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II. — LA CAMPINE NÉERLANDAISE (.BRABANT ET LIMBOURG

Au Sud de la vallée du Rhin et de la Meuse, s'étend une autre région de I

sables et de graviers, autre fragment du grand delta néerlandais, large de 130 kilo- | mètres entre Bergen op Zoom et Venlo. Par ses affinités géographiques, elle se

rapproche si étroitement de la Campine belge qu'on pourrait les unir dans une j

même description (fig. 44). i

Paysages et mise en valeur. — Les vallées des fleuves s'étant enfon- ' cées dans la masse des sables et des cailloutis, leurs versants, souvent étagés en terrasses, donnent les seuls reliefs de ces pays plats. Les hauteurs de Bergen op Zoom, qui dominent d'une dizaine de mètres les polders voisins, représentent une ancienne haute berge de l'Escaut. Entre la Meuse et le Rhin, à la hauteur de Nimègue, s'élève un étroit plateau de cailloutis, descendant doucement vers la Meuse, tombant raide vers le Rhin d'une hauteur de près de 90 mètres : le site de Nimègue occupe l'extrémité septentrionale de cette haute terrasse (Pl. XXXIII, A).

Sauf le long des vallées suivies toujours par un ruban d'argile et sauf quelques î tourbières, tout le pays est constitué par du sable et des cailloux. Les aspects ' de la surface varient selon la nature de la végétation et selon les interventions de l'homme. Tantôt, comme à Loonopzand et sur la lisière occidentale du Bra- ! bant, le sable s'amasse en dunes, mouvantes au gré des vents. Tantôt, comme le , long de la frontière allemande au Nord de Venlo ainsi que sur la limite du Bra- ' bant et du Limbourg, dans le Peel et dans les environs de Weert, s'étendent des : tourbières avec leur lacis de rigoles et de fossés. Tantôt, sur ces sols pauvres et i arides, c'est la lande qui couvre l'espace, la lande de bruyères, de genêts, de genévriers, solitude brûlanté sous les ardeurs de l'été où la marche est pénible le long des pistes croulantes. Tantôt enfin, lorsque les entreprises de boisement ont réussi, de grands bois de pins envahissent les horizons et dominent le paysage de leurs masses sombres (Liesbosch près de Prinsenhage, Mastbosch près de Ginneken, Weerterbosch près de Weert, Echterbosch au Sud de la Roer). Mais, à travers ces domaines de nature inculte ou boisée, l'homme a fait patiemment pénétrer au cours des générations la multitude de ses petits champs; grâce à la litière coupée dans la lande, grâce au fumier des troupeaux qui pâturaient dans les bruyères, grâce aux cendres des terrains écobués, il a progressivement constitué son domaine agricole. Et maintenant les cultures avec les villages et les lieux habités forment de vertes oasis au milieu des bois et des landes; elles se décom- ; posent en une multitude de parcelles, presque toujours entourées d'arbres en taillis, de chênes, de bouleaux, de noisetiers, parfois aussi ceintes par des levées de terre.

Les campagnes, ainsi transformées par la colonisation agricole, offrent le tableau d'une variété pittoresque où plusieurs éléments, champs, boiï, landes, vallons, s'entremêlentj n'ayant chacun aucune continuité, les uns formant une tache ou une clairière au milieu des autres (fig. 45).

Comme dans la Campine belge et comme dans les autres pays néerlandais du sable, la terre se répartit entre de petites exploitations, travaillées avec des moyens modestes, un cheval, une vache et parfois même à la bêche. Elle produit, | avant tout, du seigle, de l'avoine et des pommes de terre ; elle donne souvent, après !

G. U., t. II, Pl. XXIX.

Pliot. Alg. Nedeil. Vereeniginp.

a. — la vallée de la geul et valkenbuug (limbourg néeulandais).

