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LES VILLES

A défaut de concentration industrielle, la vie urbaine, fixée en un grand nombre de petites cités, foisonne et pullule sur ces terres populeuses et riches; on la rencontre au cœur des terrains agricoles, surtout le long des fleuves et de la mer, partout où peut atteindre un bateau. Chaque canton possède son marché, foyer des échanges ruraux. De tous ces cantons, l'un des plus originaux par sa position est la Flandre zélandaise. Ce petit pays, conquis sur les Espagnols à la fin du xvi^ siècle et au début du xvii^, forme une enclave de souveraineté néerlandaise en territoire belge, séparée du reste des Pays-Bas par le large bras de mer de l'Escaut occidental, et de la Belgique par une simple frontière politique. En fait, ce coin de Plaine maritime entretient presque toutes ses relations économiques avec le Houtland belge : il envoie à Courtrai son lin, à Gand, Anvers et Bruxelles ses bestiaux, aux sucreries de Selzaete et de Snaeskerke ses betteraves; de la Flandre belge lui viennent des ouvriers agricoles pour le travail des champs de lin et de betteraves. Malgré cette solidarité économique, l'empreinte néerlandaise se montre forte; la majorité des habitants appartient à la religion protestante. Dans ce petit territoire que bloquent de tous côtés des barrières naturelles et politiques, certaines villes ont connu jadis la prospérité commerciale; elles ne

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sont plus maintenant animées que par leurs marchés périodiques. Sluis (l'Écluse), autrefois port de mer sur le Zwyn, garde du temps de sa splendeur un hôtel de ville et un beffroi du xiv^ siècle; mais ses vieilles murailles, trop vastes pour l'agglomération actuelle, enferment des pâtures; un canal l'unit à Bruges. Aardenburg, Oostburg, Ijzendijke, Axel, Hulst, Saint- Jansteen ne sont que de modestes cités paisibles.

En Zélande, deux villes, l'une, Middelburg dans l'île de Walcheren, l'autre, Zierikzee dans l'île de Schouwen, ont brillé jadis dans le commerce maritime; mais leurs chenaux envasés les en écartent aujourd'hui presque entièrement. Le charme du passé se répand encore dans toute la petite cité de Middelburg (20 000 hab.) (Pl. XXXII); elle montre le tracé de ses anciennes fortifications dans ses fossés sinueux et dans sa rue circulaire; elle conserve ses vieilles maisons avec leurs pignons à gradins et leurs caves ouvrant sur la rue par des trappes, son hôtel de ville du xvi® siècle, son église à tour de briques, une abbaye antique avec sa cour ombragée d'arbres séculaires. Goes (8 600 hab.) et Zierikzee (6 900 hab.) ne s'animent plus guère que les jours de marché. Sur le continent, dans le Nord-Brabant, les bourgs ruraux se pressent à peu de distance les uns des autres, occupés à la brasserie, à la distillerie, à la sucrerie, à la laiterie ou à la tannerie : Rozendaal, Steenbergen, Oosterhout, Os.

Une série de villes s'échelonnent le long des grandes rivières, artères du commerce. La Meuse, pauvre voie d'eau, ne traverse que des bourgades comme Grave et Heusden. Mais les deux bras du Rhin, le Waal et le Lek, jouent un rôle primordial dans la circulation du pays; plusieurs villes, comme Nimègue, Tiel et Arnhem, situées sur une rive concave, ont leur site déterminé par la proximité même du chenal profond. En aval de Nimègue, sur le Waal, on voit se succéder Tiel (11 500 hab.), Zaltbommel, Gorinchem ou Gorkum (12 200 hab.), jadis ville drapante, maintenant marché de bétail et fabrique de sucre, de glucose et de moutarde; en aval d' Arnhem, sur le Lek, Wageningen (9 600 hab.), avec des laiteries et des briqueteries, et une école d'agriculture; Rhenen (6 000 hab.), Wijk bij Duurstede, peut-être le Batavodurum des Romains, entrepôt commercial du moyen âge sur la route d'Utrecht et du Zuiderzee; Kuilenburg (8 900 hab.) et Vianen. Mais les deux plus grandes villes fluviales se trouvent à l'entrée du delta, dans la région où la Meuse s'approche du Rhin et où l'Ijsel s'en détache : ce sont Nimègue sur le Waal, Arnhem sur le Lek, toutes deux en un point de la vallée où la haute terrasse domine le fleuve par un versant escarpé.

