‹ Belgique, Pays-Bas, LuxembourgChapitre 76 sur 104 · LES PAYSAGES ET L'ÉCONOMIE RURALE · texte numérisé non relu

LES PAYSAGES ET L'ÉCONOMIE RURALE

Le pays même, où les grands fleuves coulent avant d'atteindre la mer, est leur œuvre; ils cheminent sur les argiles qu'ils ont déposées, soit pendant leurs crues sur leurs bords, soit sur le littoral au contact des eaux marines. Ces dépôts d'argile se soudent les uns aux autres en une vaste plaine où presque rien ne rappelle l'idée d'une vallée. A l'amont, vers Nimègue et Arnhem, on perçoit encore les versants de sables et de cailloutis; la Veluwe domine le fleuve de ses collines boisées. Mais peu à peu toute berge s'évanouit; toute la surface se fond dans l'uniformité d'une plaine basse et plate; ni vers le Sud, ni vers le Nord, sur de longues distances, il n'y a plus de hauteurs qui marquent les limites d'une vallée; il faut aller jusqu'à Bergen op Zoom pour observer dans la topographie un long et sinueux ressaut de terrain, ancienne berge de l'Escaut, taillée dans les sables de la haute terrasse.

A cette uniformité des horizons s'ajoute l'uniformité qui résulte de l'omniprésence de l'eau. Partout le pays se trouve au-dessous du niveau des hautes eaux ou des hautes mers; répartie en d'innombrables fossés et chenaux, l'eau immobile et tenace s'incorpore pour ainsi dire à la terre d'où elle s'égoutte plutôt qu'elle ne s'écoule. Le sol se divise en une multitude de casiers, limités par des filets d'eau au tracé géométrique. L'œil peut suivre ces lignes d'eau par les rangées de saules têtards et de peupliers qui les bordent, et par les vastes plantations d'osier qui se pressent le long des rivières et dans les bas-fonds inondés. Jusque dans les détails du paysage, tout s'ordonne selon les lignes d'eau; ce sont les fossés qui limitent champs et pâtures; toute la circulation rurale s'insinue le long des digues secondaires; de village à village, elles forment des chemins sinueux, boueux, tout crevés d'ornières pendant la mauvaise saison; d'un polder à l'autre, on ne passe, le plus souvent, que par les petits ponts de bois qui enjambent les fossés.

Plus à l'Ouest, ce ne sont plus des rivières qui sillonnent et découpent les terres, mais des bras de mer.

Au Nord du Hollandsch Diep et du Haringvliet, débouchés principaux de la Meuse et de la Merwede, ces grands chenaux marins conservent, à cause de leur étroitesse et de leurs eaux saumâtres, le caractère de grandes rivières; ils séparent cinq îles qui appartiennent à la province de Sud-Hollande : Ijselmonde, Rozenburg avec Hoek van Holland, Dordschewaard (l'île de Dordrecht, échappée au désastre de 1421), Beierland, Voorne et Putten. Au Sud du Haringvliet, ce sont vraiment des chenaux d'eau salée; ils limitent de grandes îles allongées, orientées de l'Ouest à l'Est : l'île double de Goedereede et d'Overflakkee, qui dépend encore de la province de Sud-Hollande; les deux séries des îles de la Zélande, que sépare l'Escaut oriental : d'une part, Sint Filipsland et Tolen, Duiveland et Schouweni

l'Iii'i \. Demangeon.

A. I.A VALLEE DU ItHIN A OOSTEUBEEK, PRES D AIINHEAI.

Le grand viaduc. Les inondations.

Pliot. A. Demangeon.

B. PETITE FERME A AVILLEMSDOU P, AU SUD DE DORDliECHT,

Page 1