L'EST ET LE SUD DES PAYS-BAS OVER-IJSEL. GUELDRE. BRABANT. LIMBOURG
A la région maritime des Pays-Bas avec ses grands ports, ses capitales, ses îles, ses bras de mer, sa lisière d'argiles marines, de polders et de grasses prairies, on peut opposer la région continentale avec ses terrasses de sable et de gravier couvertes de landes et de bois qui rappellent les paysages de la « Geest » westphalienne ou de la Campine belge, avec son coin de plateaux limoneux qui la rattachent à la Hesbaye belge et aux plaines cultivées du Rheinland. Elle embrasse essentiellement les provinces d'Over-Ijsel, de Gueldre, de Nord-Brabant et de Limbourg.
7. — OVER-IJSEL ET GUELDRE. LA RÉGION SABLEUSE LE PAYSAGE ET L'ÉCONOMIE RURALE
Les larges chenaux fluviaux, issus du Rhin et de l'Ems, qui se sont déplacés sur cette partie du grand delta néerlandais, y ont découpé de nombreux groupes de collines entre lesquelles s'étendent des dépressions et des vallées, où cheminent les rivières d'aujourd'hui, déchues de leur grandeur passée : l'Eem, l'Ijsel, la Berkel, le Vecht. Mais l'ampleur de la vallée de l'Ijsel permet de distinguer l'Ouest et l'Est (fig. 43).
A l'Ouest de l'Ijsel, s'élève le plateau de la Veluwe(Pl. IV, B), masse de graviers et de sable, dont le rebord se dresse à plus de cent mètres au-dessus d' Arnhem et d'Apeldoorn; parmi les cailloux roulés et le sable, des sentiers malaisés l'escaladent; des vallons y dévalent à travers les hêtres et les chênes. A l'intérieur du plateau, quand le sol ne contient pas de cailloux, le sable meuble et fin s'amasse en dunes sur lesquelles le vent soulève des nuages de poussière; ailleurs dominent les landes et les bois. Les bruyères couvrent le sol de leur nappe brune, atteignant parfois un mètre de hauteur; des troupeaux de moutons y paissent; au printemps, les abeilles y récoltent leur miel; par les chaleurs de l'été, dans la bruyère desséchée, des incendies s'allument, qui détruisent la lande pour plusieurs années. Mais, un peu partout, le boisement transforme cet aspect primitif; la Veluwe, devenue le grand pays forestier des Pays-Bas, se couvre de plantations de pins qui forment en certains cantons un vêtement continu. A l'Est de l'Ijsel,
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il y "a beaucoup plus de variété, de morcellement dans le relief; des groupes de collines, fragments des hautes terrasses, parsèment toute la partie orientale de la Gueldre et de l'Over-Ijsel : hauteurs du Montferland (105 m.), Haarlerberg (83 m.), Lonnekerberg (61 m.), Tankenberg (82 m.); il en résulte une infinité de bosses et de creux qui composent un paysage frais et agreste : hauteurs caillouteuses et sableuses que couvrent des landes, des bois et des cultures; vallées, dépressions et cuvettes avec des marais et des prairies, plaques de tourbières mal drainées oii brillent des mares, croupes sèches des sables portant villages et bourgs, Bredevoort, Groenlo, Borkelo, Lochem, Oldenzaal; en un mot, un pays coupé, tour à tour lande, bois, marécage, tourbière, prairie et champ (Pl. XXIX, A).
La terre pauvre de ces pays de sable se couvre naturellement de landes. Les landes, espaces déserts, occupent encore 26 p. 100 de l'Over-Ijsel et 18 p. 100 de la Gueldre. Dans l'Est, dans l'Achterhoek et la Twente, on traverse encore de ces étendues tristes, brûlantes sous le soleil d'été, battues en hiver par des vents glacés, dont les villages sont séparés les uns des autres par des solitudes. En maints endroits, la lande conserve encore ses primitives ressources, le pâturage des moutons, l'élevage des abeilles, la confection des balais. Ailleurs, surtout dans la Veluwe, l'économie forestière s'empare de la lande; de Nijkerk, d'Ede, de Putten, de Harderwijk, d'Apeldoorn, d'Amersfoort partent des trains de bois de mines, de poteaux télégraphiques, de pilotis; la proportion des bois atteint à peine 6 p. 100 de l'étendue totale de l'Over-Ijsel; mais elle dépasse 16 p. 100 dans la Gueldre, ce qui représente pour certains cantons le tiers de la superficie.
