U., t. II. Pi,. XXXI
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d'autre part, Beveland Nord et Sud et Walcheren (fig. 48). Derrière ses bras de mer, tout ce monde zélandais a longtemps vécu dans l'isolement; les Hollandais eux-mêmes l'ont considéré longtemps comme un pays lointain; pour l'atteindre jadis, il fallait des voyages coûteux; pour passer d'une île à l'autre, on attendait parfois plusieurs jours. Aussi la Zélande garda longtemps intacte l'originalité de sa vie, de ses mœurs et de ses coutumes. Maintenant encore, on y trouve, comme dans la Bretagne française, des modes de costume traditionnels, variant
Fig. 48. — Carte d'ensemble des estuaires et des archipels zélandais et hollandais.
1, Canaux; 2, Digues; 3, Courbe hypsoraétrique de 0 mètre. — Échelle, 1 : 850 000.
parfois d'un village à l'autre. Les hommes portent la veste de velours noir, le gilet montant fermé par de gros boutons tout brillants de fils de cuivre ou d'or, la culotte courte rattachée à la ceinture par des boucles d'argent, une petite casquette noire à visière courte découvrant la nuque rasée. Les femmes ont un charme particulier avec leur coiffe blanche empesée garnie de dentelles, leur corselet noir découvrant la gorge et les bras, leur collier rouge fermé par des boucles d'argent, leurs pendants d'oreilles, leurs plaques d'or sur les tempes, leur tablier de couleur. Les petites filles, habillées comme leur mère, sont de ravissantes miniatures. L'isolement insulaire protège la tradition et le passé (Pl. XXXI, C).
La ceinture d'eau de toutes ces îles avec leur rempart de digues donne au paysage zélandais des aspects impressionnants. Quand on circule en bateau sur ces bras de mer entre les digues gazonnées qui ferment l'horizon, on n'a pas la
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sensation de voir la terre; c'est comme à la dérobée qu'elle se laisse deviner par une tour d'église, une cime d'arbre ou un toit rouge qui dépasse. Tout paraît comme plongé dans l'eau, et l'alternance du flux et du reflux fait que deux fois par jour la Zélande semble sortir de l'eau, puis s'y enfoncer. A marée basse, on voit les eaux sortir des chenaux et se déverser dans la mer « comme dans les rues d'une ville après un violent orage »; des terres ruisselantes, émergeant du fond, s'agrandissent à vue d'œil; elles forment une large lisière qui, pour quelques heures, se peuple d'une multitude d'oiseaux de mer et d'une foule d'hommes qui viennent y récolter les animaux marins; de ce fond de mer momentanément abandonné, les digues se dressent en énormes massifs; au-dessous des quais, les navires s'enfoncent et gisent sur la vase. Mais bientôt le mouvement revient; les eaux montent en veines tumultueuses à travers les bancs et les criques; la terre disparaît, et les îles se contractent; les navires se relèvent et dépassent doucement le niveau des quais; la vie revient et pénètre, à pleines artères, dans les membres du pays.
Polders fluviaux ou polders marins, toute cette terre argileuse est féconde. Malgré l'attraction de la mer, presque tous les habitants vivent de la culture. Sur ces sols fertiles, le labour domine. Nulle part, sauf dans la province de Groningue, la culture arable n'est plus florissante, ni plus avancée. Elle produit des récoltes de choix, non seulement les céréales de l'exploitation intensive, froment, avoine, orge, mais encore le seigle et la pomme de terre destinés au bétail, ainsi que toute une collection de plantes exigeantes à fort rendement, les fèves, les pois, le tabac cultivé dans l'Overbetuwe, le Maas en Waal et dans les environs de Rhenen et d'Amerongen; le houblon qui se plaît sur les terres plus légères du Bommelerwaard, du Land van Heusden et du Nord-Brabant; le lin, le colza et le cumin ; la betterave à sucre. Le lin, récolté en Zélande et en Flandre zélandaise, s'expédie en Belgique; la betterave occupe en général le sixième de la superficie cultivée, quelquefois le tiers. En opposition avec la Hollande, pays herbager, la Zélande est le domaine de la charrue. Elle consacre 62 p. 100 de son territoire aux cultures, 18 aux herbages; à elle seule, elle produit 30 p. 100 de l'orge des Pays-Bas, 25 du blé, 10 de l'avoine, 25 de la betterave à sucre, 30 des pois. Elle se consacre à la grosse culture ; certaines fermes, comme celle de Wilhelmina polder près de Goes (Zuid Beveland), ont conquis une grande réputation dans le monde agricole. Elle nourrit des chevaux robustes et puissants destinés au labour des terres lourdes.