G. U., t. II, Pl. XXX.

OVER-IJSEL. GUELDRE. BRABANT. LIMBOURG

la moisson du seigle, une culture dérobée de navets destinée à la nourriture du bétail en hiver. La fortune du paysan se concentre de plus en plus dans les étables. La plupart des fermes livrent leur lait aux laiteries coopératives (zuivelfabriek) qui fabriquent le beurre. Avec le petit lait, on engraisse les porcs et les veaux. Aussi toute la vie rurale de la région afllue, à certains jours réguliers, sur les marchés des petites villes où les cultivateurs apportent leur beurre, leurs œufs et leurs bêtes; certains de ces marchés ont même leur réputation particulière : Roermond, Eindhoven, Waalwijk et Kaatsheuvel pour le beurre; Roermond, Bois-le-Duc, Uden et Os pour les porcs; Kuik pour les bêtes à cornes.

FiG. 44. — Carte d'ensemble du Sud des Pays-Bas.

1, Canaux; 2, Digues; 3, Courbe hypsométrique de 0 mètre. — Eclielle, 1 : 1 000 000.

L.\ VIE INDUSTRIELLE. — Ce pays au sol maigre, que le travail du cultivateur tranforme peu à peu en une terre féconde, contient un nombre remarquable d'ouvriers d'industrie. La province du Nprd-Brabant en renferme 57 000, soit 88 p. 1 000 de sa population : proportion plus forte même qu'en Hollande. Étant donnée la pauvreté naturelle du sol, il fut très tôt nécessaire de chercher des ressources accessoires; ainsi naquirent des métiers à domicile, utilisant les produits locaux, la laine, le tan, le bois; quoique le pays ne possède pas de charbon et que beaucoup de matières premières lui manquent, cette main-d'œuvre rurale continue à s'occuper dans les usines, assurant ainsi la survivance de l'économie industrielle. Il faut ajouter que des courants de commerce traversèrent longtemps cette région comprise entre la Hollande et les pays de l'Escaut et de la Meuse; Breda et Bois-le-Duc étaient des étapes sur ces routes de trafic, par lesquelles les produits de l'industrie locale trouvaient un débouché vers le dehors; d'Amsterdam, de Leiden et d'Utrecht, le trajet se faisait en bateau par la Dintel et la Dièze jusqu'à ces deux villes; de là, il se poursuivait par terre jusqu'à

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Anvers, Liège et Maastricht, à l'aide de gros chariots attelés de six ou douze ! chevaux. |

C'est dans le Nord-Brabant et le Limbourg, pays aux rivières nombreuses et nourries par les sources des sables, que se trouvent les quatre cinquièmes des brasseries de tous les Pays-Bas ; elles se pressent dans la vallée de la Meuse | depuis Maastricht jusqu'à Venlo et surtout dans la région septentrionale, depuis Bergen op Zoom jusqu'à Bois-le-Duc, Breda et Tilburg, où se cultive le houblon. Pour les cuirs et les chaussures, le centre principal se localise dans le Langstraat, depuis Oosterhout jusqu'à Bois-le-Duc, c'est-à-dire sur le contact du pays de sable et du pays d'argile, où très anciennement les ateliers domestiques, transformés presque tous aujourd'hui en fabriques, disposaient de tan, de peaux, d'eau claire et courante. A lui seul le Brabant renferme 80 p. 100 des tanneries néerlandaises; on les trouve à Waalwijk, Dongen, Rijen, puis autour de Bois-le-Duc, d'Eindhoven, de Tilburg et d'Oosterwijk. Les fabriques de chaussures se réunissent aussi surtout dans le Langstraat (Kaatsheuvel, Waalwijk, | Besooijen), ainsi qu'à Tilburg, Bois-le-Duc et Dongen. Riche de capitaux, cette industrie produit beaucoup; elle exporte vers les Indes néerlandaises, l'Afrique du Sud et l'Angleterre.

Parmi les industries qui dépendent essentiellement de matières premières importées, il faut mettre avant toutes les autres l'industrie textile. L'industrie lainière des Pays-Bas se concentre presque tout entière à Tilburg, qui renferme 75 p. 100 des fabriques néerlandaises d'étolîes de laine et qui occupe 8 500 ouvriers; le reste se répartit entre Eindhoven, Geldrop, Stratum et, en dehors de la province, dans la Twente. On fabrique des cheviots, des cachemires, des flanelles, des molletons, des draps. La laine vient d'Anvers et de Londres; la moitié des produits s'exporte vers l'Angleterre, la Belgique, la Suisse. Pour le coton, le Brabant ne possède pas de filatures; les fllés arrivent de l'étranger par Rotterdam et Anvers. Mais on tisse aussi le coton à Helmond (1 750 ouvriers), le lin près d'Eindhoven et le jute à Goorle.