La conquête du sol par la culture fut une œuvre de longue haleine; le morcellement des champs révèle cette prise de possession pièce par pièce. Sur ces terres légères qui n'exigent pas un grand train de culture, la petite exploitation domine. Parfois le travail de défrichement résulte de grandes entreprises, par exemple dans les tourbières du Nord de l'Over-Ijsel, où des capitalistes ont fondé des colonies de tourbières (veenkolonien) à Friezenveen, à Kamperveen, à Giethoorn, à Dedemsvaart, ou bien dans les tourbières de Venendaal mises en valeur au xv^ siècle par des colons flamands, ou bien encore dans les landes de la Twente, où la société Nederlandsche Heidemaatschappij a beaucoup irrigué et boisé. Mais, somme toute, c'est aux générations de paysans que la terre doit sa mise en valeur. Toute l'économie rurale porte l'empreinte de la petite exploitation; c'est une étroite association entre la culture et l'élevage qui régit le travail rural. Le seigle tient le premier rang parmi les céréales, occupant parfois la moitié, et même davantage, de la surface cultivée, par exemple à l'Est d'Almelo; il offre l'avantage de pouvoir se récolter dès le début du mois d'août et d'être immédiatement remplacé par une culture dérobée de navets; le navet joue un rôle essentiel sur ces petites exploitations, pauvres en prairies à foin ; les bêtes le consomment en novembre et décembre. Au seigle et aux navets s'ajoutent la pomme de terre, l'avoine, le sarrasin et quelques plantes fourragères. Ces récoltes sont toutes consommées sur l'exploitation, les unes par le paysan, les autres par le bétail (Pl. XXIX, B).
En fait, on n'assure la fertilité des terres qu'en produisant beaucoup de fumier et, par suite, en possédant beaucoup de bétail. Le bétail demeure presque tout le temps à l'étable, dans laquelle le fumier s'accumule; on mélange le
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fumier avec les mottes de gazon, avec la terre de bruyère, et l'on reconstitue ainsi la fertilité du champ : des étables bien peuplées sont donc la condition d'une bonne culture. D'autre part, comme dans tous les pays voisins, on cherche de plus en plus à transformer en produits vivants tout ce que produit la terre : les grains rapportent beaucoup moins que le lait, le beurre, les œufs et la viande. De là vient que la quantité de bétail est très forte sur les petites exploitations de Gueldre et d'Over-Ijsel; dans la première de ces provinces, sur
FiG. 43. — Carte d'ensemble de l'Est des Pays-Bas.
Altitude : 1, De 0 à 30 mètres; 2, De 30 à 50 mètres; 3, De 50 à 100 mètres; 4, .iu-dessus de 100 mètres. — 5, Canaux;
G, Digues. — Échelle, 1 : 1 000 000.
une exploitation d'une étendue de 15 hectares, on compte deux chevaux, un taureau, sept vaches, douze jeunes bovins, vingt porcs, cent cinquante poules.
La vie urbaine. — Dans ce pays si profondément rural, la vente des produits agricoles a fait naître partout des marchés; il n'est pas de ville, même par\'enue au stade industriel, qui ne garde d'étroites relations d'affaires avec ses campagnes. On trouve beaucoup de ces bourgs ruraux dispersés dans l'Est de la Gueldre, chacun ayant à jour fixe son marché de porcs ou de beurre, presque tous exploitant une laiterie coopérative : Lochem, Borkelo, Lichtenvoorde, Aalten, Winterswijk (6 500 hab.), Doetinchem, et, dans l'Over-Ijsel, Raalte, Ommen, Goor. Mais cette dissémination se change en coordination sous l'influence de lois déterminées : ainsi deux séries de villes se disposent, l'une, sur la périphérie de la
Géocbaphie universelle. — Belgique et Pays-Bas.
