CHAPITRE XIV
ramener. Et que ne fait- on pas des hommes avec de l'honneur et du pain !
Les hommes ne sont plus les mêmes J dit l'empereur. Rien n'est changé , dit Bélisaire , que l'opinion souveraine des moeurs $ et il ne faut que Famé d'un seul y que son génie et son exemple pour entraîner tous les esprits. De mille traits qui me le prouvent , en voici un que je crois digne des plus beaux jours de la république , et qui fait voir que , dans tous les temps, les hommes valent ce qu'on les fait valoir.
Rome étoit prise par Totila. Un de nos vaillans capitaines, Paul, à la tête d'un petit nombre d'hommes , s'étoit échappé de la ville , et retranché sur une éminence où l'ennemi l'enveloppoit. On ne doutoit pas que la faim ne l'obligeât de se rendre 5 et en effet il manquoit de tout. Réduit à cette extrémité , il s'adressa à sa troupe : ce Mes amis , leur dit-il , il faut ce mourir ou être esclaves .Vous n'hésiterez ce pas sans doute 5 mais ce n'est pas tout ce de mourir, il faut mourir en bravas
âo4 bélisaire, «c gens. Il n'appartient qu'à des lâches de ce se laisser consumer par la faim , et de ce sécher en attendant une mort douloucc reuse et lente. Nous qui , élevés dans ce les combats 9 savons nous servir de nos ce armes , cherchons un trépas glorieux : ce mourons , mais non pas sans vengeance, cç mourons couverts du sang de nos ennecc mis ; qu'au lieu d'un sourire insultant , ce notre mort leur cause des larmes. Que ce nous serviroit de nous déshonorer pour ce vivre encore quelques années , puisée qu'aussi bien dans peu il nous faudroit ce mourir? La gloire peut étendre les bornes ec de la vie 5 la nature ne le peut pas, »
Il dit. Le soldat lui répond qu'il est ré- ,olu à le suivre. Ils marchent 5 l'ennemi juge à leur contenance qu'ils viennent l'attaquer avec le courage du désespoir; et, sans les attendre, il leur fait offrir le sajut et la liberté (1).
Je crois connoître, mes amis, deux cent
(1) Léonard Ai etin. De Bell. ItaL Adver* dis Gothos. Lib. 4«