‹ BélisaireChapitre 42 sur 116 · CHAPITRE VIII. g · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. g

dit-il , avec moins de chaleur , un souverain n'est pas assez malheureux pour ne jamais savoir si on l'aime.

Hé bien , dit Bélisaire , il le sait ; et ce bonheur qui seroit si doux est encore mêlé d'amertume. Car , plus un prince est aimé de ses peuples , plus leur bonheur lui devient cher 5 et alors le bien qu'il leur fait , et les maux dont il les soulage^ lui semblent si peu de chose dans la masse commune des biens et des maux , qu'arrivé au terme d'une longue vie , il se demande encore , qu'ai-je fait ? Obligé de lutter sans cesse contre le torrent des adversités , voyez quelle douleur ce doit être pour lui de ne pouvoir jamais le vaincre , et de se sentir entraîné par le secours des événemens. Qui méritoit mieux que Marc - Aurèle de voir le monde heureux sous ses lois(i)? Toutes les calamités, tous les

(1) Istevirtutum omnium, cèles lisqueinge* nii ex tint, œrumniscjue publicis quasi defensor objectus est* Auvel. Yict.

96 bélisjcire, fléaux se réunirent sous son règne (i). Oa eût dit que la nature entière s'étoit soulevée, pour rendre inutiles tous les efforts de sa sagesse et de sa bonté 5 et celui des monarques qui le premier fit élever un temple à la bienfaisance est peut-être celui de tous qui a vu le plus de malheureux. Mais, sans aller chercher d'exemple loin de nous , quel règne plus laborieux et plus prospère en apparence que celui de Justinien ? Trente ans de guerres et ch victoires dans les trois parties du monde ; toutes les pertes que l'Empire avoit faites depuis un siècle réparées par des succès , les peuples du nord et du couchant repousses au-delà du Danube et des Alpes ; le calme rendu aux provinces d'Asie 5 des rois vaincus et menés en triomphe 5 les ravages de la peste , des incursions , des tremblemens de terre s comme effacés de l'univers par une main bienfaisante 5 des

(1) Ut prope ni h il , quo swnmis angoribus atteri 'mortelles soient, dici, seucegitari queat, quod noiij illo imperante3 scsvicriL Àttrelt Yict.

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