CHAPITRE XIII. iy
dit l'empereur, mais impraticable dans un état. Il n'est pas des lois civiles comme des lois militaires : celles-ci resserrent la liberté dans un cercle bien plus étroit. Aucune loi ne peut empêcher le citoyen de s'enrichir par des moyens honnêtes 5 aucune loi ne peut l'empêcher de disposer de ses richesses et d'en jouir paisiblement. Il est censé les avoir acquises par son travail^ son industrie , ses taiens , son mérite 5 ou celui de ses pères. Il a le droit de les dissiper , comme celui de les enfouir. J'en suis d'accord , dit Bélisaire. Je vais plus loin , dit l'empereur : si les richesses d'un état se trouvent accumulées dans les mains d'une classe d7hommes 5 il est bon qu'elles se répandent 3 et que le travail et l'industrie les tirent des mains de l'oisiveté. Je conviens encore de cela, dit le héros. J'ajoute , poursuivit Justinien , que la délicatesse , la sensualité , l'ostentation , la magnificence , les fantaisies du goût , les caprices de la mode , les recherches de la mollesse etla vanité sont de ces détails qui échappent à la police la plus sévère , et
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que les lois ne peuvent s'en mêler sans une espèce de tyrannie. A Dieu ne plaise , dit le vieillard , que je veuille que les lois s'en mêlent ! Voila donc le luxe protégé , dit Justinien , par tout ce qu'il y a de plus inviolable parmi les hommes , la liberté , la propriété, peut-être aussi l'utilité publique. J'accorde tout, excepté ce point-là , dit Bélisaire. Mais enfin , dit le prince , vous avouerez que le luxe anime et fait fleurir les arts 5 qu'il rend les hommes industrieux , actifs , capables d'émulation 5 qu'il oppose à leur indolence et à leur penchant vers l'oisiveté l'aiguillon des nouveaux besoins , et le désir des jouissances.
Je conviens , dit Bélisaire , que le luxe est doux à ceux qui en jouissent, et pro^ fitable à ceux qui les en font jouir 5 et que les lois doivent laisser ce commerce libre et tranquille. N'est-ce pas ce que vous voulez?
Je veux plus , reprit l'empereur ; je prétends que , de proche en proche , son influence se répandent sur toutes les classes de l'état r même sur celle des laboureurs,