terschelling (107 km^), on recueille des airelles qui s'expédient en Angleterre aux fabriques de confitures. Ameland (60 km^), plusieurs fois menacée d'être coupée en deux par la mer, est peuplée de pêcheurs et de petits cultivateurs; en 1871-1872, on construisit une digue qui l'unit à la côte frisonne; on espérait provoquer par les dépôts d'argile la formation de terres à endiguer; mais on n'a pas pu maintenir la digue contre les assauts de la mer. A Schiermonnikoog (50 km^), il y eut jadis des marins qui péchaient la baleine; la meilleure ressource de l'île, qu'un service de vapeurs unit à Groningue pendant l'été, vient de la villégiature et des bains de mer. A Rottum, îlot de sable que rongent les vagues, beaucoup d'oiseaux de mer viennent nicher; on ramasse leurs œufs pour les vendre sur le continent. Quatorze mille habitants vivent dans l'archipel frison, dont la moitié à Texel; en hiver, par les mauvais temps, on ne communique plus avec la terre; c'est une petite colonie perdue en mer, isolée du reste du monde (fig. 12 et 40).