CHAPITRE XI. l3î
Èsclavons si l'Ebre, le Danube , le Tanaïs sont des barrières qui leur imposent. Bysauce est contre eux notre unique refuge 5 et la foiblesse de ses murs n'est pas ce qui m'afflige le plus.
A Rome , les lois qui régnoient au dedans pouvoient étendre de proche en proche leur vigilance et leur action du centre de l'étatjusqu'aux extrémités : l'Italie étoit sous leurs yeux et sous leurs mains modératrices 5 elles y formoient les mœurs publiques , et les mœurs , à leur tour, leur donnoient de fidèles dispensateurs. Ici nous avons les mêmes lois , mais tout est transplanté , rien n'est d'accord , rien n'est ensemble. L'esprit national n'a point de caractère 5 la patrie n'a pas même un nom. L'Italie produisoit des hommes qui respiroient en naissant l'amour de la patrie, et qui croissoient dans le champ de Mars. Ici quel est le berceau , quelle est l'école des guerriers ? Les Dalmates , les Illyriens, les Thraces sont aussi étrangers pour nous que les Numides et les Maures. Nul intérêt commun qui les lie , nul esprit d'état
x3â belïsaïèëj et de corps qui les anime et les fasse agir» Souvenez-vous que vous êtes Romains $ disoit à ses soldats un capitaine de l'ancienne Rome 5 et cette harangue les ren* doit infatigables dans les travaux et intrépides dans les combats. A présent, que dirons-nous à nos troupes pour les encourager ? Souvenez-vous que vous êtes Arméniens , Numides ou Dalmates L'état n'est plus un corps , c'est le principe de sa foiblesse 5 et l'on n'a pas vu qu'il falloit des siècles pour y rétablir cette unité qu'on appelle patrie , et qui est l'ouvrage insensible et lent de l'habitude et de l'opinion. Constantin a décoré sa ville des statues des héros de Rome \ vain stratagème : hélas ! ces images étoient vivantes au Capitole $ mais le génie qui les animoit n'est pas monté sur nos vaisseaux : ils n'ont transporté que des marbres. Les Paul^- Emile , les Scipion , les Caton sont muets pour nous : Bysance leur est étrangère. Mais dans Rome ils parloient au peuple ? et ils en étoient entendus.
Je ne vois pas? dit Justinien, qu'à Rome