‹ BélisaireChapitre 102 sur 116 · CHAPITRE XT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XT

tresse où tout m1 abandonnent 9 où tout conjuroit ma ruine, je nie disais : Courage y Bélisaire , tu es sans reproche , et Dieu te voit. Cette pensée me dîlatoit le cœur que la tristesse avoit serré 5 elle rendoit la vie et la force à mon ame. Je me parle de même encore 5 et quand ma fille est avec moi, qu'elle s'afflige , et que je sens ses larmes baigner mon visage : Eh bien !

lui dis-je , as-tu peur que celui qui nous a créés ne nous délaisse et ne nous oublie? Ton cœur est pur, sensible, honnête j ton père n'est pas plus méchant que toi ; comment veux-tu que la bonté même n'ait pas soin des bonnes gens? Laisse, ma fille , laisse venir le moment où celui qui d'un souffle a produit mon ame l'enveloppera dans son sein ; et nous verrons si les médians y viendront troubler mon repos.

Ma fille, que ce langage éclaire et persuade, pleure en m'écoutant 5 mais ce sont déplus douces larmes 5 et peu à peu je l'accoutume à regarder la vie comme un petit voyage où l'on est dans la barque assez mal à son aise , mais dont le port sera délicieux,

Vous vous faites, dit F empereur ,^ùne religion en effet Lien douce ! Et c'est la bonne , reprit Eélisaire. Ne voulez-vous pas que je me représente le Dieu que je dois adorer comme un tyran triste et farouche qui ne demande qu'à punir? Je sais bien que lorsque des hommes jaloux, superbes, mélancoliques nous le représentent, ils le font colère et violent conime eux 5 mais ils ont beau lui, attribuer leurs Vices , j e tâche , moi , de ne voir en lui que ce que je dois imiter. Si je me trompe, au moins suis-je assuré que mon erreur est innocente. Dieu m'a créé foible , il sera indulgent 5 il sait bien que je n'ai ni la folie , ni la malice de vouloir l'offenser $ c'est une rage impuissante et absurde que je ne conçois même pas. Je lui suis plus fidèle encore et plus dévoué mille fois que je ne le fus jamais à l'empereur 5 et je suis bien sûr que l'empereur , qui n'est qu'un homme, ne m'eût jamais fait aucun mal, s'il avoit pu lire comme lui dans mon cœur.

Hélas ! ce Dieu , reprit Justinien , n'en &st pas moins un Dieu terrible. Terrible

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