‹ BélisaireChapitre 41 sur 116 · CHAPITRE VIII. ç · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. ç

jeune homme avec surprise ! Béiisaire sait mieux qu'un autre , dit le héros , que l'amour de la guerre est le monstre le plus féroce que notre orgueil ait engendré. Il est, reprit Tibère , une gloire plus douce ? dont un monarque peut jouir, celle qui naît de ses bienfaits , et qui lui revient en échange de la félicité publique. Ah t dit Béiisaire , si en montant sur le trône on étoit sûr de faire des heureux , ce seroit sans doute un beau privilège que de tenir dans ses mains la destinée d'un empire , et je ne m'étonnerois pas qu'une ame généreuse immolât son repos à cette noble ambition ! Mais demandez à l'auguste vieillard qui vous gouverne , s'il est aisé de la remplir. Il est possible , dit l'empereur , de persuader aux peuples qu'on a fait de son mieux pour adoucir leur sort , pour soulager leurs peines , et pour mériter leur amour.

Quelques bons princes , dit Béiisaire , ont obtenu ce témoignage pendant leur vie 'j et il a fait leur récompense et leur plus douce consolation. Mais : à moins de

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quelque événement singulier qui fasse éclater l'amour des peuples et rende solennel cet hommage des cœurs, quel prince osera se flatter qu'il est sincère et unanime ? Ses courtisans lui en répondent 5 mais qui lui répond de ses courtisans ? Tandis que son. palais retentit des chants d'allégresse, qui l'assure qu'au fond de ses provinces , le vestibule d'un proconsul et la cabane d'un laboureur ne retentissent pas de gémissemens? Ses fêtes publiques sont des scènes jouées, ses éloges sont commandés 5 il voit avant lui les plus vils des humains honorés de l'apothéose $ et tandis qu'un tyran, plongé dans la mollesse , s'enivre de l'encens de ses adulateurs , l'homme vertueux qui , sur le trône , a passé sa vie à faire au monde le peu de bien qui dépendoit de lui , meurt à la peine , sans avoir jamais su s'il avoit un ami sincère. J'ai le cœur navré quand je pense que Justinien va descendre au tombeau , persuadé que je l'ai trahi et que je ne l'ai point aimé.

Non , s'écria l'empereur avec transport («t s'interrompant tout à coup) , non ,

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