CHAPITRE XI. l4t
plaindre de lui 5 et laliaine publique attachée aux artisans des malheurs publics ^ laissera le prince équitable en possession du cœur de ses sujets.
Rien de plus beau dans la spéculation ^ dit Justinien, qu'un prince attentif et présent à tout ce qui se passe dans son empire. Mais le détail en est immense 5 et s'il faut qu'il écoute les plaintes de ses peuples , qu'il les examine et les juge, il n'y suffira jamais.
C'est avec ces fantômes de difficultés qu'on l'effraie , dit Bélisaire 5 mais ils s'évanouissent quand on les observe de près £ et vous verrez demain que l'art de gouverner est moins compliqué qu'on ne pense.
Adieu , mes amis. Vous vojez que de moimême je m'engage plus loin que je n'aurois voulu . Régner est la folie de la plupart des hommes 5 et il en est peu qui > dans leurs rêveries , ne s'amusent , comme je fais , à régler le sort des états. C'est le délire du vulgaire, dit Justinien , mais la plus digne méditation du sage.
L'empereur se retira frappé de tout ce
l42 BÉ LIS AIRE ,
qu'il venoit t'entendre } et le soir même 9 à son souper , il ouït dire à ses courtisans que jamais l'Empire n'avoitété plus florissant et plus heureux. Sans doute , leur ditil , l'Enipire est florissant , et nous nagez dans l'abondance ; il est heureux , car vous -vivez dans le luxe et l'oisiveté. Ici les peuples ne sont comptés pour rien , et la cour est pour vous l'Empire. Ces mots leur firent baisser les yeux. Ils ne doutèrent pas que la mélancolie où l'empereur étoit plongé ne fût la suite des entretiens qu'il avoit eus avec Tibère. Tibère, disoientils , est un jeune enthousiaste qui a la folie de l'humanité. Rien de plus dangereux ici qu'un homme de ce caractère : il faut tâcher de l'éloigner.