Nimègue a commencé dans l'histoire comme ville forte; du haut promontoire de cailloutis qu'elle occupe, le regard embrasse la plaine du Rhin et la Betuwe (Pl. XXXIII, A). Sur ce site défensif, s'élevèrent successivement le Noviomagus des Gaulois, VOppidum Batavomm des Romains, la résidence impériale des Carolingiens. Placée sur la frontière de l'Empire germanique, la ville souffrit souvent des guerres et des sièges; mais toute sa valeur économique réside dans le fleuve; jadis entrepôt de la Hanse, elle n'a pas cessé d'exploiter le trafic rhénan; l'arrivée de la houille allemande a permis le développement d'usines nombreuses appartenant à une grande variété d'industries : brasseries, distilleries, sucrerie; laiteries et beurreries, fabriques de chocolat, chantier de construction de bateaux, fabrique de lampes électriques, ateliers de machines, d'automobiles et de cycles. La ville profite aussi du charme de ses environs accidentés; elle s'étend, vers le Sud et le Sud-Est, le long de larges boulevards, par d'élégants quartiers où résident les

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classes aisées de la population et les familles riches qui viennent s'y retirer; des hauteurs d'Ubbergen et de Beek, parmi les landes et les bois, on jouit d'un merveilleux panorama sur la grande vallée du Rhin, transformée en un large lac par les hautes crues du printemps. Nimègue a passé de 17 000 habitants en 1840 à 32000 en 1890 et 74000 en 1925. Arnhem, capitale de la Gueldre, grandit aussi vite que Nimègue durant le xix^ siècle, sautant de 10 000 habitants en 1820 à 75 000 en 1925; mais elle en diffère par les moyens d'existence. Ville de vallée, moins fortement établie, elle n'a pas eu le même rôle politique. Port rhénan, elle possède quelques industries : chantier de bateaux, sucrerie, fabrique de moteurs à gaz, usine de produits chimiques; mais elle doit davantage aux chemins de fer qu'au fleuve, étant le point de croisement des grandes lignes Amsterdam-Ruhr et Zwolle-Venlo. Ce qui domine dans sa physionomie, c'est une sorte d'aisance calme et distinguée ; placée sur la lisière des coteaux de la Veluwe, auprès de ces paysages presque accidentés qui donnent aux Hollandais l'illusion et la jouissance de l'altitude, elle attire de nombreux rentiers; elle accueille les anciens fonctionnaires coloniaux et les commerçants enrichis aux Indes; à ses portes, Oosterbeek et surtout Velp sont des villages urbains, formés de maisons de campagne, de propriétés d'agrément, de parcs et de châteaux.

Contrairement à l'uniforme côte hollandaise, que ferme son blanc rempart de dunes, la région des grands estuaires s'ouvre vers la mer. Cinq grandes brèches mènent de la mer jusque dans le lacis des eaux intérieures, qui se ramifie à travers les îles de Zélande et de Hollande. Ces portes de mer, ces zeegaten, sont, du Sud au Nord : la passe de Flessingue et de l'Escaut occidental, la passe de Zierikzee et de l'Escaut oriental, la passe de Brouwershaven, de Grevelingen, du Krammer et du Volkerak, la passe de Goeree et du Haringvliet, et la passe de Brielle, presque complètement ensablée. Orientées Ouest-Est, balayées deux fois dans la journée par la marée, elles contiennent des bancs de sable mobiles qui déplacent les chenaux. Parmi ces chenaux, les uns demeurent accessibles aux gros navires, tel l'Escaut occidental, le chemin de Flessingue et d'Anvers; les autres ne cessent pas de s'ensabler depuis que l'homme les utilise; d'autres sont entièrement obstrués. Ces vicissitudes mêmes expliquent les vicissitudes des villes de Zélande; nous sommes ici, comme sur les bords du Zuiderzee, dans le pays des villes déchues.

