‹ BélisaireChapitre 60 sur 116 · CHAPITRE XI." . l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI." . l

l'empire ait été plus tranquille , ni plus heureux depuis long- temps. Le peuple y était avili, et le sénat plus avili encore.

Un empire est foible et malheureux partout, dit Bélisaire, quand il est en de mauvaises mains. Mais à Rome il ne falloit qu'un bon règne pour changer la face des choses. Voyez de quel abaissement l'état sortit sous Adrien, et à quel point de gloire et de majesté il arriva sous Marc-Aurèle. La vertu romaine s'éclipsoit sans s'éteindre 5 le prince, digne de la ranimer, en retrouvoit le germe dans les cœurs. Ce germe a péri dans Bysance : il faut le semer de nouveau ; et ce doit être le grand ouvrage d'un règne juste et modéré. Sans ce prodige tout est perdu. "Les succès mêmes de nos armes sont ruineux pour l'état. L'Empire a sur les bras cent ennemis qui n'en ont qu'un. On croit les détruire : ils renaissent, ils se succèdent l'un à l'autre , et , par des diversions rapides , ils se donnent mutuellement le temps de se relever. Cependant leur ennemi commun s'affoiblit en se divisant : ses courses le ruinent , ses travaux

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îe consument, ses victoires mêmes sont pour lui des plaies qui n'ont pas le temps de se fermer 5 et , après des efforts inouïs pour affermir sa puissance , un seul jour ébranle et renverse vingt ans des plus heureux travaux. Combien de fois , sous ce règne, nos drapeaux n'ont-ils pas volé du Tibre à PEuphrate, de PEuphrate au Danube ? Et tous les efforts de nos armes , sous Mundus , Germain , Salomon , Narsès et moi , si j'ose me nommer , tout cela &'est réduit à subir la loi de la paix.

Il le faut bien, dit l'empereur , puisque la guerre nous accable.

Le moyen d'éviter la guerre, dit le vieillard, ce n'est pas d'acheter la paix. Les barbares du nord ne cherchent qu'une proie ; et plus elle se montre foible , plus ils sont surs de la ravir. Les Perses n'ont rien de plus intéressant que de venir, les armes à la main, piller tous les ans nos provinces d'Asie. On les renvoie avec de l'or ! Quel moyen de les éloigner, que de leur présenter l'appât qui les attire ! La rançon même de la paix devient Paliment de la guerre j

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