‹ BélisaireChapitre 83 sur 116 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

lation s'y déploieroient en même temps.

Ah! si un souverain savoit quel ascendant il a sur les esprits , et comme il peut les remuer sans contrainte et sans violence ! C'est de toutes ses forces la plus irrésistible 5 et c'est la seule qu'il ne connoît pas* Et quelle force, dit Justinien, peut balancer le goût des plaisirs , l'attrait des jouissances , le désir de posséder l'équivalent de tous les biens? Qu'importe à l'homme que la volupté enivre par tous les sens , que la cour le blâme ou le loue? Un. souverain peut-il empêcher que cet homme, tout à lui-même , ne dispose à sa fantaisie d'un peuple industrieux , ardent à le servir ; que les plaisirs ne l'environnent 3 que les arts ne lui soient soumis? Non, dit Béîisaire$ mais, s'il le veut bien, il peut attacher la honte à la mollesse, le mépris à. l'oisiveté } il peut interdire aux richesses Je droit d'élever l'indolence, le vice et l'incapacité aux premiers emplois de l'état^ il peut faire que les jouissances les plus sensibles , les agrémens les plus doux de la vie soient attachés à l'estime publique, et

aillent avec elle au devant du mérite ; il peut du moins humilier le luxe et lui ôter son orgueil. C'en est assez : le luxe humilié n'humiliera plus Kndigence , n'éclipsera plus la vertu. Il y aura des biens dont les richesses ne seront plus l'équivalent $ la confiance et l'estime publique , les honneurs et les dignités seront réservés au mérite $ l'or n'effacera plus les taches du blâme et de4'infamie, et la bassesse d'ame ne se cachera plus sous l'éclat d'un faste arrogant. Croyez , mes amis , que le luxe a peu de jouissances indépendantes de l'orgueil. Ses goûts les plus raffinés sont factices $ et l'opinion qu'on attache à ses plaisirs vains et fantasques est ce qu'ils ont de plus flatteur. Détruisez cette opinion , vous réduirez les richesses à leur valeur propre et réelle 5 et alors celui qui les possèdera> s'il veut s'honorer et les ennoblir, en fera un plus digne usage. Le luxe met l'homme opulent dans l'impossibilité d'être généreux * les besoins le rendent avare ? et son avarice est un mélange de toutes les passions qu'on satisfait avec de l'or. Mais si

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