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III. — LE LIMBOURG MÉRIDIONAL

Le long de la rive droite de la Meuse, comme une enclave entre le territoire belge et le territoire allemand, on voit s'avancer un appendice presque isolé du royaume des Pays-Bas : c'est le pays de Maastricht, de Heerlen et de Sittard, petit quadrilatère de 25 kilomètres de côté, rattaché à la province de Limbourg. Ses caractères géographiques font de lui comme un membre étranger au corps du pays néerlandais.

Paysage et économie rurale. — Par son relief et son sol, le Limbourg méridional appartient aux plateaux qui forment la Hesbaye et le pays de Hervé en Belgique. De tous les territoires des Pays-Bas, il est le seul où l'on puisse voir affleurer des roches en place. Il ne se classe pas avec le grand delta des sables et des graviers, mais avec les plateaux de craie qui bordent vers le Nord le massif ardennais; la vallée de la Geul y met même à jour, au-dessous de la craie, le terrain houiller; dans sa partie septentrionale, d'épaisses couches de lignites, de sables et d'argiles tertiaires recouvrent la craie, et, sur le tout, repose un uniforme manteau de limon. La surface du plateau s'incline doucement du Sud-Est, où elle s'élève à 300 mètres près de Vaals, vers le Nord-Ouest, où elle s'abaisse à 100- 140 mètres sur les bords de la vallée de la Meuse. Comme le fond de cette vallée se trouve à 42 mètres à Maastricht et 27 mètres à Maaseyck, les rivières du pla-

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teau s'encaissent profondément : de là, les sillons de la Guipe, de la Geul, de la Geleen et de la Wurm, avec leurs versants boisés, leurs parois rocheuses, leurs eaux rapides qui font mouvoir des moulins, A Valkenburg, la vallée de la Geul s'enfonce entre des murailles de craie qui la dominent de 60 à 70 mètres. Dans les flancs de la craie, au Sud de Maastricht, des carrières ouvrent leurs galeries longues de plusieurs kilomètres. En contraste avec ces vallées profondes, les plateaux limoneux présentent des surfaces uniformes et découvertes où se massent de gros villages entourés de vergers (Pl. XXX, A et B).

indiquent la profondeur, au-dessous du niveau de la mer, à laquelle le terrain houiller a été atteint.

Sur les terres fortes du limon, soumises aux chaleurs d'été déjà continentales, les moissons mûrissent; c'est un pays de culture, produisant seigle et froment, pommes de terre, avoine, fèves, betteraves à sucre, plantes fourragères; les terres arables occupent les deux tiers du sol : on nourrit les bêtes à cornes beaucoup plus avec les produits de la culture qu'avec l'herbe des pâtures. Plus humides et parfois inondées, les vallées, surtout celle de la Meuse, sont le domaine de l'herbe. Pvien n'égale en fraîcheur pastorale et bocagère la vallée de la Meuse, ample comme une plaine depuis Liège (Pl. XIV). Dans les lieux bas exposés aux inondations du printemps, s'alignent en rangs pressés les plantations de peupliers; sur les limons que déposent les grandes crues, prospèrent de belles prairies peuplées de bétail. Répandus dans les pâtures ou sur les versants ensoleillés, des vergers de pommiers, de poiriers, de cerisiers, de pruniers, de fram-

Géocrapiiie universelle. — Belgique et Pays-Bas.

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boisiers, de groseilliers donnent des fruits qui s'exportent vers l'Allemagne et l'Angleterre; chaque village, chaque hameau disparaît derrière ces masses d'arbres, derrière les clôtures des prairies. Aussi, dans son ensemble, le Limbourg méridional, plateaux et vallées, est un pays rural, fertile et riche; toutes les villes font vie commune avec la campagne; à Maastricht se tient un gros marché de beurre et d'œufs; à Valkenburg, un marché de chevaux; à Kerkrade, un marché de porcs; à Heerlen, un autre marché de beurre. Sittard possède une école d'agriculture.

