‹ BélisaireChapitre 50 sur 116 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le lendemain , à la même heure, Bélisaire les attendoit sur le chemin ? au pied d'un chêne antique , où la veille ils s'étoient assis 5 et il se disoit à lui-même : Je suis bien heureux dans mon malheur d'avoir trouvé des hommes vertueux , qui daignent venir ine distraire , et s'occuper avec moi des grands objets de l'humanité ! Que ces intérêts sont puissans sur une ame ! Ils me font oublier mes maux. La seule idée de pouvoir influer sur le destin des nations me fait exister hors de moi , m'élever au-dessus de moi-même ; et je conçois comment la bienfaisance , exercée sur tout un peuple , rapproche l'homme de la Divinité.

Justinien et Tibère qui s'avançoient , entendirent ces derniers mots. Vous faites

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l'éloge de la bienfaisance , dit l'empereur ; et en effet de toutes les vertus , il n'en est point qui ait plus de charmes. Heureux qui peut en liberté se livrer à ce doux penchant ! Encore , hélas ! faut-il le modérer, dit le héros ? et s'il n'est éclairé , s'il n'est réglé par la justice , il dégénère insensiblement en un vice tout opposé, Ecoutezmoi , jeune homme , ajouta - t - il en adressant la parole à Tibère.

Dans un souverain , le plus doux exercice du pouvoir suprême , c'est de dispenser à son gré les distinctions et les grâces. Le penchant qu'il y porte a d'autant plus d'attraits , qu'il ressemble à la bienfaisance ; et le meilleur princes y seroit trompé y s'il ne se tenoit en garde contre la séduction. Il ne voit que ^e qui l'approche ? et tout ce qui l'approche lui repète sans cesse que sa grandeur réside dans sa cour , que sa majesté tire tout son éclat du faste qui Fenvironne, et qu'il ne jouit de ses droits et du plus beau de ses privilèges que par îes grâces qu'il répand et qu'on appelle ses Bianfaits Ses bienfaits , juste ciel! la

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