CHAPITRE XIII, l8î
qu'on laisse aux richesses tous les moyens de s'écouler. Je n'entends pas qu'on oblige celui qui les possède à les enfouir, ni qu'on lui en prescrive l'usage. Les lois , je vous l'ai dit , ne doivent se mêler que d'imposer la charge des besoins publics sur la propriété commune , en laissant intacte et sacrée la portion de la subsistance , pour ne toucher qu'à l'excédant de l'aisance de chaque état. L'opinion fera le reste. L'opinion ! dit l'empereur. Oui , c'est elle 7 dit Bélisaire , qui , sans gêne et sans violence , remet chaque chose à sa place ; et c'est d'elle qu'il faut attendre la révolution dans les mœurs.
Cette révolution vous paroît difficile 5 elle dépend de la volonté et de l'exemple du souverain. Dès qu'à mérite égal, l'homme le plus modeste et le plus simple dans ses mœurs sera le mieux reçu du prince, qu'il annoncera son mépris pour des dépenses fastueuses et pour un luxe efféminé , qu'il jettera un œil de dédain sur les esclaves de la mollesse , et qu'il ! fixera un regard de complaisance et de
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respect sur les victimes du bien public, le goût d'une simplicité noble et d'une s âge économie sera bientôt celui de sa cour. lie faste , loin d'y être honorable , n'y sera pas même décent. Des mœurs pures et austères y prendront la place des mœurs licencieuses et frivoles 5 tous les respects s'y tourneront vers le mérite personnel, et laisseront le luxe et la vanité s'admirer seuls et se complaire. O mes amis ! avec quelle rapidité on verroit tomber leur empire ! Vous savez combien la ville est attentive , docile et prompte à suivre l'exemple de la cour. Ce qui est en honneur est bientôt à la mode. L'antique frugalité rétablie produiroit le désintéressement , et celui-ci les mœurs héroïques. L'homme en état de se rendre utile , n'ayant plus dans les bienséances un motif de cupidité, et délivré de l'esclavage des besoins aviiissans du luxe , sentiroit se développer en lui le germe des sentimens honnêtes 5 l'amour de la patrie , le désir de la gloire se saisir oit d'une ame libre et fière de sa liberté ; tous les ressorts d'une noble ému-