ACTE I, SCENE V. i
Un abyme est ouvert, prct à nous engloutir . Mais si nous v tombons , nous pourrons en sortir. Tbéodora proscrit les jours de Bélisaire, Nous avons tout perdu , tout ; Texil , la misère , Telle est de nos destins la rigoureuse loi : Et tu peux la cbanger...
ECDOXE.
Que dites-vous ? qui ? moi !
ANTONIXE.
Eudoxe , mieux que toi j'ai su lire en ton ame ;
J ai surpris le secret d'une innocente flamme :
Le vaillant Tliélésis... (à ce nom la pudeur
Imprime sur ton front sa modeste rougeur).
Il commande, il est roi ; sa valeur, son empire
Le rend digne du cœur où sa tendresse aspire ;
À tes seules vertus prodiguant son amour ,
Sans connaître le sang qui te donna le jour ,
Il abaisse à tes pieds l'orgueil de sa couronne :
La fdle d'un proscrit a pour asile un trône ;
Qu'elle y monte : à l'instant nos destins sont cbangés ,
Nos ennemis vaincus , nos outrages vengés :
Tu rends au nom d'un père illustré par la gloire
Plus d'éclat qu'il n'en eut des mains de la victoire ;
Tu consoles ta mère, et recouvres les droits
Que ma fille a puisés dans le sang de nos rois.
EL'DOXE.
(Quelque reproche ici que mon cœur ait à craindre , (.le n est pas devant vous (pi'il m'est permis de feindre ,
i4 BELISAIRE.
En cherchant à cacher un sentiment secret
Dont vos yeux dès lon{j-temps ont distingué 1 Objet.
Je chéris Thélésis , j'en fais l'aveu sincère ;
Sa valeur, ses bienfaits , son respect pour ma mère,
Cette noble fierté , ces farouches vertus ,
Tré-ors de nos aïeux , èi leurs fds inconnus ;
Cette ardeur d un héros qu'un amour pur enflamme ,
Par autant de liens ont enchaîné mon ame :
Je l'aime , et vous pouvez juger de mon bonheur
Quand je trouve un appui dans votre propre cœur ;
Mais , puisqu à vos regards mon ame se déploie ,
Vous voyez quels tourments se mêlent à ma joie :
Oubliant mon pays , mon père malheureux ,
Puis-je écouter l'amour qui les trahit tous deux?
Du fond de sa prison je l'entends qui me crie :
« Ma fille , sois fidèle à ta triste patrie.
« Pour elle j'ai vécu , j'ai juré de mourir ;
« Ma gloire t'appartient, voudras-tu la flétrir? »
ANTONINE
Sur quels vains souvenirs s'arrête ta pensée ? Hélas ! que parles-tu d'une gloire passée ? Vois quel en est le prix, au fond de ces déserts ; Ta mère est dans Texil, ton père est dans les fers; Théodora l'accuse, et sa fureur apprête Le théâtre sanglant où doit tomber sa tête : Voilà quel est son sort, et quel est l'avenir Ou Eudoxe dans ce jour tremble de prévenir.