‹ BélisaireChapitre 8 sur 116 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ami , vous allez voir que j'ai du apprendre à compatir au sort des malheureux. Puisque vous avez fait les campagnes d'Afrique, vous avez vu le roi des Vandales , l'infortuné Gélimer, mené par Bélisaireen triomphe à Constantinople avec sa femme et ses enfans 5 c'est ce Gélimer qui vous donne l'asile, et avec qui vous avez soupe. Vous Gélimer, s'écria Bélisaire! et l'empereur ne vous a pas fait un état plus digne de vous ! il l'avoit promis. —Il a tenu parole ; il m'a offert des dignités (1)5 mais je n'en ai pas voulu. Quand on a été roi , et qu'on cesse de l'être , il n'y a de dédommagement que le repos et l'ohscurité. —Vous Gélimer! — Oui ! c'est moi-même qu'on assiégea , s'il vous en souvient , sur la montagne de Papua. J'y souffris des maux inouis (2). L'hiver , la famine , le spectacle effroyable de tout un peuple réduit au désespoir , et prêt à dévorer ses enfans et ses femmes , l'in-

(1) Celle de patrice.

l*) Vid. Prccop. de Belle Vandalico, L. IL

iatigable vigilance du bon Pharas, qui, eft în'assiégeant, ne cessoit de me conjurer d'avoir pitié de moi-même et des miens 5 enfin majuste confiance en la vertu de votre général me firent lui rendre les armes. Avec quel air simple et modeste il me reçut ! Quels devoirs il me fit rendre ! Quels niénagemens 9 quels respects il eut lui-même pour mon malheur ! Il y a bientôt six lusjtres que je vis dans cette solitude 5 il ne s'est pas écoulé un jour que je n'aie fait des vœux pour lui»

Je reconnois bien là , dit Bélisaire , cette philosophie qui , sur la montagne où vous aviez tant à souffrir , vous faisoit chanter vos malheurs 5 qui vous fit sourire avec dédain, en paroissant devant Bélisaire; et qui , le jour de son triomphe , vous fit garder ce front inaltérable dont l'empereur fut étonlié. Mon camarade, reprit Gélimer, la force et la foiblesse d'esprit tiennent beaucoup à la manière de voir les choses. Je ne me suis senti du courage et de la constance que du moment que j'ai regardé tout ceci comme nn jeu du sort. J'ai été le plus voluptueux

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