‹ BélisaireChapitre 110 sur 116 · CH API TUE XVJ · texte numérisé non relu

CH API TUE XVJ

Et la cause de Dieu sera abandonnée , ïui dit Justinien.

Dieu n'a pas besoin de vous pour soutenir sa cause , dit Bélisaire. Est-ce en vertu de vos édits que le soleil se lève , et que les étoiles brillent au ciel ? La vérité luit de sa propre lumière ; et on n'éclaire pas les esprits avec la flamme des bûchers» Dieu remet aux princes le soin de juger les actions des hommes $ mais il se réserve à lui seul le droit de juger les pensées 5 et la preuve que la vérité ne les a pas pris pour arbitres , c'est qu'il n'en est aucun, qui soit exempt d'erreur.

Si la liberté de penser est sans frein f dit l'empereur , la liberté d'agir sera bientôt de même.

Point du tout , reprit Bélisaire 5 c'est là que l'homme rentre sous l'empire des lois; et plus cet empire se renfermera dans ses limites naturelles, moins il aura besoin de force pour maintenir l'ordre et la paix. La justice est le point d'appui de l'autorité et celle-ci n'est chancelante que lorsqu'elle est hors de sa base. Comment vou«

iez-vous accoutumer les hommes à voir un homme s'ériger en Dieu , et commander , les armes à la main , de croire ce qu'il croit , de penser comme il pense? Demandez à vos généraux si l'on persuade à coups d'épée. Demandez - leur ce qu'a fait en Afrique la rigueur et la violence exercée sur les Vandales. J'étois en Sicile 5 Salomon y arriva furieux et désespéré, ce Tout 33 est perdu en Afrique (me dit- il) : les 33 Vandales sont révoltés 5 Carthage est 33 prise , elle est au pillage • et , dans ses 33 murs et dans les campagnes , on nage 33 dans des flots de sang 5 et cela , pour 33 quelques rêveurs qui ne s'entendent pas 33 eux-mêmes , et qui jamais ne seront 33 d'accord. Si l'empereur s'en mêle , s'il 33 donne des édits pour des subtilités où il 33 ne comprend rien, il n'a qu'à mettre 33 ses docteurs à la tête de ses armées : 33 pour moi , j'y renonce 5 je suis au déses- 33 poir. 33 Ainsi parla ce brave homme. Entre nous, il avoit raison. C'est bien assez des passions humaines pour troubler un si vaste empire , sans que le fanatisme encore y vienne agiter ses flambeaux.

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