‹ BélisaireChapitre 58 sur 116 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

J ustiniek , plus impatient que jamais de revoir Bélisaire , vint le presser le jour suivant de déchirer le voile qui depuis si long-temps lui cachoit les maux de l'Empire. Eélisaire ne remonta qu'à l'époque de Constantin. Quel dommage, dit-il, qu'avec tant de résolution , de courage et d'activité , ce génie vaste et puissant se soit trompé dans ses vues , et qu'il ait employé à ruiner l'empire plus d'efforts qu'il n'en eût fallu pour en rétablir la splendeur ! Sa nouvelle constitution est un chef-d'œuvre d'intelligence : la milice prétorienne abolie 9 les enfans des pauvres adoptés par

CHAPITPcE XI. I2Ç

l'état (1)7 l'autorité du préfet divisée et réduite (2) , les vétérans établis possesseurs et gardiens des frontières , tout cela étoit sage et grand. Que ne s'en tenoitil à des moyens si simples ? Il ne vit pas ou ne voulut pas voir que transporter le siège de l'Empire , c'étoit en ébranler , et au physique et au moral , les plus solides fon démens. Il eut beau vouloir que sa ville fût une seconde Rome 5 il eut beau dépouiller l'ancienne de ses plus riches ornemens pour en décorer la nouvelle, ce n'étoit qu'un jeu de théâtre, qu'un spectacle fragile et vain.

Vous m'étonnez , interrompit Tibère , et la capitale du monde me sembloit bien plus dignement , bien plus avantageusement placée sur le Bosphore ? au milieu

(1) Dès qu'un père déclaroit ne pouvoir nourrir son enfant, l'état en étoit chargé ; l'enfant devoit être nourri, élevé aux dépens de la république. Constantin voulut que cette Ici fût gra-, vée sur le marbre , afin qu'elle fût éternelle*

(2) y oyez Zosime, L, 2 chap. 33,

ï30 îéLïSAIRÏ,

de deux mers et entre l'Europe et l'Asie, qu'au fond de l'Italie, au bord de ce ruisseau qui soutient à peine une barque.

Constantin a pensé comme vous, dit Bélisaire, et il s'est trompé. Un état obligé de répandre ses forces au dehors doit être au dedans facile à gouverner , à contenir et à défendre. Tel est l'avantage de l'Italie. La nature elle-même sembloit en avoir fait le siège des maîtres du monde» Les monts et les mers qui l'entourent la garantissent à peu de frais des insultes de ses voisins ; et Rome , pour sa sûreté , îi'avoit à garder que les Alpes. Si un ennemi puissant et hardi franchissoit ces barrières 3 l'Apennin servoit de refuge aux Romains , et de rempart à la moitié de l'Italie : ce fut là que Camille défit les Gaulois 5 et c'est dans ce même lieu que Narsès a remporté sur Totila une si belle victoire.

Ici nous n'avons plus de centre fixe et immuable. Le ressort du gouvernement est exposé au choc de tous les revers. De* mandes aux Scythes , aux Sarmates, aux

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