Un foyer intense de vie maritime se fixa très tôt au bord des eaux zélandaises. On trouvait dès le xiii^ siècle desZélandais parmi les pêcheurs de hareng au large de Yarmouth. C'est un Zélandais, W. Beukelzoon, de Biervliet, qui inventa au xive siècle l'art de préparer et de conserver les harengs. La pêche mena les marins vers le commerce. Au xiv^ et au xv® siècle, les flottes marchandes de Middelburg et de Zierikzee trafiquent avec l'Espagne et le Portugal; au xvi^, les navires de Lubeck et de Dantzig fréquentent Veere; au xvii^, les Zélandais font une rude guerre aux Dunkerquois et aux Espagnols; plusieurs des grands marins dont les Pays-Bas s'enorgueiUissent, Ruyter et W. de Wit, sont des Zélandais. Mais, à partir du xviii^ siècle, les chenaux zélandais s'ensablent, et les centres commerciaux émigrent vers les ports hollandais. De tout ce glorieux passé, il reste une flottille de pêche qui exploite les estuaires et les eaux territoriales, et surtout deux ports de second rang, Flessingue et Terneuzen, tous deux sur l'Escaut occidental.

L'importance de Terneuzen (10 000 hab.) tient à sa position à l'entrée du

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canal maritime de Gand : c'est, en terre néerlandaise, l'avant-port de la grande ville belge. Le canal, long de 33 kilomètres, dont 15 en Flandre zélandaise, ouvert en 1827, part des bassins de Terneuzen, profonds de plus de 9 mètres au-dessous de N. A. P.; leurs écluses permettent l'accès des navires en tout état de la marée. Les trois quarts dès navires qui entrent vont à Gand. Les autres suffisent à donner au port une vie propre par le commerce des bois du Nord, de la houille, des nitrates; des services rapides l'unissent à Londres, Liverpool, Leith, Goole et Middlesbrough. Le long du canal, au Sud de Terneuzen, des usines se sont fondées; depuis 1913, des fours à coke, entreprise française, fournissent de l'électricité à toute la Flandre zélandaise; Sas de Gand possède une glacerie et des sucreries.

Flessingue (Vlissingen) se trouve sur la côte méridionale del'îlede Walcheren, sur le Hont ou Escaut occidental, large ici de plus de 4 kilomètres, dont le profond chenal longe le rivage. Les navires arrivent en eau relativement tranquille, sous la protection de l'île qui arrête la violence des vents du Nord-Ouest. Flessingue possède un long passé; il péchait le hareng dès le xiii^ siècle, devenait en 1489 une forteresse contre les Flamands, armait au xvii^ siècle des navires pour le commerce de la Baltique, de l'Écosse, de Venise, des Indes, trafiquait des esclaves vers le début du xviii^ siècle et faisait la course. Mais, comme dans le reste de la Zélande, la déchéance vint au milieu du xix^ siècle. Sa résurrection date du milieu de ce siècle; de 1867 à 1873, on exécutait dans son port des travaux qui devaient, espérait-on, en faire le rival d'Anvers; en 1873, il devenait le terminus d'une grande voie ferrée venant d'Europe centrale. La ville passait de 6 000 habitants en 1800 à 22 000 aujourd'hui. Le nouveau port, auquel la ville doit sa fortune actuelle, a été creusé au dehors de la vieille ville, vers l'Est; il dispose de 10 m. 30 d'eau à marée haute dans ses bassins extérieurs et de 8 m. 25 dans ses bassins intérieurs. Grâce à ces avantages, Flessingue assure un service rapide de passagers entre l'Europe centrale et l'Angleterre par Queenborough et Folkestone : presque tout le mouvement du port dépend de ces paquebots. Une fonction propre à Flessingue consiste à contrôler l'entrée de l'Escaut, la route d'Anvers et de Gand; il groupe les services de pilotage de cette grande voie maritime; les navires y trouvent plus de 200 pilotes de mer et près de 150 pilotes de rivière; en temps de guerre, il commande le passage, et les Pays-Bas ont souvent pensé à le fortifier.

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