‹ BélisaireChapitre 106 sur 116 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

qu'il a fait au monde tout le bien qu'il a pu (1). Telle est ma religion. Qu'on la propose à tous les peuples , qu'on demande si elle n'est pas digne de -vénération et d'amour 5 toutes les voix de la nature vont s'élever en sa faveur. Mais si la violence et la cruauté lui mettent la flamme et le fer à la main , si les princes qui la professent , faisant de ce monde un enfer, tourmentent au nom d'un Dieu de paix y ceux qu'ils devroient aimer et plaindre , on croira de deux choses Tune , ou que leur religion est barbare comme eux, ou qu'ils ne sont pas dignes d'elle.

(1) On attribue ici à Bélisaire l'opinion des stoïciens , adoptée par Leibnitz et par tous les optimistes. Bonus cst(Deus) : bono nulla eujusquam boni invidia est', fecit ilaque quàm

optimum potuit. Senec. Epistol. L. j5. Qitid» quid nobis negatuin est, dari non potuit.làem,

De benefieîis. L. 2. C. 28. Magna accepimus;

majora non cepimus. Ibidem. C 29.

Deum sine consilio agenlem ne coptare

quideni facile est: qua? autem fuisset causa

^ropler quant maie mil à consultuni fuisset?

Maie-Ànt. ^ 6,

228 BELIS A IRE,

Vous élevez là , dit Justinien , une question bien sérieuse ! Il ne s'agit pas de moins que de savoir si un prince a le droit d'exiger dans ses états l'unité de dogme et de culte 5 car, s'il a ce droit, il ne peut l'exercer sur des rebelles obstinés que par la force et les châtiinens.

Comme je suis de bonne foi , dit Bélisaire , je conviens d'abord que tout ce qui peut influer sur les mœurs et intéresser l'ordre public est du ressort du souverain, non pas comme juge de la vérité et de l'erreur, mais comme juge du bien ou du mal qui en résuite : car le premier principe de toute croyance est que Dieu est ami de l'ordre , et qu'il n'autorise rien de ce qui peut le troubler. Hé bien ! dit l'empereur, doutez-vous que les mœurs publiques n'aient pas des rapports intimes et nécessaires avec la croyance ? Je reconnois, dit Bélisaire , qu'il y a des vérités qui intéressent les mœurs 5 mais observez que Dieu en fait des vérités de sentiment , dont aucun homme sensé ne doute. Au lieu que les vérités mystérieuses ? et qui

Page 1