‹ BélisaireChapitre 69 sur 116 · CHAPITRE XII» Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII» Î

plus on les reconnoît sobres et pa tiens , plus on est sûr, quand ils se plaignent , qu'ils se P'aignent avec raison. Dans le langage de la cour , manquer du nécessaire , c'est n'avoir pas de quoi nourrir vingt chevaux inutiles, vingt valets fainéans : dansle langage du laboureur, c'tst n'avoir pas de quoi nourrir son père accablé de vieillesse , ses enfans , dont les foibles mains ne peuvent pas l'aider encore , et sa femme enceinte ou nourrice d'un nouveau sujet de l'état 5 c'est n'avoir pas de quoi faire à la terre les avances qu'elle demande , de quoi soutenir une année de grêle ou de stérilité, de quoi se procurer à soi-même ou aux siens , dans la vieillesse ou la maladie , les soulagemens , les secours dont la nature a besoin. Or, mes amis, je vous demande si cette première destination des produits de l'agriculture n'est pas sainte et inviolable, plus que ne devoit l'être le trésor de Janus.

Hélas ! dit l'empereur, il est des temps de calamité où l'on ne peut se dispenser d'y porter atteinte.

Il faut pour cela? dit Bélisaire, que toutes

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les ressources du superflu soient épuisées ^ et qu'il n'y ait plus d'autre moyen de sauver un peuple que de le ruiner : j e n'ai j amais vu ces temps-là (1) . Mais parlons vrai : Savezvous ce qui accable la classe laborieuse et souffrante d'un état? C'est le fardeau que rejette sur elle (2) la classe oisive et jouissante. Ceux qui, par leur richesse , participent le plus aux avantages de la société 7 sont ceux qui contribuent le moins aux frais de sa régie et de sa défense. Il semble que l'inutilité soit un privilège pour eux. Obtenez que cet abus cesse 5 qu'on distribue , selon les forces et les facultés de cha-

(1) Marc-Aurèle , dans un besoin pressant, plutôt que de charger le peuple de nouveaux impôts, vendit les meubles du palais impérial. Vasa aurea, uxoriam ac suam sericam et aureamvestem, multa ornamenta gemmarum; ac per duos continuos menses venditio habita est. Aurel. Vice.

(2) 1 nveniun tu rplurimidwitum ^quorum tributa populos necant. Salv. L. 5. Proprielatibus carent(pauperes) etvectigalibus obruuntur. Id. Lib. 5. De gub. DeU

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etm , le poids des dépenses publiques , ce poids sera léger pour tous.

Que n'a-t-on pas fait , dit l'empereur , pour établir cette égalité désirée (i) ?N'at-on pas condamné au feu les décurions infidèles , qui , en distribuant l'impôt de leur cité , surcliargeroient les uns pour exempter les autres (2 ■ ?

Hélas! je sais, ditBélisaire, que ce n'est pas à ces malheureux qu'on fait grâce. Pour n'avoir pas vexé le peuple avec assez de dureté , on les met dans les fers , on les, meurtrit de coups , on les réduit à envier la condition des esclaves (3). Mais y a-t-il des verges , des cachots , des supplices pour vos recteurs, vos proconsuls et vos préfets ? Et quand il y en auroit, quoi de plus inutile , si on ferme la bouche aux peuples, et si on étouffe leurs cris ? Donnez -leur des lois moins sévères , avec la pleine liberté d'en poursuivre les infracteurs*

(1) Cod. Jcg, De annond.

(2) Cod. i. De cmsib. et censik.

{jj) Traité, (le l'ui i^* du Goiiv, Er,~

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De tout temps , dit Justinien , il a été permis aux peuples de se plaindre.

Oui , reprit Bélisaire, pourvu que leurs tyrans veuillent bien les y autoriser (1). N'a-t-on pas exigé l'attache des présidens et des préfets , pour que les villes et les provinces pussent dénoncer à la cour les excès dont ils sont eux-mêmes ou les auteurs ou les complices? Et y avoit-il un plus sur moyen d'en assurer l'impunité?

Les lois recommandent à leurs dépositaires (2) de s'opposer aux vexations ; et ce sont eux qui les exercent. Les lois leur font un devoir religieux (3) de garantir le foible des injures du fort ; et c'est dans leurs mains qu'est la force , avec le droit d'en abuser (4). Les lois déterminent la somme

(1) Le même.

(2) lllicitas exactiones , etviolenlias factas , etextortas metu vendUiones , etc. prohibeat prceses provinciœ. Pandec. L. 1. T. 18.

(3) JSfe potentiores viri humiliores injuriis officiant) ad religionem prœsidis provinciœ pertmet. Ibid.

1(4) Qui universas provincias regunl, jus gladii habent, Ibid.

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