‹ BélisaireChapitre 44 sur 116 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

toi que tu vis. Ton ame est celle d'un grand peuple $ ta volonté n'est que le vœu public 5 ta loi l'exprime et le consacre. Règne avec elle , et souviens-toi que ton affaire est le bonheur du monde (1). Vous êtes ému , mon cher Tibère , et je sens votre main qui tremble dans la mienne.

Ah ! soyez sûr que la vertu , même dans les afflictions 5 a des jouissances célestes. Elle n'assure point de bonheur sans mélange 5 mais en est- il de tel au monde ? Est- ce à l'homme inutile, au méchant , au lâche qu'il est réservé ! Un bon prince donne des larmes aux maux qu'il ne peut soulager 5 mais ces larmes , les croyez-vous amères , comme celles de l'envie , de la honte ou du remords ? Ce sont les larmes de Titus , qui pleure un jour qu'il a perdu 2 elles sont pures comme leur source. An-

(1) Mariée c uni grava tim à somno surgis, in promptu tibi sit cogitare te ad humanum opus Jticiendum surgere*,». IVon sentis quàm mulia. possis prœstare, de quibus nulla estexcusatio naturœ ad ea non aptœ ? et tamen adhuc prit" dens sciensque3 humijixus hœresl Ibid.L, 5»

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noncez donc à votre ami , arec la même autorité que si un Dieu parloit par votre touche, annoncez -lui que s'il estvertueus^ dans quelqu'état pénible où le sort le réduise , il ne lui arrivera jamais de regarder d'un œil d'envie le plus fortuné des médians. Mais cette confiance , l'appui de la vertu, ne s'établit pas d'elle-même : il faut y disposer l'ame d'un jeune prince 5 et demain nous verrons ensemble les moyens de l'y préparer.

Il fait ce qu'il veut de mon ame , dit Tibère à Justinien 5 il l'élève , l'abat , la relève à son gré. Il déchire la mienne^ dit l'empereur; et ces mots, échappés avec un soupir, furent suivis d'un long silence. Sa cour essaya , mais en vain , de le tirer de sa tristesse 5 il fut importuné des soins qu'on prenoit pour la dissiper; et le lendemain ayant annoncé qu'il vouloit se promener seul , il s'enfonça dans la forêt voisine. Tibère l'y attendoit ; ils partirent ensemble, et vinrent trouver le héros. Le jeune homme ne manqua point de lui rappeler sa promesse , et Bélisaire reprit ainsi.

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