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Veluwe, l'autre, dans la vallée de l'Ijsel. Autour de la Veluwe, une ceinture de bourgs et de petites cités marque le contact de la haute lande et des basses terrasses cultivées, soit que les produits ruraux s'y échangent, soit que les claires rivières du sable aient attiré des moulins, soit que le charme des paysages et la beauté des panoramas aient fixé des lieux de villégiature sur les hauteurs boisées qui dominent les fleuves et les vastes horizons des plaines : Nijkerk (8 600 hab.), Barneveld, Ede (26 000 hab.), Venendaal; Amersfoort (35 000 hab.), centre industriel avec des tissages de toiles et |des fabriques d'automobiles; Arnhem, cité rhénane; Reden (22 000 hab.); Apeldoorn (55 000 hab.), desservie par le canal qui l'unit à Zwolle et au Rhin (canal de Hattem à Dieren), animée par plusieurs usines, papeteries, fabriques de tricot et blanchisseries à vapeur, voisine du château royal de het Loo; Elburg et Harderwijk, petit port de pêche sur le Zuiderzee,
Mais la plus grande ligne de villes suit rijsel. Durant des siècles cette vallée fut une voie commerciale entre les pays du Rhin et les rives du Zuiderzee, et dès le moyen âge on y vit fleurir des villes de trafic comme Doesburg, Zutphen, Deventer et Zwolle. Tout ce transit déclina à partir du xv^ siècle, par suite de l'ensablement de la voie d'eau, et le grand commerce se détourna vers le Waal. Mais le trafic local n'a jamais abandonné la rivière, et, depuis le xviii^ siècle, des travaux l'ont aménagée pour une meilleure circulation et pour des communications plus commodes avec les autres bassins ; les bateaux trouvent dans rijsel, en été, de 2 m. 70 à 2 m. 85 de profondeur; en 1869, la bouche principale de l'Ijsel dans le Zuiderzee, le Keteldiep, a été transformé en un chenal artificiel de 4 kilomètres; Zwolle était unie à l'Ijsel en 1820 par le canal du Willemsvaart. La vie urbaine n'a jamais déserté cette grande voie naturelle; auprès des villes, l'industrie prit racine; elle y persiste encore maintenant, enrichie de formes modernes. Il existe une multitude de briqueteries et de tuileries exploitant l'argile de la vallée. La fabrication du papier, établie dès le début du xvii^ siècle, au pied oriental de la Veluwe, sur les rivières qui lui donnaient leur force et leur eau, se continue de nos jours dans une vingtaine d'usines mues à la vapeur, à Apeldoorn, à Brummen, à Heerde, à Epe. On exploitait jadis comme minerais de fer les dépôts de limonite des vallées; longtemps on les traita dans les forges de Deventer et des bords de l'Oude Ijsel; cette ancienne industrie survit dans les fabriques de quincaillerie et d'articles émaillés de Terborg, de Doetinchem, de Doesburg.
Le long de l'Ijsel, les villes anciennes se succèdent; presque toutes conservent des monuments, églises, hôtels de ville, rappelant la richesse de leurs marchands du xive et du xv^ siècle; mais ce ne sont pas des villes mortes : marchés et usines modernes les ont rajeunies. Ainsi Zutphen (19 000 hab.), associée de la Hanse au xiv^ siècle, maintenant foyer de fabriques de produits alimentaires et de commerce de bois; Deventer (34 000 hab.), autre membre de la Hanse teutonique, qui commerçait avec Bruges, avec l'Écosse et la Baltique, revenue de nos jours à l'activité économique avec ses fabriques de beurre, ses ateliers de construction métallique, ses minoteries, son tissage de coton; Zwolle (39 000 hab.), au centre d'un réseau de canaux, gros marché de beurre, de grains et de bétail; Kampen (21 000 hab.) qui trafiquait au xiv^ siècle avec le Danemark et Novgorod, déchue de toute ambition maritime, malgré ses services de petits steamers vers Enkhuizen, vivant surtout de ses marchés de beurre et de ses manufactures de tabac.
