I. — LES PAYSAGES HOLLANDAIS
Deux aspects naturels, fortement opposés, se juxtaposent dans le paysage hollandais : les dunes et le bas pays (het laqe land). Depuis Hoek van Holland jusqu'au Helder, un puissant cordon de dunes protège le pays contre la mer; en un seul point, devant Kamperduinen, une brèche, trouant le rempart de sable sur une largeur de 4, 5 kilomètres, a rendu nécessaire la construction d'une digue. Sur ces colhnes de sable que battent les vents du large, la solitude règne : partout la lande de bruyère, pas de champs, pas d'arbres, si ce n'est dans les endroits bien abrités près de Scheveningen et de Haarlem; encore les branches tourmentées et décharnées révèlent-elles la lutte que ces bois soutiennent contre les tempêtes. Mais tout n'est pas désert et vie sauvage dans les dunes; leur façade orientale, qui domine les marais et les tourbières de l'intérieur, offre des terrains stables et secs où les hommes se sont très anciennement établis. Sur cette ligne de contact géographique, se pressent les vieux châteaux à Naaldwijk, à Vogelensand, à Heemstede, à Brederode; les abbayes à Loosduinen, à Rijnburg, à Bennebroek, à
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Egmond; les villages, les bourgs et les villes : lisière dorée, façade heureuse que des siècles de culture ont, malgré le sable aride, élevée à la richesse.
En dehors des dunes, la Hollande se compose du bas pays (lage land), c'est-àdire d'un territoire tout entier conquis sur l'eau. Nulle part ailleurs dans les Pays- Bas, on n'éprouve au même degré l'impression d'un pays artificiel. La majeure partie de la Hollande se tient au-dessous du niveau de la mer, justifiant le nom même qu'elle porte, Holland, le pays en creux, le pays bas par excellence. A l'état naturel, l'eau le revendiquait presque en entier; deux baies du Zuiderzee, l'Ij et le Zijpe, le pénétraient et le morcelaient; d'énormes lacs (meeren) aux bords instables en recouvraient de vastes étendues. Tout a changé par l'effort des hommes. Sur le Zuiderzee, les polders ne cessent de gagner du terrain : Zijpe polder, 1597; Wieringer waard, 1608; Koegras, 1817; Anna Paulowna polder, 1845-1847; Ijpolder, à partir de 1865. D'autres travaux (droogmakerijen) ont asséché les lacs : au xviie siècle, Watergraafsmeer, Bijlmermeer, Beemster, Purmer, Schermer, Heer Hugo waard et d'autres; au xix^ siècle, Haarlemmermeer (1839-1852), Zuidplas, Prins Alexander polder. Toute la Hollande, sauf les dunes, n'est qu'un polderland, c'est-à-dire une juxtaposition de territoires endigués et mécaniquement drainés. Selon leur situation géographique et l'orientation de leur écoulement, ils se répartissent entre des groupes plus vastes, appelés généralement waterschappen, qui constituent les unités fondamentales de drainage et, par une curieuse conséquence, les principales divisions régionales de ce pays artificiel : Schieland, Rijnland, Amstelland, Waterland, Drechterland, Geestmeerambacht. Il n'y a plus en Hollande que deux rivières débouchant librement à la mer : le Lek et le Hollandsch Ijsel en aval de Gouda (Pl. XXXVHI, A); toutes les autres, Vecht, Oude Ijsel, Hollandsch Ijsel en amont de Gouda, ne sont plus que des appareils d'écoulement artificiels (fig. 50).
La surface du sol hollandais s'étend aussi plate que la surface de l'eau; à l'horizon lointain, que voile une légère brume, elle se confond avec le ciel bas. Audessus de la terre, on ne voit que des saillies et des reliefs construits par l'homme : digues massives qui de l'intérieur masquent la vue de la mer; canaux, plus élevés parfois que la plaine, où les voiles qui dominent paraissent glisser sur les champs; toits rouges des maisons, pointes des clochers, ailes des moulins à vent. « Ces tours ailées, dit Amicis, donnent à la campagne un aspect singulier; elles animent la sohtude; de nuit, au milieu des arbres, elles ont une apparence fantastique d'oiseaux qui regardent le ciel; de jour, elles ressemblent de loin à d'énormes carcasses de feux d'artifice; elles tournent, s'arrêtent, accélèrent leur mouvement, le ralentissent; elles rompent le silence avec leur tic-tac sourd et monotone. »
Un autre aspect naturel à ces terres humides et basses, c'est la verdure, l'uniformité de la verdure presque d'un bout à l'autre du pays et d'un bout à l'autre de l'année. Utilisée par l'homme, cette aptitude à l'herbe donne les merveilleuses prairies où paissent dispersées les vaches blanc et noir du pays. Sur le tapis uniforme des graminées qui couvre la terre, on ne voit émerger que les files de saules têtards qui longent les chemins et les fossés, les groupes isolés d'aulnes et de peupliers, les bouquets d'arbres fruitiers qui cachent les fermes. A la verdure, partout se mêle l'eau. On trouve encore çà et là, sur les tourbières, de grands lacs encombrés de joncs et de roseaux; entre Purmerend et Zaandam, ainsi qu'au Nord d'Utrecht, à Loosdrecht, à Nieuwkoop et à Naarden, ces surfaces d'eau ou plassen occupent les creux d'où l'on a extrait la tourbe; ce sont des coins de nature
FiG. 50. — Carte d'ensemble de la Hollande. Polders; 2, Canaux; 3, Dunes; 4, Digues; 5, Courbe hysométrique de 0 mètre. — Échelle, 1 : 850 000.
GÉocPAPiiiE UNIVERSELLE. — Belgique et Pays-Bas.
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sauvage, fréquentés par les amis des sports aquatiques et visités par les oiseaux de passage; les hérons pourprés ont rendu célèbre la Naardermeer. Mais le plus souvent l'eau se rencontre disciplinée par le réseau géométrique des canaux et des fossés qui sillonnent la campagne. On la traverse pour aller aux fermes, pour se rendre aux pâtures. On ne la perd jamais de vue, car toujours les chemins et les sentiers la suivent. Elle mène partout, étant elle-même le chemin universel. Peu de pays possèdent autant de voies d'eau. Surtout autrefois, avant les chemins de fer, la circulation se faisait sur de grandes barques, appelées trekschuiten, halées par un cheval; elles glissaient de village en village, de ville en ville, à l'ombre des grands arbres. Maintenant encore, c'est en bateau que le campagnard porte au marché ses légumes, ses fruits et ses fleurs. « Tout le pays, dit Kohi, toute la culture, tous les villages et toutes les villes s'attachent aux canaux et aux bras d'eau comme les feuilles et les fruits d'un arbre aux branches. » L'influence de ce mode de circulation se reflète dans la disposition des établissements humains; beaucoup de villages alignent leurs chaînes de maisons le long des voies d'eau (streckdorpen, dijkdorpen); les centres habités s'ordonnent selon les lignes d'eau. Si l'on excepte la lisière intérieure des dunes, zone de contact très populeuse, toutes les zones de forte densité de population coïncident avec les voies navigables.