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L'INDUSTRIE NÉERLANDAISE

Il manque aux Pays-Bas certains puissants facteurs de développement industriel : pas de mines métalliques, pas d'énergie hydraulique (ce qui explique le rôle ancien des moulins à vent comme source de force motrice), peu de houille (le Limbourg n'en produisait que 4 millions de tonnes en 1920). En réalité, l'industrie néerlandaise naquit des débouchés commerciaux. Cette dépendance de la vie industrielle par rapport à la vie commerciale domine déjà l'économie néerlandaise au xvii^ siècle; les manufactures d'Amsterdam travaillaient alors les matières premières que seul un grand port à relations universelles pouvait leur fournir : sucre, camphre, borax, diamants; d'autres étaient assurées d'un marché étranger fort étendu pour leurs toiles, leurs draps, leurs poteries, leur alcool, leur genièvre, leur papier; d'autres enfin n'existaient qu'en fabriquant les moyens de transport nécessaires au commerce lui-même : telle la construction navale et ses annexes, la corderie et la voilerie, qui travaillaient pour l'Europe entière; la moitié des flottes européennes sortait des chantiers de Zaandam. Cette influence de la vie commerciale, nous la retrouvons aussi puissante de nos jours; elle règle encore la localisation et la nature de l'activité industrielle. Les plus grosses agglomérations ouvrières des Pays-Bas se trouvent le long des deux plus grandes voies maritimes, le canal de la Mer du Nord autour d'Amsterdam et le Waterweg de Rotterdam. D'autre part, s'il existe aux Pays-Bas des industries qu'on peut appeler autochtones, parce qu'elles utilisent les ressources locales, il est incontestable que les plus puissantes et les plus nombreuses des industries vivent par l'afflux de sève qui leur arrive par l'appareil de la circulation générale.

Le développement du commerce maritime explique l'essor des constructions navales en Hollande. Cette industrie autour des chantiers de Zaandam attira les scieries, car dès la fin du xvi^ siècle on avait trouvé le moyen d'appliquer les moulins à vent au sciage du bois. Les chantiers du Zaanstreek déclinèrent durant la seconde moitié du xviii^ siècle, et n'ont plus retrouvé leur primauté. Mais d'autres ont surgi ailleurs durant le xix^ siècle, à la faveur du développement de la marine marchande, du commerce au long cours et du trafic rhénan. Le premier bateau à vapeur en bois fut construit en 1826 pour le service entre Rotterdam et Londres; on lançait en 1837 à Rotterdam le premier bateau à vapeur en fer; peu à peu, la construction navale devint une branche de l'industrie métallurgique; le fer et la houille se transportaient à bon marché par les fleuves jusqu'aux chantiers des rives. C'est le long des estuaires, des rivières et des canaux que ces chantiers s'échelonnent tous : à Flessingue; dans le Nord-Hollande (Amsterdam, Haarlem, Alkmaar, Zaandam); jusqu'à Dordrecht, sur les bords de la Nouvelle Meuse et du Noord, se succèdent une quarantaine d'établissements qui occupent plus de 10 000 ouvriers et construisent tous les types de bateaux, paquebots et cargos pour l'Océan, bateaux-dragues, bateaux à moteur, remorqueurs, chalands de rivières, chalutiers, voiliers de pêche.

Dans ce pays qui produit peu de charbon et pas de fer, la grosse métallurgie n'existe pas. Il faut acheter à l'étranger les pièces de métal brut ou demi-ouvré que transforment les ateliers de construction métallique et mécanique. Ces ateliers, attirés auprès des chantiers navals, se pressent de Schiedam à Rotterdam et à Dordrecht, fabriquant chaudières et machines à vapeur, appareils électriques, ascenseurs, grues, pompes, dragues, appareils de sucrerie. Progressivement ils se

LES PAYS-BAS

sont appliqués à produire presque toutes les machines requises par l'industrie nationale : machines pour la filature et le tissage, pour les briqueteries, pour l'agriculture, pour la laiterie, pour le chemin de fer, pour les papeteries, pour les distilleries, pour les minoteries. Toute cette métallurgie, fondée sur l'emploi d'une main-d'œuvre habile, ne peut subsister qu'en fabriquant des produits soignés, dont elle vend une bonne partie à l'étranger.

