CHAPITRE XI Y. 2io
mille hommes dans l'empire capables d'en faire autant, s'ils avoient un Paul à leur tête , et de ces dignes chefs vous en avez encore : la victoire vous les a nommés. Ne croyez donc pas que tout soit perdu avec dépareilles ressources. Ignorez -vous à quel point la prospérité , l'abondance y la popula tion, peuvent multiplier les forces d'un état ? Rappelez-vous seulement ce qu'étoient autrefois , je ne dis pas les Gaules , que nous avons perdues et lâchement abandonnées (1) 5 mais l'Espagne , la Grèce , l'Italie , la république de Cartilage , et tous ces royaumes d'Asie , depuis le Nil jusqu'au fond de l'Euxin. Souvenez-vous que Romulus , qui n'avoit d'abord qu'une légion (2) , laissa en mourant
(1) Les empereurs, pour délivrer Rome et l'Italie du joug des Goths, leur avoient cédé les plus belles provinces de la Gaule. Facta est servitus nostra preliuiii securitatis ahenœ» Sidou. Apol!. L. 7. Ep. 7.
(2) La légion n'éfoît alors que de 3ooo hommes de pied et de 3oo hommes de cheval. V oyez Denys d'Halic. et Plutarque , vie de Romulus,
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quarante-sept mille citoyens sous les firmes j et jugez de ce que peut le règne d'un homme habile , actif et vigilant. L'état est ruiné , dit-on. Quoi ! l'Hespérie et la Sicile , l'Espagne , la Libye et l'Egypte , la Béotie et la Macédoine , et ces belles plaines d'Asie qui faisoient la richesse de Darius et d'Alexandre , sont-elles devenues stériles ? Elles manquent d'hommes ! Ah ! qu'ils y soient heureux , ils y viendront en foule ; et pour lors , mes amis , j'oserai proposer le vaste plan que je médite, et qui seul rendroit cet empire plus puissant qu'il ne fut jamais. Quel est-il donc ce plan ? demanda l'empereur. Le voici , reprit Bélisaire.
La guerre , comme nous la faisons , excède les armées par de trop longues marches et par des travaux excessifs. Elle donne à nos ennemis le temps de nous surprendre par des incursions soudaines , que les lignes de vétérans et de soldats cultivateurs , dont on a bordé nos limites , n'ont pas la force de soutenir ; et , avant que les légions aient volé au point de l'ai*