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La région industrielle de la Twente. — Un foyer industriel s'est formé durant le xix^ siècle dans la Twente, au Sud-Est de l'Over-Ijsel : là domine le travail des textiles et surtout du coton. L'origine de l'industrie dans ces pays de sable, éloignés des voies navigables, remonte au xvii^ siècle; à cette époque, ici comme ailleurs en Europe, beaucoup de métiers urbains émigrèrent vers le plat pays en quête d'une main-d'œuvre à bon marché; on vit les ateliers de tisseurs de laine et de lin quitter les villes de Hollande et s'installer dans les campagnes pauvres de l'Over-Ijsel. De ces ateliers domestiques sortit, au début du xix^ siècle, la grande industrie, malgré l'éloignement de la houille, malgré la distance des ports important le coton, malgré les mauvais chemins. A partir du milieu du xix^ siècle, on construisit des voies ferrées et des voies navigables; en 1852 se fondait à Nijverdal le premier tissage à vapeur; puis les usines se multiplièrent, et toute une région industrielle, équipée à la moderne, naquit. C'est le coton qu'on travaille surtout; à elle seule la Twente possède vingt et une filatures et soixante-dix-neuf tissages, les trois quarts des métiers à tisser de tout le royaume, plus de 20 000 ouvriers cotonniers. Aux deux grands centres d'Enschede et de Lonneker, il faut ajouter Almelo, Hengelo, Oldenzaal, Nijverdal; Borne, Goor, Haaksbergen, Friezenveen, Delden et, dans l'Est de la Gueldre, Winterswijk et Aalten, et même, plus loin, Deventer. Tout un essaim d'usines gravitent autour du tissage : ateliers de blanchiment à Wierden, Lonneker, Goor, Eibergen; teintureries à Almelo; ateliers de construction de métiers à Hengelo et Deventer. A côté du coton, la laine et le lin se maintiennent, et le jute est venu par surcroît; on travaille la laine et le lin à Almelo et Hengelo, le jute à Rijsen; on fait des tissus mélangés à Neede, Oldenzaal, de la bonneterie à Friezenveen, Almelo, Winterswijk, des tapis à Deventer et à Dinxperlo.
Voisin de l'Allemagne, ce groupe industriel vit presque solidaire de ce grand pays; comme les étoffes néerlandaises ne peuvent s'y exporter à cause des tarifs douaniers, certains fabricants ont créé des usines en territoire prussien, par exemple à Gronau, où beaucoup d'ouvriers viennent des Pays-Bas travailler chaque jour. La houille consommée dans la Twente vient du bassin de là Ruhr par voie ferrée et par bateau : le canal Zwolle-Almelo-Nordhorn se trouve, grâce au canal Ems-Vecht, en relation avec le canal de Dortmund à l'Ems; et l'on a décidé en 1919 la construction d'un canal, accessible aux bateaux du Rhin, qui quittera le Rhin en aval de Lobit et gagnera la Twente par Laag Rappel et Lochem.
L'essor de cette région industrielle rappelle les autres poussées manufacturières du continent : parmi les villages et les bourgs d'autrefois, beaucoup sont devenus des villes; depuis le début du xix^ siècle jusqu'en 1925, on a vu Almelo passer de 1950 à 27 000 habitants, Enschede, de 2 700 à 45 000, Hengelo, de 2 400 à 29 000. Il semble même que l'avenir prochain réserve à ce canton déjà si peuplé une nouvelle fortune. Des sondages ont découvert en 1919 à Boekelo, près de Lonneker, dans les couches triasiques, à une profondeur de 403 mètres, des gisements de sel; une usine fonctionne déjà avec plus de 200 ouvriers, raffinant le sel de cuisine et préparant le sel industriel. D'autres sondages ont rencontré les mêmes dépôts à des profondeurs de plus de mille mètres au Nord-Est de Winterswijk, et, plus bas, des gisements de houille.
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