CHAPITRE X. H
Phonnête homme 5 et la faveur recherche aussi peu l'un que l'autre. C'est peu même de les négliger , elle les rebute , et par- là elle détruit jusques aux germes des talens et des vertus. L'émulation leur donne la vie , la faveur leur donne la mort. Un état où elle domine ressemble à ces campagnes désolées ? où quelques plantes utiles ? qui naissent d'elles-mêmes , sont étouffées par les ronces 5 et je n'en dis pas assez : car ici ce sont les ronces que l'on cultive , et les plantes salutaires qu'on arrache et qu'on foule aux pieds.
Yous supposez , insista Tibère , que la faveur n'est jamais éclairée et ne fait jamais de bon choix.
Très-rarement , dit Bélisaire 5 et en tirant au sort les hommes qu'on élève , on se tromperoit beaucoup moins. La faveur ne s'attache qu'à celui qui la brigue 5 et le mérite dédaigne de la briguer. Elle est donc sûre d'oublier l'homme utile qui la néglige, et de préférer constamment l'ambitieux qui la poursuit. Et quel accès le sage ou le héros peut-il avoir auprès d'elle ? Est-il ca-
Îï8 BÉLIS AIRE ,
pable des souplesses qu'elle exige de ses esclaves ? Son ame ferme se pliera- t-el le aux manèges de la cour? Si sa naissance le place auprès du prince et dans le cercle de ses favoris , quel rôle y jouera sa franchise > sa droiture , sa probité ? Est-ce lui qui trompe et qui flatte le mieux ? Qui étudie avec le plus de soin les foiblesses et les dégoûts du maître ? qui sait feindre et dissimuler avec le plus d'adresse ? taire et dé-» guiser ce qui offense, et ne dire que ce qui plaît ? Il y a mille à parier contre un qu'un favori n'est pas digne de l'être.
Le favori d'un prince éclairé , juste et sage , dit l'empereur , est toujours un homme de bien.
Un prince éclairé , juste et sage , ditBé» lisaire , n'a point de favori. Il est digne d'avoir des amis , et il en a ; mais sa faveur ne fait rien pour eux. Ils rougiroient de rien obtenir d'elle. Trajan avoitdansLonginun digne ami , s'il en fut jamais. Cet ami fut pris par les Daces 5 et leur roi fit dire à l'empereur que , s'il refasoit de souscrire à la paix qu'il lui proposoit^ il feroit mourir son