‹ BélisaireChapitre 33 sur 116 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

qui , ■ pour s'avancer, auroient j été au hasard le salut d'une armée et le sort d'un empire. Envieux des succès qui ne leur sont pas dus, ils ont toujours peur qu'on ne leur enlève l'honneur d'une action d'éclat : s'il* osoient même ils feroient échouer celles dont ils n'ont pas la gloire : le bien public est un malheur pour eux , s'il ne leur est pas attribué. Voilà l'espèce d'hommes la plus dangereuse, soit dans les conseils, soit dans les armées. L'homme de bien fait son devoir, sans regarder autour de lui. Dieu et son ame sont des témoins dont il va mériter l'aveu. Une bonne volonté franche , un courage délibéré, un zèle prompt à concourir au bien$ voilà les signes d'une grande ame. L'envie, la vanité, l'orgueil, tout cela est petit et lâche. C'est peu même de ne pas prétendre à ce que vous ne méritez pas 5 il faut savoir renoncer d'avance à ce que vous mériterez ; il faut supposer votre souverain sujet à se tromper , car il est homme; regarder comme très-possible que votrepatrie et votre siècle vous jugent aussi mal que lui, et que l'avenir ne soit pas plus

j uste. Alors il faut vous consulter , et vous demander à vous-même : si j'étois réduit au sort de Bélisaire, m'en consolerois-je avec mon innocence, et le souvenir d'avoir fait mon devoir ? Si vous n'avez pas cette résolution bien décidée et bien affermie , vivez obscur , vous n'avez pas de quoi soutenir votre nom.

Ah! c'est trop exiger des hommes, reprit Justinien avec un profond soupir; et votre exemple est effrayant. Il est effrayant au premier coup-d'ceil , dit le vieillard, mais beaucoup moins quand onypense. Carenfin, supposons que la guerre, la maladie ou la vieillesse m'eût privé de la vue$ ce seroit un accident tout naturel cfont vous ne seriez point frappé. Hé quoi ! les vices de l'humanité ne sont- ils pas dans l'ordre des choses, comme la peste qui a désolé l'empire ? Qu'importe l'instrument que la nature emploie à nous détruire ? La colère d'un empereur, la flèche d'un ennemi, un grain de sable, tout est égal fi). En s'exposantsur

(i) Democritum pediculi, Soc rate m alwd pediculorum genus, nequissimi bipèdes intere-

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