CHAPITRE XVI
servir. Mais si mon triomphe lui préparoit des succès , il m'annonçoit bien des traverses ! Ce fut dès-lors que l'envie se déchaîna contre moi.
Cinq ans de victoires lui imposèrent silence 5 mais , lasse enfin de mes succcès , elle perdit toute pudeur.
J'assiégeois Ravenne , où les Goths s'étoient retirés, ciiassésde toute l'Italie. C'étoit leur unique refuge 5 ils ne pouvoient plus m' échapper. On fit entendre à l'empereur que la place étoit imprenable , que la ruine de son armée seroit le fruit de mon obstination 5 et lorsque , réduits à l'extrémité , les Goths m'ailoient rendre les armes , arrivent des ambassadeurs que Justinien envoie pour leur offrir la paix. Je vois clairement qu'on l'a surpris , et que ce seroit le trahir que de manquer l'instant de gagner l'Italie : je diffère de consentir à la paix qu'il fait proposer y la ville se rend 5 et je suis accusé de révolte et de trahison. Ce n'étoit pas sans quelque apparence, comme vous voyez : j'avois désobéi , j'avois fait encore plus. Les assiégés , mécontens de leur roi , m'avoient of * fert sa couronne : un refus pouvoit les aigrir 5 je les flattai par ma réponse 5 et cette acceptation ? en elfet simulée , passa pouf '
BELISAIÎIE,
sincère à la cour. Je fus rappelé; et mon obéissance déconcerta mes ennemis. Je menai captif aux pieds de l'empereur ce roi des Goths (i) dont on m'accusoit d'avoir accepté la couronne 5 mais cette fois le triomphe ne me fut point accordé. J'en eus une douleur mortelle , non que j'en fusse humilié 5 mon cortège faisoit ma pompe , et l'affluence et les acclamations du peuple qui m'environnoit auroient satisfait un vanité plus ambitieuse que la Hiieime. Mais le froid accueil de Justinien m'annonçoit qu'il n'étoit point dissuadé ; et , par malheur , cette cruelle atteinte , qu'on avoit portée à son ame , fut encore envenimée par l'enthousiasme imprudent d'un peuple enivré de ma gloire.
Ici j de bonne foi , mettez - vous à la place de l'empereur , déjà prévenu contre moi. ]N 'auriez -vous pas été blessé des éloges qu'on me donnoit , et qui étoient pour lui des reproches? N'auriez - vous pas pris quelque ombrage de l'ambition d'un sujet que la voix publique élevoit jusqu'au ciel? K'auriez-vous pas vu avec quelque dépit tout un peuple , dans son ivresse ? affecter de me venger de vous , en me décernant un