Malgré tout, l'économie pastorale pénètre toute l'exploitation : évolution commune à tous les pays de l'Europe occidentale. Beaucoup de produits du champ, trèfle, foin, betteraves fourragères, se consomment à l'étable. Une assez grande étendue de terres demeure en herbe, surtout dans les régions basses, d'où l'eau s'évacue plus diflicilement, soit le long des fleuves dans les uiterwaarden, soit au centre des îles de Walcheren, de Zuid Beveland et de Schouwen, où les polders plus anciens occupent un niveau plus bas que les polders plus récents du rivage. Partout on voit ainsi des cantons herbeux s'intercaler parmi les terrains de labour. Au produit des récoltes s'ajoute la vente des produits de l'étable : lait et beurre, jeunes bêtes, animaux gras, porcs à engraisser. Dans les îles hollandaises, le voisinage de Rotterdam a même fait triompher l'évolution pastorale; presque toute la terre est couchée en herbe; le lait se vend aux villes pour la consommation domestique, ainsi qu'aux fabriques de beurre et de margarine (Pl. XXXI, B).
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Champs et pâtures ne composeraient qu'un paysage uniforme sans la riche parure de vergers qui entoure les fermes, les villages et même les villes. Avec ses pâtures plantées de pommiers, la Betuwe donne l'impression d'un bocage. D'Arnhem à Nimègue, par Lent et Elst, les villages se cachent derrière les poiriers, les cerisiers et les pommiers; au-dessous des arbres, se rangent les lignes de framboisiers et de groseilliers, les plates-bandes de fraisiers; au début du printemps, le pays n'est qu'un parc tout fleuri de blanc. L'île de Zuid Beveland, à l'Est de Goes, offre le même tableau de verdure, de fraîcheur et d'ombre : on y chemine à travers d'épais vergers que domine une ceinture de grands peupliers. Ailleurs ce sont des jardins à cultures riches et minutieuses qui s'emparent du sol; les villages du Langstraat, comme Vlijmen, Haarsteg et Nieuwkuik, expédient aux villes d'énormes paniers de haricots, de pommes de terre nouvelles, de petits pois et d'asperges. Mais le vrai royaume de la culture maraîchère se trouve vis-à-vis de Dordrecht, dans l'île d'Ijselmonde, tout autour de Zwijndrecht, ainsi qu'à Hendrik Ido Ambacht, Ridderkerk, Ijselmonde et Charlois; on y récolte les carottes et les oignons; cultivées sur de petites plates-bandes que protègent des rideaux de roseaux et arrachées en mai, les carottes nouvelles s'expédient vers l'Angleterre et l'Ecosse; plus tard viennent les oignons et les fraises, qu'on embarque pour les mêmes marchés.
En dehors du groupe de Rotterdam et de Dordrecht, ce pays éminemment agricole ne renferme pas de grandes villes, et l'industrie s'y diffuse à travers les campagnes, utilisant la main-d'œuvre rurale et transformant les produits de la terre : fabriques de conserves à Tiel et à Nimègue, fabriques de margarine dans le Nord-Brabant, usines de lin le long du Noord et du Kil, à Ridderkerk et à 'S Gravendeel; sucreries alimentées par les betteraves des grandes fermes de la plaine du Rhin, des îles hollandaises et du Nord-Brabant. Grande région sucrière des Pays-Bas, cette dernière province fait venir des betteraves de la Zélande, du Limbourg et de la Hollande.