La vie urbaine et le bassin houiller, — Ce coin de terre néerlandaise, voisin des deux grands centres industriels de Liège- Verviers et d'Aix-la-Chapelle, n'a pas subi, autant qu'on l'imaginerait, le rayonnement de ces centres. La raison en est son isolement; des frontières douanières l'entourent de presque tous les côtés. Peu ou pas de communication par eau, la Meuse n'étant pas navigable. Maastricht dispose bien d'un canal qui l'unit à Liège (25 km., ouvert en 1850) et d'un autre à faible tirant d'eau qui, par Bois-le-Duc, l'unit aux provinces de Hollande (Zuid Willemsvaart, 129 km., ouvert en 1826). Mais la ceinture de frontières qui étreint le pays n'a pas permis le passage d'un grand courant de circulation, ni le grand développement des villes. Elles sont les mêmes qu'autrefois avec leurs marchés locaux et leur petit monde d'artisans : Meersen (6 200 hab.), Sittard (3 000 hab.), Eijsden. Maastricht (58 000 hab.) n'a pas son importance d'autrefois, alors qu'elle gardait le point où la chaussée romaine de Cologne à Bavay traversait la Meuse (Trajectum ad Mosam), alors qu'elle devenait le siège de l'évêché transféré de Tongres, et plus tard l'une des places fortes des Pays-Bas et le grand entrepôt sur la route des Flandres au Rhin, des Pays-Bas à Liège. Cependant l'époque moderne l'a ranimée par l'industrie, par ses verreries, ses faïenceries, ses fabriques de céramique, ses brasseries, ses distilleries, ses papeteries, ses briqueteries. Elle n'offre guère l'aspect habituel des villes néerlandaises; elle vit au contact du monde wallon et du monde germanique; de ses anciennes relations avec Liège, elle garde un cachet wallon prononcé, beaucoup d'enseignes en français, des types d'architecture plus méridionaux.

Quand on s'éloigne de Maastricht vers l'Est et qu'on approche de la région d'Aix-la-Chapelle, on pénètre dans le bassin houiller du Limbourg méridional. Des recherches récentes ont fait découvrir, dans la partie méridionale des Pays- Bas, deux bassins houillers, l'un, le bassin de Peel, l'autre, le bassin du Limbourg méridional. Le bassin de Peel, qui s'étend au-dessous des croupes caillouteuses et tourbeuses du marais de Peel, s'oriente Nord-Ouest- Sud-Est; on l'a reconnu de Helanaveen à Vlodrop; il passe au-dessous de la vallée de la Meuse entre Roermond et Venlo; il se continue en Prusse par les gisements d'Erkelenz; les sondages entrepris depuis 1904 ont rencontré la houille à 560 mètres de profondeur à Vlodrop, à 914 mètres à Helenaveen. Le bassin du Limbourg méridional, orienté parallèlement au bassin du Limbourg septentrional, dont il est séparé par une fosse profonde où la houille se trouve enfouie au-dessous de 2 500 mètres de morts-terrains, n'est pas autre chose que le passage, en territoire néerlandais, du bassin houiller exploité en Prusse à Aix-la-Chapelle et dont on a découvert le prolongement en territoire belge sous la Campine jusqu'à Anvers. A Kerkrade, le charbon se trouve tout près de la surface; à Heerlen, à 100 mètres de profondeur. Mais cette profondeur s'accroît vers l'Ouest. On calcule que, au-dessus de

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1 200 mètres, le bassin de Peel contient 2 950 000 milliers de tonnes de charbon, et le bassin du Limbourg méridional, 1 750 000; ce qui représente pour les deux bassins une réserve totale de 4 700 000 milliers de tonnes de charbon, sans parler des gisements inférieurs à 1 200 mètres (fig. 46).

De ces deux bassins néerlandais, seul le bassin du Limbourg méridional est actuellement exploité, et encore ne l'est-il qu'en partie. Au milieu du xyiii^ siècle, on exploitait déjà la houille près de Kerkrade pour l'abbaye de Rolduc; mais l'extraction en grand date de la fm du xix^ siècle (1899). Les deux principaux centres d'extraction sont Kerkrade (30000 hab.) et Heerlen (39 000 hab.); mais d'autres se développent à Schaasberg, Eigelshoven, Brunsum, Spekholzerheide, Hoensbroek. La production du charbon a passé de 320 000 tonnes en 1900 à 6 848 000 tonnes en 1925; elle occupe 30 000 ouvriers, sans parler des usines de briquettes et d'agglomérés, ni des fours à coke. Un groupe de puits entretient une grande centrale électrique qui fournit d'électricité tout le Limbourg méridional et projette d'en transporter jusqu'aux villes industrielles du Brabant.

Jusqu'à l'heure présente, ce charbon n'a pas beaucoup profité aux Pays- Bas; le bassin se trouve à l'écart et séparé de la masse du pays par la Meuse, qui n'est pas navigable; il ne peut pas lutter, sur les bords du Rhin, contre les charbons britanniques et allemands; il écoule la meilleure partie de sa production vers la région d'Aix-la-Chapelle. Bientôt il aura son débouché vers le cœur des Pays-Bas. Des travaux commencés en 1920 vont rendre la Meuse navigable en territoire néerlandais depuis Linné (en amont de Roermond) juqu'à Grave et accessible aux bateaux rhénans de 2 000 tonnes; un canal de 13 km. 5 joindra la Meuse de Grave avec le Waal près de Nimègue; et ainsi sera réalisée la liaison du bassin houiller avec le réseau des grandes rivières néerlandaises, et rompu l'isolement du Limbourg méridional.

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