Beaucoup d'industries ont leur origine directe dans les relations commerciales. Sans parler des tailleries de diamants d'Amsterdam, on peut donner comme exemple la préparation du cacao, introduite à Middelburg et à Flessingue après la conquête de Surinam et parvenue de nos jours à une remarquable prospérité; il entre annuellement par Amsterdam et Rotterdam 30 000 tonnes de cacao, dans la région d'Amsterdam; le cacao en poudre néerlandais a des clients dans le monde entier. Le commerce colonial explique aussi autour d'Amsterdam l'essor des usines de caoutchouc et des usines à décortiquer le riz. Le trafic des grains a localisé dès le xvii^ siècle à Schiedam la distillerie. L'industrie du tabac, qui occupe plus de 30 000 ouvriers aux Pays-Bas, naquit des relations d'outre-mer; au xvii^ siècle, Amsterdam, Rotterdam et Dordrecht recevaient sur leur marché des cargaisons de tabac du Maryland, de Virginie, des Antilles et du Brésil; au xix^ siècle, l'afflux des tabacs de Java et de Sumatra, attirant eux-mêmes les tabacs de toute provenance, permit la formation de stocks énormes et variés où s'approvisionnent une multitude de manufactures; elles se disséminent à travers tout le pays; mais elles forment un groupe nombreux dans le Nord- Brabant, autour de Bois-le-Duc et d'Eindhoven. Mêmes liens avec les marchés étrangers pour l'industrie de la margarine (beurre artificiel provenant du mélange de graisse animale et de lait), concentré surtout dans le Nord-Brabant et en Hollande, particulièrement à Rotterdam; au début, vers 1875, les graisses venaient de France et d'Autriche; on fit appel ensuite aux États-Unis; à partir de 1883, on dut utiliser les graisses végétales et importer les graisses oléagineuses des pays tropicaux; cette industrie, qui occupe plus de 4 000 ouvriers, exportait 56 400 tonnes de margarine en 1910, 166 000 en 1916, 93 000 en 1920, surtout vers la Grande-Bretagne.

L'industrie textile, qui emploie plus de 60 000 ouvriers, se concentre dans la Twente pour le coton, dans le Nord-Brabant autour de Tilburg pour la laine. Elle dépend de l'étranger pour l'achat de ses matières premières comme pour la vente de ses tissus. Les usines de laine s'approvisionnent à Londres et à Anvers par l'intermédiaire de Rotterdam; elles importent une partie des filés qu'elles tissent, et vendent beaucoup d'étoffes en Europe, en Amérique, au Japon, en Afrique du Sud. Les usines de coton de la Twente, avec leurs 25 000 ouvriers, ne sauraient subsister sans les marchés du dehors; leur coton brut arrive des États- Unis par Rotterdam (avant la guerre, par Brème) ; les 840 000 broches des filatures ne suffisent pas à alimenter les tissages; il faut importer des filés britanniques; quant à la vente des étoffes, les Indes néerlandaises absorbent le quart de la production; le reste s'expédie vers les pays chauds d'Extrême-Orient, d'Amérique et d'Afrique.

Même les industries nées des produits locaux ou des aptitudes des Néerlandais seraient incapables maintenant de prospérer, si elles ne pouvaient compter sur des débouchés extérieurs. De tout temps, telle fut la condition de la pêche maritime. A la fin du xvii^ siècle, 120 baleiniers hollandais fréquentaient les

Phot. A. Demangeon.

A. LA MAISON DUN GRAND FERMIEIi FlilSON, PltÈS DE LEEUWARDEN.

Phot. A. Demangeon.

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