D'autres usines se disséminent à travers cette région des sables, imprimant par leur multitude un véritable caractère d'ubiquïté à l'économie industrielle : manufactures de tabac et de cigares à Eindhoven, Bois-le-Duc, Tilburg, Valkenswaard; usines de cacao à Helmond, Breda, Bois-le-Duc; fabriques de lampes électriques à Eindhoven, Venlo, Tilburg, Boxtel; ateliers de construction mécanique à Helmond, Tilburg, Breda, Bergen op Zoom; ateliers de chemins de fer à Tilburg; ateliers de construction de moulins à vapeur à Roermond et Breda. Ces sources de richesse expliquent que, dans un pays au sol pauvre, la densité de la population atteigne 132 habitants par kilomètre carré dans le Brabant, et 168 dans le Limbourg, et que de vraies villes y aient pu grandir.

Les villes. — Les villes se répartissent en trois groupes : le long de la Meuse, à l'intérieur du pays et sur sa lisière septentrionale. Roermond (14 000 hab.), bâtie sur une croupe qui domine la rive droite de la Meuse, joua dès le xiii^ siècle le rôle de forteresse; elle est maintenant un gros marché agricole; plus bas, sur la Meuse, Venlo (22 000 hab.) fut longtemps une place forte commandant le passage de la rivière, et aussi un comptoir de la Hanse au xv^ siècle ; elle ne vit | plus guère que de ses relations avec les campagnes. A l'intérieur du Brabant, plusieurs villes doivent leur fortune actuelle à l'essor de leurs industries : Hel-

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LES PAYS-BAS

mond (22000hab.), sur le Zuid Willemsvaart, très animée par ses brasseries, se? chocolateries, ses tissages et usine d'impression, ses ateliers mécaniques; Eindhoven, sur la Dommel, marché rural de 3 000 habitants jusqu'au milieu du xix^ siècle, transformé par l'arrivée du chemin de fer, en 1866, en un centre industriel avec des tissages, des manufactures de cigares, une fabrique de lampes à incandescence, et en une agglomération ouvrière qui englobe maintenant 60 000 habitants, la seconde ville du Brabant; Tilburg, centre des tissages de laine, qui passa de 13 700 habitants en 1840 à plus de 70 000 aujourd'hui. Enfin trois autres villes se sont établies sur la lisière des sables, au contact des grandes vallées fertiles et des voies navigables. Bergen op Zoom (20 000 hab.) comptait au moyen âge, surtout au xv^ siècle, parmi les villes les plus riches des Pays-Bas, à cause de son commerce maritime, de ses pêcheries et de ses fabriques de drap; à partir du xvi^ siècle jusqu'au xix^, elle connut les destinées tragiques des places frontières; elle vit maintenant de ses marchés et d'usines qui dépendent du milieu agricole : sucrerie, distillerie, engrais, tuyaux de drainage. Breda (30000 hab.), jadis étape de commerce sur le chemin de Maastricht et de Liège, puis forteresse disputée entre les Espagnols et les Hollandais, réunit aujourd'hui assez de manufactures de toute sorte pour former avec des villes voisines comme Prinsenhage et Ginneken une agglomération de plus de 50 000 habitants. Bois-le- Duc ('S Hertogenbosch) (42 000 hab.) existait au xii^ siècle; mieux placée que Breda, au contact des voies d'eau qui la reliaient aux grandes rivières et des voies de terre qui se dirigeaient vers Aix et Liège, elle connut au moyen âge la fortune d'un entrepôt de marchandises sur une route fréquentée. Les voies ferrées ont déprécié la valeur de cette position et laissé à Bois-le-Duc le rôle d'une cité régionale, avec de forts marchés de bétail et des usines de produits agricoles, distilleries, tanneries, rninoteries, fabriques de margarine,

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